«C'est comme du travail à la chaîne.» Sur les réseaux sociaux, le grogne se fait sentir parmi les conducteurs de locomotive des CFF. Le travail est de plus en plus monotone, des lignes ont été supprimées, ils ne peuvent plus conduire certains véhicules. Les conditions se détériorent et la motivation s'en ressent. «Je ne ferais plus d'efforts supplémentaires», résume l'un d'eux.
La raison de ce mécontentement? Le nouveau concept d’affectation du personnel des locomotives, que les CFF ont introduit lors du changement d’horaire en décembre dernier. Les employés des dépôts périphériques de Schaffhouse, Ziegelbrücke et Rapperswil ont été particulièrement touchés. A tel point que le Syndicat suisse des mécanicien-ne-s de locomotive (VSLF) et le Syndicat du personnel des transports (SEV) sont montés au créneau.
Besoin de faire appel à des externes
Les syndicats déplorent des conditions de travail de moins en moins attrayantes, des tâches si monotones qu'elles constituent une menace pour la sécurité et une pression accrue sur les mécaniciens. Dans une résolution adoptée fin mars par l'assemblée des délégués, le VSLF exige des CFF qu'ils mettent fin à ce nouveau concept d'affectation.
Selon Marc Engelberger, membre du comité central du syndicat, l'augmentation de la productivité que devait permettre ce nouveau concept est minime: il entraîne surtout des reports de services. De fait, il arrive que les pilotes des locomotives doivent prendre le taxi pour monter dans leur train. Un comble.
De plus, les CFF doivent faire appel à du personnel de locomotive externe pour compléter les équipes. «Tout cela engendre des coûts élevés qui ne sont pas pris en compte dans le concept d’affectation», explique Marc Engelberger. Il ajoute qu’un personnel moins satisfait est plus souvent malade et absent, ce qui entraîne des dépenses supplémentaires.
Les réponses des CFF
Claudio Pellettieri, Responsable Conduite des trains et manœuvre, réfute la critique selon laquelle le nouveau concept d’exploitation n’optimiserait les horaires de travail que de façon minime. «Malgré l’extension de l’offre, les CFF n’auront pas besoin de créer 73 postes à temps plein parmi le personnel des locomotives», explique-t-il. Il reconnaît toutefois que le travail des employés des trois dépôts cités plus haut devient ainsi «moins variable». En revanche, il précise que les changements ont été de moindre importance sur les 32 autres sites. Une analyse des avantages et des inconvénients plaide en faveur de la nouvelle méthode, «sinon, nous ne l’aurions pas adoptée».
Le responsable réfute aussi l’idée selon laquelle une plus grande monotonie porterait préjudice à la sécurité. «Les conductrices et conducteurs de locomotive sont tout aussi concentrés sur leurs tâches lorsqu’ils parcourent plusieurs fois le même trajet que lorsqu’ils circulent sur différentes lignes.» D'après lui, avec le nouveau concept d’affectation, le personnel des locomotives continue d’assurer des trajets sur plusieurs types de véhicules et de lignes. Il ajoute que les employés pourraient accroître la diversité de leurs missions s’ils étaient prêts à rejoindre d’autres dépôts.
Un mécontentement pris «au sérieux»
Concernant le recours à du personnel supplémentaire, il explique: «Nous engageons depuis toujours des conducteurs de locomotive externes pour couvrir certains services et rester flexibles.» D'après lui, avec le nouveau concept d’affectation, il n’y en aurait pas plus qu’auparavant. Et pour ce qui est des employés qui doivent se rendre au boulot en prenant un taxi, le responsable indique, que, pour rejoindre aux première heures un site CFF isolé, c'est dur d'envisager une autre solution quand on n'a pas de véhicule privé.
Claudio Pellettieri comprend toutefois le mécontentement de ceux à qui l’on a réduit le champ d'action. «Je prends ce mécontentement au sérieux», souligne-t-il. D'ailleurs, les CFF travaillent en étroite collaboration avec les collaborateurs et les partenaires sociaux pour examiner les «développements futurs» du nouveau concept.