Inflation, franc fort, crise
Face à la guerre au Moyen-Orient, la BNS change (un peu) de ton

La BNS se dit prête à intensifier ses interventions sur le marché des devises. En cause, l’incertitude croissante liée au conflit au Moyen-Orient.
1/5
Le président de la BNS, Martin Schlegel, rappelle que la BNS est régulièrement en contact avec des entreprises suisses.
Photo: keystone-sda.ch
RMS_Portrait_AUTOR_377.JPG
Martin Schmidt

Martin Schlegel le sait: chacune de ses paroles peut peser très lourd. La moindre déclaration du président de la Banque nationale suisse est scrutée de près, notamment par les acteurs d'une industrie suisse sous pression.

Le patron de Swatch Group, Nick Hayek, a récemment appelé la BNS à se montrer plus ferme face au franc fort. «Si Martin Schlegel déclarait clairement que le franc surévalué est un problème, cela aiderait déjà», affirmait-il mercredi à Blick, en marge de la conférence de presse annuelle du groupe.

Jeudi matin, Martin Schlegel n’est pas allé aussi loin. Il a toutefois laissé transparaitre un changement d'orientation: «Compte tenu du conflit au Moyen-Orient, notre disposition à intervenir sur le marché des devises s'est accrue», a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse consacrée à l'évaluation de la situation en matière de politique monétaire.

Stabilité des prix menacée?

En décembre, la BNS évoquait encore une intervention «si nécessaire». Elle parle désormais d’une disposition «accrue». Selon la banque, l’incertitude liée au conflit au Moyen-Orient s’est «nettement intensifiée». L’institution met en garde contre des risques importants pour l’économie mondiale. En cas de crise, le franc a tendance à se renforcer fortement. Le message adressé aux marchés et à l’industrie est donc clair.

La banque centrale écarte pour l’heure une baisse des taux, synonyme de retour aux taux négatifs. Mais elle ne ferme pas la porte: «Si nécessaire, nous sommes prêts à recourir à nouveau à cet instrument pour remplir notre mandat», a précisé Martin Schlegel. L’objectif principal reste la stabilité des prix, dans un contexte d’inflation actuellement très basse, tout en tenant compte de la conjoncture.

Des préoccupations entendues

Les préoccupations du monde économique semblent avoir été entendues par le président de la BNS. La banque centrale échange chaque année avec près d’un millier d’entreprises et connaît bien l’industrie exportatrice, a rappelé Martin Schlegel. «Les entreprises suisses ont montré leur capacité d’adaptation. Nous surveillons avant tout les conditions monétaires.»

D’éventuelles interventions sur le marché des devises sont toutefois scrutées de près à l’étranger. L’administration américaine a accusé à plusieurs reprises la Suisse de manipulation monétaire l’an dernier. «La Suisse figure sur la liste de surveillance, sans être qualifiée de 'manipulatrice'», a précisé Martin Schlegel, tout en affirmant que la BNS n’intervenait pas pour avantager injustement les exportateurs.

Un rôle de valeur refuge

Les fortes hausses du franc en période d’incertitude sont, elles, peu liées à l’économie réelle. La monnaie helvétique joue un rôle de valeur refuge: dès que les tensions montent, les investisseurs se ruent sur le franc, faisant grimper son cours. Ce mouvement est amplifié par l’ampleur des positions spéculatives sur les marchés, particulièrement en temps de crise.

Interrogé sur l’impact de ces opérations, Martin Schlegel rappelle que ces mécanismes s'appliquent à toutes les monnaies refuges. L’effet précis de certaines transactions reste difficile à évaluer quantitativement, toute prise de position pouvant être perçue comme politique. «Une grande partie de la demande de francs provient des acteurs domestiques», a-t-il ajouté, soulignant le rôle clé du marché financier suisse.

Articles les plus lus