«C'est le Far West»
Cet élu pense avoir trouvé une solution pour lutter contre les bouchons du Gothard

Pendant que des touristes font du skate sur l'autoroute A2, Simon Stadler, conseiller national du Centre, défend son projet phare sur le Gothard: le péage alpin. Il reçoit le soutien de son père qui, jadis, a donné du fil à retordre à l'ancien ministre des transports.
1/5
Hansruedi et Simon Stadler: le père a été conseiller d'Etat, le fils est conseiller national. Et pour les deux, la politique des transports est importante.
Photo: Philippe Rossier
RMS_Portrait_AUTOR_401.JPG
RMS_Portrait_AUTOR_352.JPG
RMS_Portrait_AUTOR_499.JPG
Tobias Bruggmann, Pascal Scheiber et Philippe Rossier

Une voiture se faufile à droite sur la bande d'arrêt d'urgence. Tandis que des motards zigzaguent entre les files de voitures à l'arrêt sur l'A2 en direction du Gothard, une femme s'extirpe d'un véhicule et quelqu'un s'essaie même au skateboard. «On se croirait au Far West», s'insurge Simon Stadler, conseiller national du Centre.

Les embouteillages du Gothard l'accompagnent depuis le début de sa carrière politique. Une trajectoire qui s'inscrit dans les pas de son père: Hansruedi Stadler fut, durant de longues années, membre du gouvernement uranais et du Conseil des Etats. Blick a rencontré le père et le fils ce Vendredi saint, sur un pont surplombant l'autoroute.

En mars dernier, Simon Stadler a remporté une victoire: le Parlement a approuvé un péage alpin. Ce dispositif vise les voyageurs étrangers transitant par la Suisse sans y séjourner, à passer à la caisse.

«Uri sera inondée pendant Pâques»

L'objectif n'est pas uniquement de fluidifier le trafic. «Allemagne, Argovie, Thurgovie, Zurich... », énumère le conseiller national en observant les plaques d'immatriculation de ceux qui traversent Altdorf pour contourner les colonnes de voitures. «A Pâques, Uri est inondée », déplore-t-il. Il rapporte l'anecdote d'un médecin de campagne contraint d'appeler les secours en urgence: «La route principale était saturée, il ne pouvait avancer qu'au pas à travers les villages.»

Simon Stadler se bat pour le péage alpin
Photo: Philippe Rossier

Simon Stadler défend ardemment ce péage, bien que de nombreuses modalités – à commencer par le tarif – restent à définir. Le texte actuel ne fixe aucun montant, mais l'élu évoque un prix moyen de 21 francs. «La clé réside dans l'effet d'incitation», précise-t-il. Le péage serait ainsi plus onéreux à Pâques et potentiellement gratuit en dehors des heures de pointe.

La durée d'un «séjour significatif» exemptée de péage reste également à déterminer: un simple dîner suffit-il, ou faut-il une nuitée? Côté technique, des caméras devraient être déployées sur une grande partie des 600 points de passage frontaliers. «C’est déjà le cas à 177 points de passage, et donc aux endroits les plus importants», tempère cependant l'élu. 

De la fête électorale à la maternité

Chez les Stadler, la politique est une affaire de famille, littéralement. Le 2 mai 1988, Hansruedi Stadler est élu au gouvernement cantonal. Sitôt les festivités terminées, il file à l'hôpital: son fils Simon venait de naître.

Longtemps député cantonal discret, Hansruedi Stadler sort de l'ombre en février 1994 lors de son combat pour l'Initiative alpine. Celui-ci visait à transférer le transport de marchandises de la route vers le rail. Lors d'un débat mémorable dans l'émission «Arena» de la télévision suisse, cet homme alors inconnu du petit écran fait face au ministre des Transports de l'époque, Adolf Ogi. Avec un simple papier et un franc-parler désarmant, il pousse le conseiller fédéral à la faute.

«Vous, les Uranais, vous n'avez déjà rien à dire. C'est nous qui payons tout pour vous», lance Adolf Ogi. Cette déclaration maladroite booste l'Initiative alpine. Fidèle à sa promesse, Hansruedi Stadler fêtera la victoire en dansant sur la place d'Altdorf au son du traditionnel «Zoge am Boge». Une séquence entrée dans l'histoire politique suisse.

Aujourd'hui, le père s'est réconcilié avec son ancien adversaire. «Un opposant politique n'est jamais un ennemi», glisse-t-il avec respect. S'il se dit également fier de son fils, ce n'est pas tant pour le succès du péage alpin – « il a juste fait son travail » – que pour son parcours personnel: apprentissage de maçon, maturité professionnelle, puis enseignant et conseiller national. Son seul conseil en politique à Simon? « Il faut pouvoir se regarder dans le miroir en se brossant les dents le soir.»

Une «connerie»

Sur le terrain, l'idée du péage passe mal, surtout chez les touristes étrangers. «On en a déjà assez de devoir acheter la vignette», peste Meike, venue d'Allemagne. «On passera par la France, tout simplement. Vu le prix de l'essence, on surveille nos dépenses.» Pour Arthur, un conducteur de Lörrach, le projet est «absurde»: il estime qu'à ce prix, la fluidité du trafic devrait au moins être garantie.

Simon Stadler n'est pas d'accord. «La vignette est trop bon marché. Le péage du col du Grand-Saint-Bernard coûte à lui seul 35 francs pour un aller simple.» 

Les critiques fusent également de la part de personnalités politiques étrangères. Le député européen français Christophe Grudler accuse la Suisse de «faire des conducteurs étrangers des boucs émissaires». «Les embouteillages et la congestion sont aussi dus au fait que les infrastructures suisses ne sont pas conçues pour un tel volume de trafic.»

Hansruedi Stadler : «On ne résout pas le problème des transports en Suisse en faisant la course aux armements en matière d'infrastructures».
Photo: Philippe Rossier

Père et fils s'étaient d'ailleurs opposés à la construction du second tunnel routier du Gothard. L'hebdomadaire «Weltwoche» a qualifié Simon Stadler de «pyromane et de pompier». Son père rétorque: «Les problèmes de circulation en Suisse ne se résoudront pas par une course aux infrastructures.» La Suisse a déjà beaucoup investi, notamment des milliards, dans le tunnel de base du Saint-Gothard. «Mais de nombreux automobilistes ne réagissent qu'au prix.»

La dynastie Stadler pourrait bien se poursuivre. En décembre, Simon Stadler est devenu papa pour la première fois. Mais même si le problème des embouteillages persistent d'ici les dix-huit ans de son fils Paul, il ne sera pas obligé de se lancer en politique. «Je le soutiendrai dans tout ce qu'il entreprendra, qu'il s'agisse d'un apprentissage de charpentier, d'études universitaires ou de politique.»

En attendant, les Stadler aussi s'évadent pour Pâques. Loin de la cohue du Sud, ils préfèrent prendre de la hauteur, en montagne.

Articles les plus lus