Sous la pression de Trump
Les banques suisses se rebiffent contre l'initiative sur la neutralité

Les banques suisses s’opposent à l’initiative de l’UDC sur la neutralité, craignant un impact sur leur réputation. La FINMA impose déjà le respect des sanctions américaines malgré la neutralité suisse.
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L'Association suisse des banquiers et son président Marcel Rohner mettent en garde contre l'initiative de l'UDC.
Photo: keystone-sda.ch
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Raphael Rauch

«Celui qui s'implique aussi activement sur le plan économique que la Suisse ne peut pas se présenter comme un novice sur le plan politique.» Cette citation de Friedrich Dürrenmatt résume parfaitement l'inquiétude actuelle de nombreux banquiers. En effet, l'Association suisse des banquiers rejette fermement l'initiative de l'UDC sur la neutralité: «La place bancaire suisse subirait ainsi un préjudice considérable en termes de réputation.» Le secteur financier a besoin de fiabilité politique et de sécurité juridique.

Depuis des années, les banques suisses ne se comportent plus de manière neutre et appliquent les sanctions américaines. En effet, si elles ne s'adaptent pas aux exigences américaines, elles s’exposent à des pressions massives de la part de Washington – un cauchemar pour n’importe quelle banque. «Les sanctions américaines ne sont pas reprises par le Conseil fédéral, mais la FINMA exige que nous les appliquions à la lettre, sous peine de poursuites», nous confie un membre du conseil d’administration d’une banque suisse.

Sous l'oeil de la Finma

La Finma confirme qu’elle contrôle la mise en œuvre des sanctions américaines en Suisse: «La Finma veille à ce que les banques disposent d’une organisation adéquate et d’une gestion des risques efficace. Cela implique notamment d’identifier, de limiter et de gérer de manière appropriée les risques juridiques et de réputation liés aux sanctions nationales et étrangères. Si la FINMA constate des lacunes à cet égard, elle peut prendre des mesures pour violation du droit suisse de la surveillance.»

Toutefois, si l’initiative sur la neutralité venait à être acceptée, la FINMA pourrait se retrouver dans une situation délicate: pourquoi se conforme-t-elle aux directives américaines alors que la Suisse doit rester neutre? Qu’en est-il de la Russie et de l’Iran?

Karin Keller-Sutter met en garde

Parallèlement, le Département fédéral des finances (DFF) de la conseillère fédérale Karin Keller-Sutter met en garde contre l’initiative sur la neutralité. Selon le DFF, si l'initiative est acceptée, elle ternirait la réputation de la place financière suisse et aurait des conséquences néfastes en matière de politique économique pour le pays. Un compromis semble hors de portée: tandis que l'UDC insiste en faveur d'une neutralité stricte, les banques, les autorités de surveillance et le gouvernement mettent en garde contre une initiative isolée risquée.

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