Vers des années noires?
A l’avenir, les coûts de la santé pourraient plomber les finances cantonales

Quatorze cantons tablent sur un déficit en 2027, Genève et Vaud en tête. Ces dernières années, les comptes ont souvent démenti les prévisions les plus sombres. Mais avec la hausse des coûts de la santé et les nouvelles charges qui s’annoncent dès 2028, les grands argentiers cantonaux voient rouge.
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De belles perspectives ? Pas avec le budget. Genève présente de loin les chiffres les plus rouges de Suisse pour 2027.
Photo: keystone-sda.ch

En bref

  • Pratiquement la moitié des cantons prévoient des chiffres noirs en 2027
  • L’abondance des recettes fiscales permet des budgets équilibrés
  • Mais les cantons sont bientôt eux aussi menacés par un choc des primes et le financement uniforme des prestations (EFAS)
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Toan Izaguirre - Journaliste Blick
Lucien Fluri et Toan Izaguirre

Sur l’arc lémanique, les budgets cantonaux virent au rouge et les exécutifs lancent des mesures d’économies drastiques. A l’échelle de la Suisse, pourtant, la situation des cantons est loin d’être aussi sombre. C’est ce que montrent les budgets 2027, tous connus depuis fin octobre: le tableau est contrasté, avec 14 cantons qui tablent sur un déficit et 12 sur un excédent. Tour d'horizon et perspectives futures.

Loin de la morosité lémanique, dans plusieurs cantons, les perspectives sont bonnes pour l'année prochaine. Le redressement le plus spectaculaire revient à Zurich, qui prévoit de passer d’un déficit de 314 millions de francs au budget 2026 à un excédent de 207 millions l’an prochain. La Thurgovie, Uri et Saint-Gall comptent également sortir du rouge en 2027. C’est Zoug qui table sur l’excédent le plus élevé, avec quelque 290 millions, devant Berne (+269 millions) et Zurich (+207 millions). Berne et Zoug restent toutefois plusieurs dizaines de millions en deçà de l’excédent qu’ils prévoient pour l’année en cours.

Genève et Vaud dans le rouge total

A Genève, en revanche, le budget plonge dans le rouge. Le Conseil d’Etat, qui évoque une «dégradation alarmante et durable des finances», prévoit un déficit de 536 millions. Celui-ci pourrait toutefois être allégé par une hausse des recettes fiscales de l’ordre de 150 millions, note «La Tribune de Genève».

Ces dernières années, Genève avait déjà présenté des budgets lourdement déficitaires, avant de boucler ses comptes sur des excédents de plusieurs centaines de millions, grâce aux impôts abondants versés par les sociétés de négoce de matières premières. En 2025, par exemple, le canton prévoyait ainsi un déficit de 255,7 millions de francs et a finalement dégagé un excédent d’environ 50 millions.

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Dans le canton de Vaud, l’adoption de l’initiative dite des «12%» a contraint le Conseil d’Etat à revoir son budget 2027. Pour compenser la baisse de 272 millions de francs des recettes fiscales, il propose au Grand Conseil 100 millions d’économies et 172 millions de revenus supplémentaires. Le déficit annoncé reste inchangé, à 356 millions. Le Tessin et les Grisons sont eux aussi dans le rouge, avec un déficit de près de 100 millions chacun.

Que réserve l’avenir aux finances cantonales?

Sollicité par Blick, le conseiller d’Etat zurichois Ernst Stocker (UDC), qui préside la Conférence des directrices et directeurs cantonaux des finances, dresse un constat mitigé. Ces dernières années, «l’évolution économique relativement favorable» a dopé les recettes fiscales, ce qui a permis de maintenir les comptes cantonaux à l’équilibre, explique-t-il. Mais «les conséquences des mesures d’allègement décidées par la Confédération, notamment dans les domaines de l’asile, de la formation et des transports», se font déjà sentir, prévient-il.

Les cantons face à un choc des primes?

L’avenir inquiète les cantons. «Dès 2028, les perspectives s’annoncent difficiles, car il faut s’attendre à une hausse des coûts, notamment dans les domaines de la santé et de la sécurité sociale», prévient Ernst Stocker.

Deux évolutions pourraient peser lourd sur les finances cantonales. D’une part, les cantons devront consacrer davantage d’argent à la réduction des primes, comme le prévoit le contre-projet à l’initiative d’allègement des primes. «Selon les estimations de la Confédération, les coûts supplémentaires s’élèveront d’abord à près de 350 millions de francs par an, avant de s’approcher du milliard d’ici 2030», détaille le grand argentier zurichois.

D’autre part, dès 2028, les cantons devront participer au financement des prestations ambulatoires, dans le cadre du financement uniforme des prestations de santé (EFAS). «Cela aura des conséquences considérables sur la planification financière», souligne Ernst Stocker.

Et la facture pourrait être plus salée que prévu. Selon une enquête du «Temps» menée auprès des 26 cantons, cette réforme leur coûtera près de 1,6 milliard de francs dès sa première année d’application, soit presque le double de ce qu’avait calculé la Confédération. Rien ne garantit par ailleurs que les primes maladie baisseront, contrairement à la promesse faite en 2024. Pour rappel, le peuple avait accepté, par 53,3% des voix, la réforme du financement uniforme des soins le 24 novembre 2024.

Des budgets souvent trop pessimistes

Et si, une fois encore, la réalité se révélait meilleure que les prévisions? Ces dernières années, les cantons ont régulièrement présenté des budgets bien trop sombres, se trompant parfois de plusieurs centaines de millions de francs.

«Les budgets sont établis en notre âme et conscience, sur la base des meilleures connaissances disponibles», affirme Ernst Stocker. «Les prévisions concernant l’évolution économique et les recettes sont difficiles. Heureusement, nous avons très souvent été agréablement surpris en Suisse ces dernières années.» Il serait toutefois «imprudent de compter sur une évolution positive des recettes», avertit le président des directeurs cantonaux des finances.

Les cantons consacrent 60% de leurs dépenses à la formation, à la sécurité sociale et à la santé. Or le vieillissement de la population pèsera de plus en plus sur ces deux derniers postes.

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