Regula Keller est anéantie. La semaine dernière, son fils Fabian a péri dans l'incendie du bus de Chiètres (FR). Il est la plus jeune victime de l'homme qui s'est immolé dans le car postal, provoquant la mort de cinq personnes. «La perte de Fabian est insupportable, je n'arrive plus à dormir», confie sa mère à Blick. Mais à sa douleur s'ajoutent désormais l'incompréhension et l'impuissance, car Regula Keller doit aussi affronter les conséquences financières de la mort de son fils.
Dans son cas, la situation est particulièrement grave. Lorsque nous lui rendons visite à son domicile, nous constatons rapidement qu'elle est en difficulté financière. Tout ce qui a de la valeur a été acheté pour son fils: télévision, Playstation, mobylette. En dehors de cela, elle ne possède presque rien. Depuis le décès de son mari d’un cancer il y a cinq ans, elle doit vivre très modestement.
Regula Keller vit de l'aide sociale et n'a pas assez d'argent pour les funérailles de son fils. Elle cherche désespérément comment couvrir ces frais.
Le refus de Berne
Regula Keller ne pourra pas compter sur une aide fédérale. Aucune contribution nationale n'est prévue pour les six victimes et les cinq blessés de Chiètres, a précisé lundi le conseiller fédéral socialiste Beat Jans lors d'une conférence de presse. Il a rappelé que l'aide aux victimes du canton de Fribourg prendra en charge les victimes de l'accident.
Une annonce qui en a surpris plus d'un, car la Confédération a pourtant versé 50'000 francs par personne aux victimes de Crans-Montana. Selon le conseiller fédéral Beat Jans, les situations de Chiètres et de Crans-Montana ne sont toutefois pas comparables.
Il a justifié cette distinction par l'ampleur des événements. A Crans-Montana, le nombre exceptionnel de victimes aurait surchargé les services d'aide, ce qui aurait désavantagé les victimes «normales». En d'autres termes, le canton de Fribourg peut financer l'aide aux victimes de Chiètres, mais pas le Valais.
L'incompréhension d'une mère
La mère de Fabian ne comprend pas cette différence. Regula Keller réclame une indemnisation, non seulement pour elle, mais aussi pour toutes les victimes de la tragédie: «Il serait juste que nous, ainsi que les autres proches et blessés de l'incendie criminel de Chiètres, soyons indemnisés. Aucune des victimes présentes dans le bus n'est responsable de cette tragédie: ils se trouvaient simplement au mauvais endroit au mauvais moment.»
Elle ne comprend pas non plus pourquoi elle serait traitée différemment des proches et blessés de Crans-Montana. De plus, elle n’a encore reçu aucune information sur l'aide aux victimes. «Personne ne m'a contactée jusqu'à présent, déclare-t-elle. Le seul soutien que j'ai pour le moment, c'est mon compagnon. Nous avons parlé aujourd'hui avec le pasteur pour préparer les obsèques qui auront lieu ce vendredi à l'église réformée de Chiètres.»
Flou autour de l'aide aux victimes
Pour l'instant, personne ne sait si une aide sera accordée aux familles des victimes de Chiètres ni quelle en serait l'ampleur. L'aide aux victimes du canton de Fribourg n'a pas encore tranché la question de l'indemnisation.
«Nous sommes en contact avec certaines familles, explique Claudia Lauper, porte-parole de la Direction de la santé et des affaires sociales. Chaque situation est différente et doit être examinée individuellement. Ce qui est certain, c'est que les frais d'obsèques peuvent être pris en charge.» Pour l'instant, le canton de Fribourg ne peut pas encore dire comment seront traitées les autres demandes.
Regula Keller aurait bien entendu besoin d'un soutien financier, mais l'argent ne la consolera pas entièrement. «Rien ne pourra faire revenir Fabian. Pour l'heure, je suis inconsolable», confie-t-elle.