Un expert dans les causes des incendies répond
Comment le feu a-t-il pu se propager si vite dans le bus?

Après le drame de Chiètres, une question se pose: pourquoi les victimes n'ont-elles pas pu s'échapper à temps du car postal? Markus Knorr, enquêteur spécialisé dans les incendies, apporte une réponse.
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Les autorités fribourgeoises ont organisé une conférence de presse mercredi. Un expert en incendies est brièvement intervenu.
Photo: keystone-sda.ch
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Marian Nadler

Au moins six personnes ont perdu la vie et cinq autres ont été blessées mardi soir dans l'incendie d'un car postal à Chiètres (FR). Un homme se serait aspergé d'essence avant de s'immoler par le feu au sein du véhicule. Le contact du feu avec l'essence crée une déflagration soudaine et sphérique. Le suspect et les victimes ont vraisemblablement été mortellement brûlés.

Lors d'une conférence de presse organisée mercredi par les autorités fribourgeoises, un expert en incendies a très brièvement expliqué que le feu avait visiblement bénéficié de suffisamment d'oxygène, de chaleur et de matériaux inflammables pour pouvoir se propager.

L'avis d'un enquêteur spécialisé dans les incendies

Markus Knorr, enquêteur privé spécialisé dans les causes des incendies, revient pour Blick sur les raisons pour lesquelles les passagers ont eu si peu de temps pour fuir. La particularité avec l’essence, explique-t-il, c'est que «ce n'est pas le liquide qui brûle, mais les vapeurs inflammables qui se forment au-dessus.»

Dès lors que celles-ci s'embrasent, les flammes se propagent à une vitesse fulgurante. Cette propagation peut, selon l'expert, «s'étendre bien au-delà de la zone initiale où le carburant liquide a été répendu.»

Markus Knorr n'exclut pas une propagation immédiate du feu, comme lors d'un flashover – c'est à dire un embrasement simultané de toutes les matières inflammables ou d'autres phénomènes tels qu'une explosion de fumée. Un flashover s'était déjà produit lors de la tragédie de Crans-Montana la nuit du Nouvel-An.

Avant que l'embrasement généralisé ne survienne, les gaz inflammables présents dans la fumée s'enflamment soudainement – c'est ce qu'on appelle un rollover. Celui-ci est dû au fait que de l'oxygène est encore suffisamment présente dans la pièce.

En revanche, lors d'une explosion de fumée – un backdraft – le feu semble éteint en raison du manque d'oxygène, mais des gaz comme le monoxyde de carbone restent présents. Si une porte s'ouvre, laissant entrer de l'air frais et donc de l'oxygène, une explosion violente survient sous forme de choc de pression.

Les bus sont soumis à des normes internationales

La propagation rapide du feu est facilitée par une grande quantité de matériaux inflammables. Dans le cas du car postal, il s'agit principalement de plastiques combinés à «l’arrivée d’oxygène par des portes et fenêtres ouvertes ou défectueuses.» Les revêtements, coussins et mousses des bus doivent répondre à des normes internationales de sécurité incendie, visant à limiter la propagation du feu et les dégagements de fumée.

Cependant, même les matériaux conformes aux normes ne sont pas ininflammables. En présence d’un feu intense ou d’accélérateurs de combustion, l’intérieur du véhicule peut rapidement s'embraser. «Selon l'âge du bus, les matériaux de l'habitacle ne sont que peu testés et sélectionnés du point de vue de la protection anti-incendie», explique Markus Knorr. Les modèles plus anciens contiennent souvent de grandes quantités de plastiques et de textiles non résistants au feu, ce qui peut entraîner une propagation très rapide des flammes.»

Les gens se sont-ils pressés vers les portes ?

Même dans les véhicules plus récents, la fumée et les plastiques demeurent une grande menace. «En effet, même les plastiques réputés non inflammables le sont: ils peuvent être enflammés de manière persistante par des sources d'ignition appropriées ou par l’utilisation d’accélérateurs liquides.»

La configuration exiguë du bus a également dû compliquer l’évacuation. Dans un espace confiné avec beaucoup de passagers, des obstacles se forment rapidement aux abords des sorties. La forte production de fumée et de gaz toxiques issus des plastiques aggrave la situation, rendant la fuite plus difficile et pouvant entraîner rapidement une perte de connaissance, puis le décès, précise l'expert.

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