Le nombre de réfugiés ukrainiens sur le sol Suisse n’a jamais été aussi élevé. Actuellement, 71’754 personnes bénéficient du statut de protection S dans le pays, selon le Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM).
L’année dernière, le nombre de réfugiés Ukrainiens en Suisse a de nouveau augmenté de manière significative, avec l’arrivée de 4000 personnes supplémentaires. Pourtant, au cours des deux années précédentes, ce nombre était resté relativement stable, oscillant entre 65’000 et 66’000 personnes. Après un recul temporaire, la tendance est à la hausse depuis mi-2024.
L’Ukraine a assoupli l’interdiction de sortie du territoire
L’une des raisons de cette hausse réside dans la nouvelle réglementation en vigueur en Ukraine. Fin août 2025, le pays a assoupli les conditions de sortie du territoire pour les hommes âgés de 18 à 22 ans. L’interdiction de voyager qui pesait auparavant sur cette tranche d’âge a été levée.
«Quelques jours après l’entrée en vigueur de ces nouvelles dispositions, le nombre de demandes d’asile émanant de ce groupe a augmenté dans toute l’Europe.», explique Nicolas Cerclé, porte-parole du SEM, à Blick. La Suisse a également été touchée par ce phénomène: «Le nombre de demandes venant de ces personnes pour l’obtention du statut de protection S est resté élevé pendant plusieurs semaines.»
Mais entre-temps, la situation a de nouveau évolué: «Au cours des dernières semaines, nous avons constaté une nette diminution du nombre d’Ukrainiens entrant dans les centres d’asile fédéraux, en particulier des hommes âgés de 18 à 22 ans.»
Le SEM s’attend à une baisse modérée
Cette tendance à la baisse va-t-elle se poursuivre? «Le scénario le plus probable semble être celui d’une baisse modérée des demandes S pour les mois à venir», indique Nicolas Cerclé. «Au cours des trois dernières années aussi, le nombre de demandes S a diminué pendant l’hiver et a atteint son niveau le plus bas au printemps.»
A l’heure actuelle, rien ne laisse présager en Ukraine que la situation puisse être différente dans les semaines et les mois à venir. Le porte-parole relativise toutefois: «Ces dernières années ont montré que l’évolution des demandes d’asile n’est que partiellement prévisible.»
Statut de protection révoqué dans 36’000 cas
Depuis le début de la guerre d’agression russe en 2022, plus de 125’000 personnes ont demandé le statut de protection, et celui-ci a été accordé dans plus de 107’000 cas. En revanche, plus de 36’000 personnes ont vu leur statut de protection expirer ou être révoqué.
Les motifs légaux de révocation comprennent l’obtention frauduleuse du statut de protection temporaire, les activités criminelles, le retour dans le pays d’origine et l’acquisition d’un droit de séjour dans un pays tiers. «De plus, la protection temporaire est révoquée si les personnes obtiennent un permis de séjour en vertu du droit de l’immigration», précise Nicolas Cerlé.
Parmi les motifs d’expiration figurent le transfert du centre de vie, la renonciation, l’obtention d’un permis d’établissement ainsi que l’expulsion ou le renvoi du territoire.
Des critères plus stricts pour l’obtention du statut S
Il est clair qu’obtenir un statut de protection est devenu plus difficile depuis le début de la guerre. Ainsi, les demandes sont généralement rejetées s’il existe une forme alternative de protection raisonnable. C’est le cas par, exemple, lorsque les demandeurs d’asile bénéficient déjà d’un titre de protection dans certains Etats ou qu’ils en possèdent la citoyenneté – comme dans l’UE, aux Etats-Unis ou en Australie.
Depuis novembre, les nouvelles demandes en provenance d’Ukraine font également l’objet d’un examen attentif quant au lieu d’origine des demandeurs. Le retour chez eux des arrivants récents vivant dans certaines régions – en dehors des zones à risque est désormais considéré comme raisonnable. Cela concerne actuellement sept régions administratives ukrainiennes, comme Lviv ou la Transcarpatie.
«Depuis l’attaque de l’Ukraine en février 2022, le profil des demandeurs d’asile a changé», constate Nicolas Cerlé. «L’examen des demandes est devenu plus complexe et la grande majorité d’entre elles demandent des clarifications supplémentaires.»