L'Iran inquiète l'OTAN
A quel point les missiles iraniens sont-ils dangereux pour l’Europe?

Les Iraniens sont devenus des experts dans la construction de missiles et de drones. Après les menaces visant les alliés des Etats-Unis, l’Europe doit elle aussi se préparer au risque d’attaques.
1/4
On ne sait pas combien de drones les Iraniens ont encore en réserve.
Photo: IMAGO/ZUMA Press Wire
RMS_Portrait_AUTOR_242.JPG
Guido Felder

La menace brandie par les mollahs inquiète: quiconque soutient les Etats-Unis et Israël est considéré comme un ennemi du régime iranien. Dans le viseur pourrait figurer aussi des pays européens, comme l’Allemagne et la Grande-Bretagne, qui mettent des bases aériennes à disposition des Américains pour la guerre.

Bien que l’Iran ait déjà été fortement touché et que son équipe dirigeante ait été largement décimée, le pays disposerait encore d’importantes réserves de munitions. Les premiers missiles ont déjà été tirés en direction de l’Europe, visant des pays de l’Union européenne et de l’OTAN. Chypre et la Turquie ont en effet été touchées. S’agit-il seulement du début d’une offensive contre les alliés européens de Donald Trump? On espère que non, car la protection actuelle reste limitée.

Combien de missiles l’Iran possède-t-il encore?

Avant la guerre récente, Israël estimait le stock iranien de missiles balistiques à plus de 3000 unités. Depuis une semaine, les mollahs en auraient tiré au moins 540 en direction des pays du Golfe. D’autres ont été détruits lors de bombardements. Donald Trump s’est vanté d’avoir déjà éliminé 60% de cet arsenal.

Les dispositifs de lancement sont tout aussi importants que les missiles eux-mêmes. Eux aussi auraient été fortement réduits, passant d’environ 400 à une centaine. Mais ces chiffres restent des estimations. Personne ne sait exactement combien de missiles l’Iran a réellement produit ni combien sont encore stockés.

L’Iran peut-il frapper l’Europe?

Outre des missiles à courte portée de quelques centaines de kilomètres, l’Iran dispose également de projectiles capables de parcourir des distances beaucoup plus importantes. Les armes de la famille Shahab-3 peuvent frapper des cibles situées jusqu’à 2000 kilomètres. Selon le Center for Strategic and International Studies, le missile de croisière Soumar pourrait même parcourir jusqu’à 3000 kilomètres.

Ralph D. Thiele, président de la société politico-militaire allemande et président d’Eurodefense Allemagne, estime que la menace pourrait être encore plus large. «Je crois les ingénieurs iraniens capables d’atteindre l’Allemagne et la Suisse avec leurs projectiles», déclare-t-il à Blick.

Apparemment, l’Iran travaillait aussi au développement d’un missile encore plus puissant. En 2019, plusieurs pays européens ont averti le Conseil de sécurité de l’ONU que le lancement d’un lanceur de satellites iranien était «étroitement lié» au développement d’un missile intercontinental. Celui-ci pourrait avoir une portée supérieure à 5500 kilomètres.

Quelle est la précision des missiles iraniens?

Dans les années précédentes, les missiles iraniens pouvaient dévier jusqu’à un kilomètre de leur cible. Les systèmes modernes utilisent aujourd’hui à la fois le GPS et la navigation inertielle, qui ne peut pas être perturbée de l’extérieur. Concrètement, la trajectoire est programmée à l’avance: durée du vol, direction, et moment des changements de cap. Les projectiles iraniens seraient désormais beaucoup plus précis, avec une marge d’erreur estimée entre 10 et 25 mètres, comme l’ont montré les frappes récentes.

L’Europe est-elle bien protégée?

Sur le papier, la défense repose sur un système intégré de l’OTAN. L’Europe est couverte par un réseau numérique qui collecte et transmet les données radar. Lorsqu’un missile est lancé en Iran, sa «signature thermique» est détectée par les satellites infrarouges américains. Ensuite, les radars de l’OTAN prennent le relais en Europe, notamment le système d’alerte précoce installé à Kürecik, en Turquie.

En fonction de la trajectoire du projectile, des missiles d’interception peuvent être tirés depuis la Roumanie, la Pologne ou depuis des navires en Méditerranée. L’objectif est d’intercepter le missile le plus tôt possible, idéalement dans l’espace. Les débris retombent alors en se consumant dans l’atmosphère.

Sur le papier, ce système semble efficace. Mais il n’a jamais été réellement testé dans un conflit majeur. Pour Ralph D. Thiele, «il faudra encore dix ans pour que l’Europe soit prête pour une défense efficace». Autrement dit, la protection actuelle reste incertaine.

Les drones représentent-ils aussi une menace?

Oui. Selon Ralph D. Thiele, la menace iranienne liée aux drones constitue «un vrai problème». Fréquemment utilisés en Ukraine, ces engins seraient constamment améliorés. Même l’Europe centrale se trouverait désormais dans le rayon d’action du drone Shahed-136, dont la portée peut atteindre 2500 kilomètres.

Ces drones, relativement bon marché – entre 20’000 et 50’000 dollars l’unité –, peuvent être lancés en essaims. Une telle saturation peut submerger les systèmes de défense, d’autant qu’un missile intercepteur peut coûter jusqu’à 4 millions de dollars.

Une attaque contre l’Europe est-elle réaliste?

Des cibles situées sur le territoire de l’OTAN et de l’Union européenne ont déjà été visées, notamment avec des attaques contre une base britannique à Chypre et dans le sud de la Turquie. Pour l’instant, il s’agit toutefois de cas isolés. Des frappes massives de l’Iran contre l’Europe restent peu probables. Une attaque contre un pays membre de l’OTAN déclencherait en effet la clause de défense collective.

Dans ce cas, l’Iran ne ferait pas seulement face aux Etats-Unis et à Israël, mais à l’ensemble de l’OTAN. Des attaques contre des installations américaines ou israéliennes situées dans d’autres pays sont considérées comme beaucoup plus plausibles.

Articles les plus lus