Les images sont insoutenables: des poules mortes de soif, la tête coincée entre les barreaux, des volailles au plumage largement arraché, et des cadavres en décomposition qui semblent pourrir là depuis des semaines.
Cette fois, les images ont été filmées en cachette il y a quelques mois par des militants de la cause animale, dans un élevage de poules pondeuses situé en périphérie de la ville de Berne. La situation y apparait comme catastrophique: des œufs jonchent le sol tandis que certaines poules picorent les restes de leurs congénères.
Des scènes de cannibalisme en plein poulailler. Selon le registre foncier, cette exploitation avicole a longtemps appartenu à un agriculteur de la région. «Vis ta vie comme tu l'entends, car tu es le seul à la vivre», écrit-il sur sa page Facebook. L'homme a par ailleurs ignoré toutes les sollicitations de Blick.
Depuis la fin de l'hiver, deux nouveaux exploitants bernois sont inscrits comme propriétaires de ce hangar à volailles de 900 mètres carrés. Selon des informations accessibles sur internet, ils vendent leurs œufs dans un magasin liée à la ferme. Livrent-ils également d'autres commerces? Impossible de le savoir: eux aussi se murent dans le silence.
Attention, les images figurant dans la galerie ci-dessous peuvent beaucoup choquer.
L'affaire est désormais entre les mains des autorités bernoises et de la police. Le vétérinaire cantonal bernois, Reto Wyss, confirme avoir connaissance de ces images: «Nous avons lancé des premières vérifications dès le mois de janvier», indique-t-il, précisant que les autorités ont immédiatement pris contact avec le gérant de l'exploitation.
Reto Wyss refuse toutefois d'en dire plus sur les suites de ces démarches et sur les éventuelles sanctions prises dans l'immédiat. Il ne livre pas non plus de commentaires sur l'état actuel du poulailler.
Plainte contre X déposée
Alarmée par ces images, l'association de défense des animaux Tier im Fokus (TIF) a déposé une plainte pénale contre X. Pour l'organisation, les conditions constatées dans le domaine bernois violent gravement la loi sur la protection des animaux. La police cantonale a ouvert une enquête.
Dans sa plainte, l'association écrit: «Le bien-être des poules pondeuses est gravement altéré à plusieurs égards.» Au vu des images montrant des animaux coincés, blessés ou agonisants, TIF dénonce une «mise à mort cruelle» et des «mauvais traitements» par négligence. Des dérives que des impératifs économiques ne sauraient justifier.
Tobias Sennhauser, porte-parole de TIF et député au parlement de la ville de Berne, n'y va pas par quatre chemins: «Dans ce poulailler, la loi sur la protection des animaux est purement et simplement piétinée.»
L'affaire est jugée particulièrement grave par l'association. «Avec un contrôle quotidien digne de ce nom, la détresse de ces animaux aurait été immédiatement repérée», fustige le porte-parole. De fait, les directives fédérales sont claires: l'état de santé des animaux doit être vérifié aussi souvent que nécessaire. Les bêtes malades ou blessées doivent être immédiatement soignées, traitées ou, si besoin, euthanasiées.
Certes, les pertes font partie du fonctionnement d'un élevage de masse. Mais lorsque les cadavres s'accumulent sans être évacués, cela démontre, selon Tobias Sennhauser, un manque flagrant de surveillance et d'entretien.
Les vidéos révèlent également le piteux état du plumage de nombreuses volailles, notamment au niveau du cou et du dos. Dans son manuel de contrôle, l'Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) qualifie la détérioration du plumage de «défaut majeur», signe d'une détention inappropriée.
Autre signal d'alarme: d'innombrables œufs jonchent le sol au lieu de se trouver dans des nids. «Les poules ont un instinct naturel très fort qui les pousse à pondre dans des nids adaptés», explique Tobias Sennhauser. «Une telle accumulation d'œufs au sol trahit un stress aigu, une mauvaise luminosité ou de graves lacunes de gestion.»
Ce n'est pas la première fois que des militants s'introduisent illégalement dans des élevages pour documenter la souffrance animale. Tobias Sennhauser a lui-même déjà eu affaire à la justice pour ces méthodes. En 2022, le tribunal régional de Burgdorf (BE) l'a condamné à une peine pécuniaire avec sursis pour violation de domicile. En 2017, il s'était introduit clandestinement dans des fermes avicoles pour y filmer les dérives de l'élevage intensif.
Le code pénal suisse ne prévoit aucun motif qui permette de justifier ce type d'action, même si les révélations relèvent de l'intérêt public. Quiconque s'introduit illégalement dans une propriété privée s'expose à une condamnation.
Toutefois, les tribunaux peuvent tenir compte des motivations idéologiques lors de la fixation de la peine. Le cas du député bernois en est l'exemple: il s'en est tiré avec une sanction modérée de 12 jours-amendes à 50 francs avec sursis.
C'est la deuxième fois en moins d'un mois que la Suisse est secouée par un scandale de maltraitance animale présumée: début, les révélations liées à une maternité porcine vaudoise appartenant à l'entreprise Annen, avaient déjà suscité une onde de choc.