En bref
- Le patron de Migros Mario Irminger veut fusionner ses les coopérative de en une entité centrale, avant de passer le flambreau.
- Experts et dirigeants du groupe estiment que cette transformation est nécessaires mais qu'elle survient tardivement.
- Mario Irminger laisser derrière lui un bilan contrasté, fait de décisions importantes, mais aussi de quelques erreurs.
Mario Irminger vient sans doute d'annoncer la réforme la plus importante de ses trois ans et demi de mandat à la tête du groupe Migros. En effet, les dix coopératives régionales vont disparaître pour fusionner au sein d'une coopérative unique. L'homme fort du géant orange a su convaincre les dirigeants des dix antennes régionales, qui ont tous décidé de soutenir la future structure.
Le dernier mot reviendra toutefois aux 2,3 millions de coopératrices et coopérateurs, qui se prononceront sur cette réorganisation à la mi-2027, date à laquelle Mario Irminger et Peter Diethelm, PDG de Migros Supermarché SA, quitteront leurs fonctions. «Il faudra ensuite des forces nouvelles», a déclaré le patron sortant, qui œuvre depuis 2023 à réformer le géant orange de fond en comble.
Avec cette nouvelle transformation majeure, Migros adopte la structure que son rival Coop applique déjà depuis 25 ans. «En interne, Irminger a toujours répété que Migros devait suivre l'exemple de Coop et qu'elle avait urgemment besoin d'une organisation plus agile», confie un haut dirigeant de Migros sous couvert d'anonymat. «C'est la seule voie possible.»
Il émet toutefois une réserve: «Avec cette coopérative unique, Migros arrive avec au moins un quart de siècle de retard.» La mise en place effective de ces structures plus légères prendra encore plusieurs années. «C'est beaucoup de temps. Un temps dont Migros ne dispose pas face à la vive concurrence du marché suisse.»
Consultation «délicate» en perspective
Pour Jörg Staudacher, expert du commerce de détail, le constat est sans appel: «La coopérative unique est inévitable pour conserver une chance face à l'intensification de la concurrence», explique-t-il à Blick. Mais cela ne suffira pas pour autant: «Le problème central reste l'érosion du lien avec la clientèle, et Migros manque d'idées pour se démarquer de Coop et de Lidl.»
Jörg Staudacher estime en outre qu'il sera «délicat» de faire passer la réorganisation sans accroc auprès des 2,3 millions de coopérateurs. Tout dépendra de l'engagement des différentes coopératives et de leur stratégie de communication. «Des échanges vont sûrement avoir lieu très vite avec le personnel, et même aux caisses avec les clients.»
Le départ de Mario Irminger ne surprend par ailleurs pas Jörg Staudacher. «C'est un homme de chiffres qui, à ce poste, a mis le doigt là où ça fait mal sans aucun ménagement et a lancé de nombreuses initiatives», explique-t-il. Mais il a aussi dû prendre beaucoup de décisions impopulaires. «Si Mario Irminger restait l'incarnation de cette coopérative unique, le vote pourrait capoter», conclut l'expert.
«Les collaborateurs auraient eu besoin d'une vision»
Mario Irminger n'est toutefois pas le plus fin des stratèges, juge Jörg Staudacher, pour qui l'engagement de Migros dans la guerre des prix a constitué une erreur. «Pour les collaborateurs, il aurait été essentiel d'avoir une vision», souligne-t-il. «Les licenciements, les réductions de coûts et la pression sur les fournisseurs ont rythmé l'agenda des dernières années, au lieu de définir ce que Migros devait devenir à l'horizon 2030.» L'engagement de Mario Irminger pour l'avenir de l'entreprise doit cependant être mis à son crédit, insiste l'expert.
Les projets de Mario Irminger trouvent aussi un écho favorable auprès d'un ex-cadre du groupe s'exprimant sous couvert d'anonymat. «Les décisions pourront ainsi être prises plus rapidement et plus simplement», souligne cet insider, tout en saluant le bilan du PDG sortant: «Il me paraît ferme, mais son discours a toujours été clair. C'est une bonne chose pour l'avenir de Migros.»
L'ancien collaborateur comprend par ailleurs parfaitement le départ de Mario Irminger. «Il aura 62 ans l'an prochain et la mise en œuvre s'étalera sur plusieurs années. Il est donc logique que la phase suivante soit menée par de nouvelles figures.»