En bref
- Une étude de l'Université de Varsovie, publiée le 27 mai, révèle que le café consommé tard dans la journée peut altérer la qualité du sommeil, même chez les personnes qui s'endorment facilement après en avoir bu. Le sommeil devient plus «superficiel» et bien moins régénérateur.
- Grâce à l'électroencéphalographie (EEG), les chercheurs ont observé une réduction des phases de sommeil profond, essentielles pour reconstituer les ressources énergétiques et maintenir une fonction cérébrale optimale.
- Les effets varient selon les individus, influencés par l'âge, le métabolisme et le stress. Une consommation excessive ou tardive peut créer un cercle vicieux de fatigue et de dépendance accrue à la caféine.
Si vous avez cliqué sur cet article, vous faites probablement partie des personnes qui préparent des cafés à seize heures (ou encore plus tard!), sous les yeux effarés des buveurs de tisane. Lorsqu'on leur demande s'ils ne craignent pas l'insomie ces courageux individus caféinés répondent – non sans dédain – que cette habitude n'impacte absolument pas leur sommeil. Certains ont même l'audace d'affirmer qu'ils dorment encore mieux après un macchiato.
Or, une toute nouvelle étude réalisée par l'Université de Varsovie, publiée le 27 mai, vient de prouver le contraire. Bien que certaines personnes s'endorment sans problème après avoir bu un café durant la soirée, cela ne signifie pas que leurs nuits en ressortent indemnes. Car cette minuscule tasse à l'air si inoffensif peut nous impacter jusqu'au lendemain... sans qu'on en ait la moindre idée. En d'autres termes, l'impression d'avoir bien dormi, même après deux ristrettos vidés cul sec à 17h, ne signifie pas que le corps est parvenu à se régénérer. Loin de là.
Un sommeil «superficiel» et peu efficace
Au moyen d'une électroencéphalographie (EEG), une technologie permettant d'enregistrer l'activité électrique du cerveau, les chercheurs ont pu analyser la qualité du sommeil des personnes ayant bu du café tardivement, la veille. Résultat: le café peut causer un repos «superficiel», en diminuant drastiquement les phases de sommeil profond.
Ainsi que le note la professeure Donata Kurpas, l'une des responsables de l'étude, la caféine réduit les périodes de sommeil à ondes lentes, associées à des phases d'activité cérébrale ralentie et donc très réparatrices: «Celles-ci représentent des marqueurs cruciaux de la profondeur et de l'aspect régénérateur du repos, note l'experte dans la publication. Elles sont responsables, en grande partie, de la reconstitution de nos ressources d'énergie et d'une bonne fonction cérébrale.»
Cela signifie que même chez les personnes capables de s'endormir en deux minutes après un café, le cerveau reste «en éveil», à leur insu. «Le corps a beau passer huit heures au lit, le cerveau ne pourra pas se régénérer complètement», poursuit la professeure Kurpas.
Pas tous égaux face au café
A noter que cet effet varie énormément, selon les individus: en effet, chez certaines personnes, une goutte de cappuccino à sept heures du matin suffit à provoquer trois nuits d'insomnies, tandis que d'autres affirment ne pas ressentir le moindre impact. D'après les chercheurs, la réaction individuelle à la caféine dépend largement de l'âge, du métabolisme, des niveaux de stress et du taux de fatigue chronique.
L'horaire du dernier café n'est donc pas si primordial que cela, puisque la sensibilité personnelle, la quantité totale de caféine consommée en une journée et la capacité du corps à digérer cette molécule avant le coucher sont tout aussi déterminants.
«Le café améliore notre concentration et réduit la sensation de fatigue, mais cela peut revenir à 'emprunter' de l'énergie au corps, au détriment de la nuit, pointent les chercheurs, dans la publication. Si le café aide une personne à être plus efficace durant la journée, tout en réduisant son repos nocturne, un cercle vicieux risque de se développer, en créant davantage de fatigue, puis un besoin accru de caféine.» Morale de l'histoire? L'étude n'en donne pas vraiment. Elle suggère simplement qu'il est important de bien connaître nos propres réactions au café... et d'éviter d'en boire trop tard dans la journée, même si on a toujours été persuadé d'être irrévocablement épargné par les insomnies.