Pas de Suisse à 10 millions?
Vers «une perte moyenne de rente pouvant atteindre 2200 francs par an»

L'Union syndicale suisse met en garde contre les dangers de l'initiative de l'UDC sur l'économie. Elle affirme qu'avec un plafond de 10 millions d'habitants, les dommages économiques seraient énormes.
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L'initiative de l'UDC entraînerait des pertes importantes de rentes et de pouvoir d'achat, avertit Daniel Lampart, économiste en chef de l'USS.
Photo: keystone-sda.ch
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Ruedi Studer

Les résultats des votations du 8 mars ne sont pas encore connus que les débats entourant celles du 14 juin pointent déjà le bout de leur nez. Le peuple devra notamment trancher sur l'initiative de l'UDC «Pas de Suisse à 10 millions» qui promet de faire couler beaucoup d'encre. Celle-ci se heurte à une large opposition. Lundi, l'alliance bourgeoise et les associations économiques lanceront leur campagne en faveur d'un refus d'une proposition qualifiée d'«initiative chaotique» par leurs détracteurs.

«L'initiative de l'UDC est un loup déguisé en agneau», résume Daniel Lampart, économiste en chef de l'Union syndicale suisse (USS). Dans un entretien pour Blick, il détaille sa position: «Le plafonnement de la population entraînera inévitablement des pertes importantes en termes de retraites et de pouvoir d'achat pour tous.»

Le spécialiste a calculé les effets que pourrait avoir l'initiative de l'UDC. «Elle entraînerait une perte moyenne de rente pouvant atteindre 2200 francs par an pour les jeunes travailleurs.» Mais les personnes actuellement à la retraite en pâtiraient également, car les rentes de la prévoyance professionnelle perdraient de leur pouvoir d'achat en raison de l'inflation.

Impact sur les salaires

De plus, selon Daniel Lampart, l'acceptation de l'initiative entraînerait notamment une plus forte hausse des primes d'assurance maladie. Cela pourrait se traduire par des pertes annuelles qui atteindraient même 2450 francs par an, selon certains calculs de l'économiste. «Cela correspond à une rente mensuelle LPP qui serait perdue en cas d'acceptation de l'initiative de l'UDC.»

Dans son modèle, l'économiste part du principe qu'avec un plafond de 10 millions, l'immigration de jeunes actifs devrait être réduite, la proportion de retraités augmentant dans le pays. La population résidente permanente en âge de travailler (20 à 64 ans) ne dépasserait donc pas les six millions en 2060, d'après les scénarios de l'Office fédéral de la statistique concernant l'évolution démographique. Elle diminuerait même par rapport à aujourd'hui, pouvant atteindre seulement 5,2 millions de personnes actives. Soit un écart de plus de 13%!

«Dommages économiques énormes»

«Si la population active diminue autant, les dommages économiques seront énormes», déclare Daniel Lampart. La suppression des accords bilatéraux entraînerait une baisse de la productivité et une hausse de l'inflation, ce qui ralentirait la croissance des salaires réels.

Le rapport de dépendance, c'est-à-dire le rapport entre la population active et les seniors, augmenterait quant à lui de manière significative. Et «moins de personnes actives signifie également moins de cotisations pour la prévoyance vieillesse, alors que, en parallèle, les dépenses liées aux retraites augmentent».

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«Le nœud du problème réside dans la convergence de divers effets économiques négatifs qui compliqueraient la situation des caisses de pension.»
Lukas Müller-Brunner, directeur de l'ASIP
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Conséquences néfastes pour le 2e pilier

L'économiste de l'USS considère que les répercussions sur la prévoyance vieillesse constituent un élément crucial. «Une baisse de l'activité lucrative creuse un trou dans les caisses de l'AVS», explique-t-il. «Une diminution de 10% des recettes de l'AVS correspondra en 2060 à un manque à gagner d'environ huit milliards de francs, soit un pour cent du salaire.» La perte de recettes augmenterait la pression envers des cotisations salariales plus élevées en faveur de l'AVS ou d'un âge de départ à la retraite plus élevé.

Il considère également que les conséquences pour le deuxième pilier seraient graves. «L'augmentation du quotient de vieillesse conduit les caisses de pension à investir de manière moins risquée et donc à générer des rendements moins élevés», explique Daniel Lampart. «Un rendement plus faible entraîne une baisse des intérêts sur les avoirs de prévoyance et donc une baisse des rentes.» Le taux de conversion serait également sous pression, ce qui aggraverait encore la situation. C'est ainsi qu'il explique la menace d'une perte de rente de 2200 francs.

L'ASIP est inquiète

Les inquiétudes de l'USS sont partagées par Lukas Müller-Brunner, directeur de l'Association suisse des institutions de prévoyance (ASIP). Bien qu'il ne puisse pas confirmer le montant des pertes engendrées en cas d'acceptation de l'initiative de l'UDC, il estime que «plus la proportion de retraités est élevée, moins une caisse de pension peut prendre de risques dans sa stratégie d'investissement».

L'évolution économique globale a également un impact sur les retraites, qui pourrait être freinée par un plafonnement démographique. Le contexte des taux d'intérêt est également un facteur décisif. «Le nœud du problème réside dans la convergence de divers effets économiques négatifs qui compliqueraient la situation des caisses de pension.», affirme Lukas Müller-Brunner.

Pour l'UDC, «c'est ridicule»

En revanche, du côté de l'UDC, on ne partage pas le point de vue du spécialiste de l'USS. «C'est ridicule, ces chiffres sont complètement fantaisistes», avance Marcel Dettling, conseiller national UDC. Selon lui, l'immigration engendre des coûts immenses dans de nombreux domaines, des infrastructures de transport à la hausse des loyers en passant par l'augmentation des prix des terrains à bâtir. «Avec notre initiative, nous prenons des mesures pour contrer cette tendance.»

Marcel Dettling reproche à ses détracteurs de garantir la prévoyance vieillesse par le biais d'une immigration encore plus importante. «C'est un système pyramidal», estime-t-il. Les étrangers qui cotisent aujourd'hui pour l'AVS auront droit à une rente plus tard. Et si celle-ci est trop faible, ils percevront des prestations complémentaires. «Le compte n'est pas bon.»

Les demandeurs d'asile, des «parasites»

Pour le conseiller national, dans les analyses de Daniel Lampart, la «problématique» des demandeurs d'asile n'est pas assez prise en compte. «Ils sont des centaines de milliers en Suisse, la majorité sont jeunes, perçoivent l'aide sociale et toucheront un jour une rente AVS», craint Marcel Dettling. Avant de lâcher: «La gauche ferait mieux de contribuer à empêcher ces parasites demandeurs d'asile de venir en Suisse et de piller notre Etat social.»

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