Changer les essences d'arbres
Voici comment la Suisse pourrait mieux se préparer aux prochaines sécheresses

Cette année, la canicule et la sécheresse persistante mettent à rude épreuve tant la population que la nature. Le Conseil fédéral se penche désormais lui aussi sur le problème. En parallèle, un office fédéral apporte un éclairage intéressant sur la situation.
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La Suisse a connu une période de sécheresse «exceptionnelle» cet été.
Photo: Stefan Bohrer

En bref

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  • La Suisse subit une sécheresse exceptionnelle en 2026, marquée par des niveaux d'eau historiquement bas et un manque de précipitations. Le Conseil fédéral examine ce mercredi un plan d'action présenté par Albert Rösti pour lutter contre les effets du changement climatique.
  • La sécheresse affecte les forêts, nécessitant des essences plus résistantes comme le cèdre ou l'érable, et a forcé deux centrales nucléaires à réduire leur production.
  • Selon le WSL, une stratégie nationale de l'eau est indispensable pour gérer les pénuries à venir. Parmi les mesures proposées: réduire la consommation agricole avec des systèmes d'irrigation plus efficaces et augmenter les capacités de stockage d'eau à long terme.
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Ruedi Studer

Alors que les Vert-e-s appellent à une lutte de grande envergure contre la canicule, le Conseil fédéral s'attaque à son tour au problème de la sécheresse. Ce mercredi, le ministre de l'Environnement Albert Rösti présentera à ses collègues un plan d'action destiné à aider la Suisse à s'adapter au changement climatique. Car la canicule de cette année ne devrait pas rester une exception.

A l'occasion du sommet du Conseil fédéral sur la canicule, l'Institut fédéral de recherche sur la forêt, la neige et le paysage (WSL) vient de publier un dossier consacré à la sécheresse de cette année. Il répond à de nombreuses questions sur le phénomène. Blick en présente trois conclusions intéressantes:

Une sécheresse «très exceptionnelle»

Les experts du WSL qualifient la sécheresse de cette année, marquée par des niveaux d'eau historiquement bas dans de nombreux cours d'eau, de «très exceptionnelle». Sur le Plateau notamment, les précipitations sont nettement inférieures à la moyenne pluriannuelle. Plusieurs facteurs expliquent cette situation: outre le manque de précipitations et les vagues de chaleur, les faibles chutes de neige dans les Alpes durant l'hiver ont également aggravé la situation. La fonte des neiges s'est ainsi révélée «maigre».

Après plus de quatre mois avec si peu de pluie dans un climat comme le nôtre, les experts du WSL parlent donc bel et bien de sécheresse. Et les quelques précipitations ponctuelles ne suffiront pas à inverser la tendance. «Pour que la situation s'améliore durablement, il faut des précipitations plus longues et couvrant de vastes zones.»

Des cèdres à la place des hêtres?

La sécheresse touche également nos forêts, comme en témoignent les feuilles déjà brunies sur de vastes étendues. Impossible toutefois d'arroser les forêts à grande échelle. Il faut donc renforcer leur résilience. «Cela passe par des forêts mixtes composées de plusieurs essences, une plus grande diversité génétique et une densité de peuplement réduite, afin que les arbres individuels soient moins en concurrence pour l'eau», expliquent les experts du WSL.

Le visage de nos forêts pourrait ainsi progressivement changer. Les essences les moins résistantes, comme les hêtres et les épicéas, pourraient se raréfier au profit d'espèces indigènes mieux adaptées à la chaleur et à la sécheresse, comme l'érable plane et l'érable champêtre, le tilleul d'hiver ou certaines essences de chêne. «En principe, ce sont surtout les essences actuellement rares qui devraient devenir plus fréquentes.»

Des essences non-indigènes pourraient également devenir une option de plus en plus courante, notamment le chêne hongrois, le cèdre de l'Atlas ou le douglas d'Amérique du Nord.

La canicule affecte aussi le courant

La sécheresse a également des répercussions sur l'approvisionnement en électricité. Ainsi, deux des quatre centrales nucléaires ont dû réduire leur puissance en raison des températures élevées de l'eau, voire être temporairement mises hors service.

La période de sécheresse ne constitue toutefois pas une menace pour l'approvisionnement en électricité. Le développement rapide de l'énergie solaire depuis 2020 apporte «une contribution précieuse à l'approvisionnement actuel en électricité», tandis que le fort ensoleillement permet aux installations photovoltaïques de produire davantage que la moyenne.

Lors des journées ensoleillées, l'énergie solaire couvre régulièrement plus de la moitié de la puissance demandée à midi. Le soir et la nuit, c'est l'énergie hydraulique qui joue un rôle central.

Les experts se montrent également rassurants pour l'hiver. Certes, les lacs de retenue alpins se remplissent plus lentement que d'habitude, mais leur niveau continue de progresser. Il n'y a donc «actuellement aucun signe aigu d'une situation critique en matière d'approvisionnement».

Prendre rapidement des mesures

Alors que le Conseil fédéral doit seulement se pencher mercredi sur le plan d'action d'Albert Rösti, les experts du WSL esquissent déjà les grandes lignes des mesures nécessaires pour mieux se préparer aux futures périodes de sécheresse. Une stratégie nationale de l'eau doit notamment définir qui peut utiliser l'eau, où et à quel moment, ainsi que les priorités à fixer lorsque la ressource vient à manquer.

A court terme, il faudra également réduire la consommation, notamment grâce à des systèmes d'irrigation plus efficaces dans l'agriculture. A plus long terme, l'objectif sera en revanche de stocker davantage d'eau dans le paysage.

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