Cryptos, rançons, drogues
Des hackers jusque dans votre salon? La Confédération met en garde

Après plusieurs cyberattaques d'envergure contre des systèmes de réfrigération, la Confédération alerte désormais sur les risques qui menacent les maisons connectées. Le Centre national pour la cybersécurité a reçu plusieurs signalements de réseaux domestiques infectés par des logiciels malveillants.
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Les systèmes de maison connectée peuvent offrir de nombreuses portes d'entrée aux hackers, avertit la Confédération.
Photo: Swiss Chessboxing Federation

En bref

  • Des cybercriminels ont manipulé des systèmes de refroidissement en Europe, des entreprises suisses ont également été touchées
  • Le NCSC signale des réseaux domestiques infectés, de nombreux appareils de maison connectée sont directement en ligne et vulnérables
  • Le NCSC met en garde contre le vol de données, le minage de cryptomonnaies et les botnets et recommande des mises à jour régulières
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Martin Schmidt

Des cybercriminels ont ciblé les systèmes de réfrigération de centaines de supermarchés en Europe. Après avoir contourné les dispositifs d'alarme, ils ont pu augmenter la température des installations. Lors d'une deuxième vague d'attaques, début novembre, les pirates ont également réussi à s'introduire dans les systèmes d'entreprises suisses. La boucherie Lüthi's Fleischwaren, dans le canton de Berne, ainsi que trois magasins du distributeur Volg ont notamment été touchés, comme l'a rapporté la SRF.

Pour les hackers expérimentés, pirater ces systèmes de réfrigération peut se révéler étonnamment simple. En cause, des installations souvent accessibles sur Internet sans protection suffisante. Cette connexion permet aux techniciens d'effectuer facilement des opérations de maintenance à distance, à l'aide d'une application. Mais sans réseau privé virtuel (VPN), elle peut aussi ouvrir la porte aux cybercriminels. De quoi soulever une question: nos propres logements sont-ils eux aussi menacés?

«Le danger est réel», affirme Jean-Claude Frick, expert en numérique auprès du comparateur en ligne Comparis. «On met certes en garde depuis des années contre ce type d'attaques contre les maisons connectées. Mais grâce à l'intelligence artificielle, les hackers ont considérablement renforcé leurs capacités. Cela a fortement accéléré l'exploitation des failles de sécurité», explique-t-il.

Le Centre national pour la cybersécurité (NCSC) a d'ailleurs reçu plusieurs signalements de réseaux domestiques infectés par des logiciels malveillants.

De plus en plus d'appareils connectés à Internet

Le problème, c'est que de nombreux appareils du réseau domestique sont désormais connectés à Internet. Machines à laver, réfrigérateurs, fours, aspirateurs robots, ampoules, prises électriques, téléviseurs, box TV, caméras, consoles de jeu, thermostats ou encore systèmes de climatisation: tous font désormais partie de ce qu'on appelle les maisons connectées.

Et chacun de ces appareils peut servir de porte d'entrée aux hackers pour accéder au réseau domestique, avertit le NCSC dans un communiqué.

Une fois à l'intérieur, les cybercriminels peuvent notamment modifier la température du chauffage, augmenter celle du four ou accéder aux caméras. Mais ces attaques sont généralement motivées par l'argent. Les pirates peuvent ainsi chercher à dérober des données sensibles ou des identifiants bancaires à l'aide de logiciels malveillants, notamment des chevaux de Troie.

Votre salon transformé en mine de cryptomonnaies

Le vol de données peut également déboucher sur une demande de rançon. Mais le NCSC met en garde contre une autre pratique: l'installation clandestine de logiciels qui exploitent les ressources informatiques des appareils pour miner des cryptomonnaies, aux frais de leurs propriétaires. Sans même s'en rendre compte, les victimes peuvent ainsi voir leurs appareils participer au minage de cryptomonnaies. Et la mauvaise surprise peut arriver avec la prochaine facture d'électricité.

Autre risque, les réseaux de machines piratées, appelés «botnets». Les cybercriminels peuvent y intégrer des appareils connectés compromis et utiliser leur puissance de calcul ou leur connexion Internet pour mener d'autres attaques informatiques. Dans le pire des cas, des criminels pourraient même utiliser la connexion Internet du foyer pour commander de la drogue, au risque de voir la police débarquer au domicile de la victime.

Certains signes peuvent toutefois mettre la puce à l'oreille. Un appareil qui devient anormalement lent, dont le ventilateur tourne en permanence ou fait beaucoup de bruit, peut notamment révéler une infection.

La recherche de simplicité augmente les risques

«Les développeurs des appareils de maison connectée renforcent eux aussi continuellement leurs systèmes», explique Jean-Claude Frick. Les routeurs Wi-Fi modernes disposent par ailleurs, dans leur configuration standard, de protections qui permettent de créer un réseau privé et de rendre les appareils du foyer inaccessibles directement depuis l'extérieur.

Mais ces protections ne suffisent pas toujours. Un mot de passe Wi-Fi trop simple peut notamment être découvert rapidement par des pirates. Et la recherche de simplicité peut aussi conduire les utilisateurs à négliger leur sécurité.

«Les personnes qui installent des systèmes de maison connectée chez elles intègrent souvent trop peu la sécurité dans leur projet. Elles veulent pouvoir ouvrir l'application le plus simplement possible et allumer la lumière extérieure», explique Jean-Claude Frick. «L'authentification à deux facteurs pour l'accès est trop compliquée pour beaucoup.»

Des mises à jour indispensables pour se protéger

L'intérêt des appareils connectés réside justement dans la possibilité de les contrôler à distance. Depuis le bureau ou dans le train du retour, il est possible de lancer son aspirateur robot, d'augmenter le chauffage ou encore d'accéder à sa bibliothèque musicale et vidéo pendant les vacances. Des fonctionnalités pratiques, mais qui peuvent aussi créer de nouvelles failles de sécurité si les systèmes ne sont pas suffisamment protégés.

Ces dernières semaines, une importante faille de sécurité a notamment été révélée dans PHP, un langage de programmation très répandu. Les applications qui l'utilisent peuvent donc présenter un risque si elles sont concernées par cette vulnérabilité et qu'aucun correctif n'a été installé. Le serveur multimédia Plex, très populaire, a lui aussi été concerné par des failles de sécurité.

Face à ces risques, le NCSC recommande de mettre régulièrement à jour les appareils connectés et leurs logiciels, afin de corriger les vulnérabilités connues et de limiter les possibilités d'intrusion.

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