«On nous a arnaqués, notre rêve s'est envolé»
Une entreprise argovienne vend des appartements fantômes, les victimes perdent des dizaines de milliers

Gregory a réservé un appartement qui n'était pas à vendre. Quant à Peter et Marianne, ils ont investi dans une maison pour laquelle il n'existait aucun permis de construire. Derrière ces offres se cachait une agence immobilière argovienne. La police mène l'enquête.
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Peter et Marianne étaient convaincus que cette agence leur permettrait de trouver un appartement adapté à leur âge.
Photo: Philippe Rossier
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Pascal Scheiber

Le salaire de Gregory*, 58 ans, est modeste. Employé dans les transports publics et la restauration dans les Grisons, il mettait de côté, mois après mois, le peu qu'il lui restait dans l'espoir de s'offrir un appartement. Il touchait presque au but lorsqu'est venue la désillusion: «A part des frais astronomiques, je n'ai plus rien», confie le Grison. Au total, Gregory a perdu 27'000 francs au profit d'une société immobilière argovienne jugée douteuse.

Cette entreprise est loin d'en être à son coup d'essai: son nom apparaît régulièrement dans le cadre d’affaires d’escroquerie immobilière présumée. Les cas s'enchaînent et suivent un schéma toujours similaire: un intérêt pour un bien, une réservation rapide, le versement d'un acompte, puis l'apparition de problèmes en cascade, toujours au détriment des acheteurs potentiels.

Pour Gregory T., tout commence à l'été 2025. Son regard est alors attiré par une annonce publiée par cette agence argovienne. Elle appartient à Luan F.*. L'annonce présente un joli appartement ancien de 2½ pièces situé dans une banlieue de Lucerne. Prix de vente: 477'000 francs. 

Intéressé, le Grison visite le logement durant l'été. Il est alors accompagné par la représentante du propriétaire. «C'était vraiment un bel appartement», s’enthousiasme Gregory. Pourtant, un détail lui met la puce à l'oreille. «Les photos des annonces ne correspondaient pas à la réalité. La cuisine était complètement différente», se souvient-il. Interrogée à ce sujet, l'agente balaie ses doutes en expliquant qu'elle gère plusieurs appartements dans l'immeuble et utilise toujours les mêmes clichés.

Une remise promise

Malgré ce signal d'alarme, le coup de cœur l'emporte: «L’appartement me plaisait», se souvient Gregory. L'agente exige un premier acompte pour l'appartement dans les 24 heures. En contrepartie, elle lui fait miroiter une remise. Gregory verse 27'000 francs.

Puis, soudain, plus aucune nouvelle de la part de l'agence immobilière. L'agente justifie cela en affirmant que le propriétaire de l'appartement est un homme «très occupé», difficile à joindre. La réalité, Gregory la découvrira bien plus tard: tout ceci n'est qu'un mensonge destiné à gagner du temps.

Un projet sans permis

Changement de décor. En Argovie, Peter**, 70 ans, et son épouse Marianne**, 65 ans, décident de donner leur maison familiale à leurs enfants pour s'installer dans un appartement. Ils pensent trouver la perle rare auprès de Luan F.: un futur projet d'immeuble idéalement situé entre Brugg (AG) et Aarau (AG). Le bâtiment n'est encore visible que sur plans, mais le couple franchit le pas et verse un acompte de réservation de 65'000 francs. «Nous étions convaincus d'avoir trouvé la solution idéale», racontent-ils à Blick.

Ce que le couple ignore à ce moment-là, c'est que le projet ne dispose d'aucun permis de construire. Ce sont de potentiels futurs voisins qui finissent par avertir Peter B. que des oppositions sont toujours en cours contre la construction. «Luan F. n'a pas communiqué de manière transparente sur ces retards – ce n’est pas professionnel», critique Peter. Les agents immobiliers leur ont caché que les retards de construction allaient durer des mois. 

Au bout de six mois, le couple d'acheteurs potentiels retire sa réservation. Les agents immobiliers n'accèdent qu'à contrecœur à la demande de remboursement. Ils déduisent leurs frais et remboursent le reste. Peter B. réclame désormais ces frais de conseil et d'administration, d'un montant de 9000 francs, par voie de poursuite. Le bilan tiré par Marianne est amer: «On s’est fait avoir, notre rêve s'est envolé.»

Le registre des poursuites révèle une montagne de dettes

Gregory a lui aussi engagé une procédure judiciaire contre le propriétaire. Le Grison affirme avoir découvert que «l'appartement que j'avais réservé n'a jamais été mis en vente. C'est de l'arnaque!»

Il a depuis résilié la réservation et réclame le remboursement des sommes versées, sans succès jusqu'à présent. «L'employée a rejeté la faute sur la banque pendant des semaines et m'a fait patienter jusqu'à ce que j'en ai ras-le-bol», explique-t-il. Résultat: une poursuite supplémentaire a été enregistrée contre la société.

Le registre des poursuites de l'entreprise montre que Gregory et la famille de Peter et Marianne ne sont pas les seuls concernés. Blick a pu consulter un extrait datant de début mai. Plusieurs créanciers, dont l’Administration de la Confédération des contributions, ont réclamé plus de 120'000 francs à l'entreprise entre août 2025 et avril 2026. 

Interrogé par Blick, Luan F. rejette ces accusations. Il ne souhaite pas entrer dans les détails, car ceux-ci font l'objet d’une plainte pénale en cours. La police cantonale d’Argovie confirme à Blick l'enquête en cours contre la société immobilière mise en cause.

*Noms modifiés
** Noms connus

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