Un incident diplomatique a éclaté à Berne: le président du Parlement hongrois, László Kövér (66 ans), a déclenché la colère de Bruxelles lors d’une visite à la représentation hongroise en Suisse. Devant un parterre d’invités à l’ambassade de Hongrie, ce proche de Viktor Orbán s’est fendu d’une attaque frontale contre l’Union européenne (UE), dans une rhétorique aux accents fortement nationalistes.
Intitulé de manière provocatrice «Les Ides de Mars», son discours s'est structuré autour d'un symbole historique de trahison et de menace imminente: l’assassinat de Jules César. Selon László Kövér, la Hongrie se trouverait aujourd’hui dans une situation comparable, menacée par des forces au sein même de l'UE. Une analogie à l'objectif évident: présenter Bruxelles comme le théâtre supposé d'une conspiration contre la Hongrie.
Dans son intervention, le président du Parlement s’en est notamment pris à la politique de l'UE sur les questions de genre, accusant Bruxelles de nier «les fondements biologiques de l’espèce humaine» et de fragiliser les sociétés européennes. Le texte de son discours, que Blick a pu consulter, continent également une critique véhémente de la politique migratoire européenne et de la position de Bruxelles vis-à-vis de l’Ukraine.
Christophe Blocher annule sa participation
Le responsable a par ailleurs dénoncé un prétendu «chantage» exercé sur la Hongrie, laquelle serait, selon lui, traitée comme une «brebis galeuse» pour avoir tenu des positions dérangeantes. Et d'affirmer sans détour: «l’Ukraine ne doit pas être admise dans l’Union européenne car elle nous ruine.»
Autre fait surprenant: Christoph Blocher aurait dû intervenir durant la soirée. L’ancien conseiller fédéral n’a toutefois pas pu assister à l’événement en raison de complications après une opération des yeux, selon la «Weltwoche». Son discours a néanmoins été lu par quelqu'un d'autre sur place et a paru nettement plus mesuré que celui de László Kövér.
Bruxelles fulmine, l'ambassade se défend
Du côté européen, les réactions aux propos du responsable hongrois ne se sont pas faites attendre. Selon des sources diplomatiques citées par Blick, l’Union européenne se dit «profondément agacée» par ces déclarations. Le contenu du discours a été diffusé et a fait l'objet de discussions entre les 27 Etats membres. Les prises de position de László Kövér sont perçues comme contraires au principe de coopération inscrit dans les traités, qui oblige les Etats membres à soutenir les objectifs de l’Union.
L’ambassade de Hongrie à Berne défend en revanche l'intervention. Elle rappelle que les questions liées au genre relèvent des compétences nationales et insiste sur la nécessité de respecter les traditions culturelles propres à chaque Etat. Le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) n’a pas souhaité commenter. Deux diplomates suisses étaient présents lors de la réception, sans que le contenu des échanges ne fasse l’objet de réaction officielle.