En bref
- Une vague de cyberattaques contre des installations frigorifiques sévit en Europe. En Suisse, des filiales Volg et une boucherie ont également été touchées
- En 2025, l'OFCS a enregistré 222 attaques contre des infrastructures critiques
- Fin octobre 2026, 389 signalements ont déjà été enregistrés
Cette semaine, plusieurs pays européens ont été visés par des cyberattaques contre des installations frigorifiques. Des pirates ont fait exploser les températures en manipulant les systèmes de commande à distance. Ils ont notamment déclenché le mode dégivrage, faisant grimper la température de certains équipements jusqu’à 50 degrés. Mi-octobre, des systèmes de réfrigération de supermarchés français avaient déjà été attaqués.
Les magasins pris pour cible ont été contraints jeter des tonnes de denrées alimentaires. Outre l’Allemagne, la France et l’Italie, plusieurs pays d’Europe du Nord ont également subi ces attaques. Selon les premières estimations, les pertes se chiffrent à plusieurs millions d’euros.
Des entreprises suisses attaquées
La Suisse n'a pas été épargnée. A Köniz (BE), des hackers ont manipulé les congélateurs de la boucherie Lüthi's Fleischwaren. Résultat: la viande s'est avariée, les étiquettes de prix ont fondu et le commerce a dû fermer temporairement. Trois filiales Volg ont également été visées. Les pirates y ont modifié certains réglages des installations frigorifiques, révèle la SRF.
Migros, Lidl Suisse et Coop assurent de leurs côtés ne disposer, à ce stade, d'aucun indice d'une cyberattaque réussie contre leurs appareils ou installations frigorifiques. Coop avait néanmoins confirmé en début de semaine à 20 Minuten avoir été la cible de tentatives d'attaque, toutes déjouées.
Des centaines d'incidents
Les chiffres de l'Office fédéral de la cybersécurité (OFCS) témoignent d'une menace en nette progression. Depuis le 1er avril 2025, les exploitants d'infrastructures critiques sont tenus de déclarer les cyberattaques dont ils sont victimes. L'année dernière, l'OFCS a recensé 222 incidents. Entre janvier et fin octobre 2026, ce chiffre a déjà grimpé à 389. Rien qu'en septembre, 63 attaques ont été signalées, contre 47 en octobre. Au cours de ces deux mois, l'administration est le secteur le plus fréquemment visé.
Avec les années, les cyberattaques deviennent plus ciblées et plus complexes, rapporte l'OFCS. La situation géopolitique contribue à cette évolution. «En raison de leurs liens économiques et politiques étroits avec d'autres Etats occidentaux, les organisations suisses doivent se préparer à maintenir leur résilience dans un environnement de cybermenaces toujours plus hostile», avertit l'office.
L'approvisionnement d'urgence n'est pas menacé
Des groupes de hackers prorusses ont revendiqué les cyberattaques contre les installations frigorifiques, sans toutefois fournir de preuves. Selon des experts en sécurité, une implication d'Etats comme la Russie ou la Chine n'est pas à exclure.
L'approvisionnement national d'urgence ne court toutefois aucun danger immédiat. La coopérative Réserve Suisse, chargée des stocks obligatoires de denrées alimentaires et d'aliments pour animaux, se veut rassurante: «Nous ne dépendons pas des systèmes de réfrigération.» De nombreux silos fonctionnent par ailleurs encore selon des systèmes purement mécaniques, les rendant nettement moins vulnérables aux cyberattaques.
L'expert en cybersécurité Marc Ruef, également cofondateur de la société zurichoise Scip AG, porte un regard critique sur la situation. Il juge «hautement contestable» que les entreprises concernées n'aient pas immédiatement contrôlé leurs systèmes après les premiers incidents. Le problème réside notamment dans la mise en réseau des installations: les hackers exploitent souvent des comptes standard dont les paramètres n'ont jamais été modifiés ou ont des mots de passe trop faibles.
Marc Ruef met en garde contre d'autres cibles potentielles. Les hôpitaux, dont une banque de sang a été attaquée cette semaine en France, ou encore les infrastructures énergétiques pourraient elles aussi être victimes de telles opérations.
Les ménages peuvent être ciblés
Le danger ne s'arrête pas aux entreprises et infrastructures critiques. Les hackers peuvent aussi s'attaquer aux systèmes connectés dans les foyers. Téléviseurs intelligents, machines à café ou lave-linge pilotables à distance: chaque appareil relié à Internet élargit la surface d'attaque. Une alerte publiée cette semaine par l'OFCS illustre concrètement le risque, l'office ayant reçu plusieurs signalements de réseaux domestiques piratés.
«Tous les appareils ne devraient pas être connectés à Internet, même si cela est techniquement possible», conseille Marc Ruef. Il recommande également d'exécuter régulièrement les mises à jour de sécurité. Quant aux appareils trop anciens pour bénéficier d'une protection suffisante, mieux vaut leur couper l'accès à Internet ou les remplacer par des modèles plus récents.
L'évolution des failles de sécurité souligne l'urgence de la situation. «Le nombre de vulnérabilités publiées a quadruplé depuis janvier», constate l'expert. L'intelligence artificielle contribue notamment à accélérer leur détection, mais elle est aussi de plus en plus utilisée pour automatiser les attaques. Marc Ruef lance ainsi un avertissement: «Les mois et les années à venir relégueront tout ce qui s'est passé jusqu'ici dans l'ombre.»