Son projet avance à grands pas!
A Fribourg, une chercheuse de 35 ans développe un test sanguin pouvant détecter le cancer du sein

Depuis l'Université de Fribourg, la jeune chercheuse Ivana Domljanovic se démène pour lancer un test sanguin capable d'identifier les biomarqueurs caractéristiques du cancer du sein. Elle nous raconte les prochaines étapes de son travail, qui semble avancer dans la bonne direction.
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Ellen De Meester - Journaliste Blick
Ellen De MeesterJournaliste Blick

Une innovation historique progresse, petit à petit, entre les murs de l'Université de Fribourg. Depuis que nous l'avions rencontrée, en octobre 2024, la jeune chercheuse Ivana Domljanovic continue d'offrir des flots d'énergie à son projet de coeur: un test sanguin capable de détecter le cancer du sein.

Immédiatement applaudi par plusieurs prix et soutiens internationaux, le concept porte un immense espoir pour la santé des femmes. Or, la concrétisation d'une telle idée requiert, évidemment, d'innombrables étapes différentes, aussi longues que complexes, durant lesquelles des quantités astronomiques de données doivent être récoltées et analysées.

Malgré la longueur du processus, la scientifique d'origine croate s'approche gentiment de la victoire. Où en sont actuellement ses travaux? Nous l'avons retrouvée, pour discuter des dernières évolutions du projet.

Un test pour identifier les biomarqueurs

Pourquoi un test sanguin, demandez-vous? Parce que l'innovation développée par Ivana se base sur un nanocapteur constitué d'ADN, replié comme un origami, un dispositif pouvant identifier les biomarqueurs spécifiques à la maladie: à partir d'un échantillon sanguin, il est capable de débusquer les microARN, de petites molécules associées au cancer du sein, susceptibles de révéler sa présence dans l'organisme. «Cette maladie touche une femme sur huit, rappelle la chercheuse. Les cas augmentent, même chez les personnes jeunes, notamment en raison de notre environnement, du stress et de nos modes de vie. Mais la la survie est excellente lorsque le diagnostic est posé tôt et une thérapie adéquate est initiée rapidement.»

Ivana vient notamment de boucler une phase importante: la comparaison entre les résultats de son nanocapteur et ceux obtenus par des méthodes utilisées dans le diagnostic médical. «C'était un gros travail déployé sur plus de deux ans, mais j'ai pu compter sur l'aide du professeur Curzio Rüegg, mon mentor, et les étudiants issus des départements de médecine et de physique de l'Université de Fribourg, se réjouit la jeune femme. Les résultats sont très prometteurs.»

Actuellement, Ivana se concentre sur le suivi de l'évolution de la maladie et la déctection précoce des rechutes: «C'est pour ce cas de figure que nous disposons déjà d'une grande quantité de données. Dans la prochaine phase, nous vérifierons si nous pouvons obtenir le même niveau de détection pour les stades précoces du cancer du sein.»

Un kit de test pour les médecins

Si les résultats obtenus à ce jour sont encourageants, la jeune femme souligne que le chemin à parcourir est encore long: «Nous devons encore passer par de nombreuses recherches, obtenir davantage de validations scientifiques et cliniques, avant que cette approche puisse être intégrée aux pratiques médicales. Par exemple, il faudra commencer par demander de nouveaux fonds de recherche, car de tels projets sont onéreux. Mais nous avons de la chance, car la Suisse se montre souvent généreuse au soutien de tels projets.»

Ensuite, le but sera de créer un kit de recherche, qui permettra à des médecins de différents hôpitaux de tester la méthode sur le terrain. A partir de là, si les spécialistes approuvent l'idée et que de futures analyses s'avèrent concluantes, les ultimes étapes effleureront la mise sur le marché. Ainsi qu'elle nous le confiait déjà en 2024, la chercheuse espère que le dispositif sera prêt pour la phase marketing en 2029, «si tout va bien».

«Les femmes ne devraient pas hésiter à demander ce genre de test»

Pour rester patiente et motivée au fil des défis, cette ancienne prodige du Basketball professionnel puise dans le mental d'athlète et garde les yeux rivés sur chaque marche de l'escalier qu'elle gravit: «Si on essaie de viser trop haut, trop vite, c'est un peu vertigineux, admet-elle. Je préfère prendre chaque petit objectif à la fois, pour garder mon cap et mon endurance.»

En attendant que le test soit validé et se retrouve entre les mains des médecins, rappelons que les programmes de dépistage cantonaux invitent les femmes à réaliser une mammographie toutes les deux années, à partir de l'âge de cinquante ans. Dans les cas d'une prédisposition génétique, les dépistages peuvent commencer plus tôt. En revanche, puisqu'il n’existe pas encore de programmes de dépistage organisés pour les femmes plus jeunes, Ivana encourage celles-ci à dialogues avec leur gynécologue, afin d'exprimer leur interet pour des tests sanguins de détection précoce du cancer: «Si un intérêt apparaît, cela pourrait stimuler le développement de ce type de tests, pointe-t-elle. Et puis, je pense que les femmes devraient être actrices de la prévention, afin de se donner tous les moyens possibles de vieillir en bonne santé.»

«C'est pour elles que je le fais»

Elle y travaille donc, jour et nuit. Pour que ces femmes puissent bénéficier des meilleures conditions de traitement et maximiser leurs chances de guérison. D'ailleurs, lorsqu'elle parle des patientes touchées par un cancer du sein qu'elle a rencontrées durant ses recherches, notamment en Croatie, Ivana s'émeut presque aux larmes: «C'est pour elles que je le fais», admet-elle.

Pour conclure, la chercheuse se replonge dans le champ lexical du sport, qui semble l'accompagner au quotidien: «Mon coach de basket me disait toujours que si j'arrivais aujourd'hui à fournir un effort légèrement plus intense qu'hier, je quitterais la salle un brin plus forte que la veille. Personne ne le remarquerait. Mais au bout de plusieurs années, le progrès serait immense.» Tout est dit. Vous saurez désormais que dans les laboratoires universitaires de Fribourg, une jeune scientifique avance, chaque jour un petit peu, dans l'espoir de sauver des vies de femmes menacées par le cancer du sein.

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