Pas assez de neige et de pluie
Quelles sont les menaces qui pèsent sur les lacs suisses cet été?

Le lac de Constance atteint des niveaux historiquement bas après un hiver peu enneigé et un printemps très sec. Pour les experts, le plus grand défi pourrait encore venir. Voici ce que cela signifie pour la Suisse.
Le lac de Constance, ici en 2025, n’est pas régulé artificiellement. Chaque été, il souffre de plus en plus.
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Daniel Macher

Le lac de Constance affiche actuellement un niveau particulièrement bas. Tel est le constat que dresse Klaus Marquardt, spécialiste chez Meteo News. Un hiver pauvre en neige, suivi d’un printemps globalement trop sec, explique ce manque d'eau. Cette situation exceptionnelle pourrait toutefois s'améliorer à court terme: «Il devrait suffisamment pleuvoir au cours des une à deux prochaines semaines pour que le niveau de l’eau puisse remonter un peu», explique-t-il à Blick. Mais le problème sera loin d'être réglé. 

En effet, les lacs abordent les mois les plus chauds de l'année beaucoup moins remplis que d'habitude. Et les épisodes de pluie isolés ne suffiront pas à combler ce déficit. Seules les périodes de précipitations abondantes et prolongées le permettraient, explique Klaus Marquardt. Or les prévisions à moyen terme ne laissent pas suggérer une amélioration. Pour l’été à venir, le spécialiste prévoit des conditions plutôt chaudes et globalement sèches. Une tendance qui pourrait aggraver la situation hydrologique, ou, a minima, maintenir les niveaux d’eau à un seuil bas.

Le météorologue se montre en revanche plus prudent sur le rôle éventuel du «super» El Niño: «Les effets de ce phénomène climatique sur l’Europe sont trop diffus pour être intégrés de manière pertinente dans les prévisions.» Si ces signaux climatiques globaux présentent un intérêt scientifique pour l’Europe centrale, leur utilité reste limitée lorsqu’il s’agit de prévoir concrètement les précipitations en Suisse.

Trop peu de pluie depuis octobre

Martin Schmid, de l'Institut fédéral suisse des sciences et technologies aquatiques (Eawag), propose une lecture plus globale de la situation. Le responsable du groupe de recherche en analyse systémique appliquée explique que le lac de Constance se situe actuellement dans la fourchette basse des niveaux historiquement mesurés à cette période de l’année. La principale cause réside dans un déficit de précipitations qui dure depuis plusieurs mois sur l’ensemble du bassin versant. «Depuis octobre, les précipitations ont été inférieures à la moyenne presque tous les mois, que ce soit sous forme de pluie ou de neige», précise-t-il.

Le manque de neige dans les Alpes joue un rôle central dans cet assèchement. Lors d’une année normale, le manteau neigeux accumule d’importantes réserves d’eau durant l’hiver. Au printemps et au début de l’été, cette eau rejoint progressivement les rivières, puis les lacs, avec la fonte des neiges. Cette année, cet effet de compensation saisonnier est très limité. «Le système manque donc actuellement d’un apport essentiel au bilan hydrique», explique Martin Schmid.

La particularité du lac de Constance

A cela s’ajoute une particularité du lac de Constance: contrairement à de nombreux grands lacs suisses, son niveau d’eau n’est pas régulé artificiellement. Il réagit donc directement aux variations météorologiques. «Le lac de Constance est ainsi nettement plus sensible aux périodes de sécheresse que beaucoup d’autres lacs suisses», explique Martin Schmid. Là où d’autres lacs sont stabilisés par des systèmes de régulation, le lac de Constance reflète plus directement la disponibilité naturelle en eau dans son bassin versant.

En comparaison, la plupart des autres lacs suisses ne présentent pas, actuellement, de niveaux d’eau exceptionnellement bas. Sur le plan écologique, Martin Schmid ne constate pas non plus, à ce stade, de crise aiguë concernant la qualité de l’eau du lac de Constance. Un bas niveau touche surtout les zones proches des rives et leurs habitats, comme les zones de reproduction et de frai, ou encore les eaux peu profondes, qui peuvent temporairement s’assécher.

Un assèchement très improbable

Martin Schmid ne pense pas que les grands lacs suisses risquent de s’assécher durablement sous l’effet du changement climatique. «Pour la plupart des lacs, les apports en eau sur l’ensemble de l’année sont nettement supérieurs à l’évaporation à la surface du lac. Un assèchement complet est donc très improbable.»

La situation est différente pour les petits plans d’eau situés dans des contextes géologiques particuliers, notamment dans les régions karstiques. Dans ces zones, l’eau peut s’infiltrer plus rapidement dans le sous-sol. Martin Schmid cite l’exemple du lac des Brenets, qui s’est déjà presque entièrement asséché par le passé.

Le chercheur estime toutefois que les principaux défis liés au changement climatique se trouvent ailleurs. Selon lui, la hausse de la température de l’eau, l’allongement des périodes de chaleur et la modification des processus de brassage dans les lacs sont plus préoccupants qu’un éventuel assèchement. A long terme, ces facteurs pourraient aussi influencer la teneur en oxygène de l’eau et modifier l’équilibre écologique des lacs.

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