Le Musée suisse des transports de Lucerne ne tarit pas d’éloges sur cette pièce de sa collection. Il s’agirait d’un «témoignage majeur de l’histoire automobile suisse», de l’un des «véhicules de série européens les plus rares», voire d’un «exemplaire unique et irremplaçable, d’une grande importance pour le patrimoine culturel» du pays. Construite à Bâle en 1978, la berline Monteverdi Sierra est en effet l’une des dernières voitures à avoir été produites en série en Suisse.
Mais aussi unique et précieuse soit-elle, cette voiture n’a pas toujours reçu toute l’attention nécessaire au cours des dernières années. La rouille s’est installée et les freins doivent être réparés. Le différentiel, le châssis et la direction présentent également des défauts, tout comme l’allumage, le système d’alimentation en carburant et les roues. Sa remise en état coûterait 30’000 francs. Le Musée suisse des transports recherche donc des donateurs pour restaurer ce véhicule qui lui a été offert en 1987.
Un patrimoine mal préservé
La question de savoir si les voitures exposées dans les musées doivent toujours être en état de marche fait débat parmi les spécialistes. De nombreux passionnés estiment qu’elles doivent continuer à rouler. Une chose semble toutefois certaine: leur état ne devrait pas se détériorer.
Comment expliquer alors qu’une voiture ancienne se dégrade ou, du moins, qu’elle n’ait pas été conservée dans les règles de l’art au sein même de l’établissement chargé de préserver le patrimoine culturel roulant de la Suisse? Qui plus est dans l’un des musées les plus grands et les plus prestigieux du pays, apprécié du public et soutenu par les pouvoirs publics?
Pas un cas isolé
Le cas de la Monteverdi ne serait d’ailleurs pas isolé. Dans le magazine spécialisé «zwischengas.com», une personne ayant participé à la conception des nouveaux dépôts évoque non seulement le cas de cette voiture, mais aussi celui d’autres véhicules offerts au musée qui n’auraient pas été correctement entretenus, et ce «bien avant l’arrivée des responsables actuels de l’établissement».
«De nombreuses voitures ont été confiées à l’établissement en état de marche, mais il n’a pas été possible de les maintenir dans cet état faute de ressources de toute nature», peut-on lire. «Des espaces de stockage adaptés et du personnel compétent» auraient notamment fait défaut. D’anciennes voitures de luxe, comme des Lincoln, des Rolls-Royce ou des Hispano-Suiza, seraient elles aussi concernées.
Dans un cas précis, une Alvis Graber – l’un des modèles les plus prestigieux jamais produits par l’industrie automobile suisse – aurait été retrouvée dans un état déplorable par les personnes qui en avaient fait don. Ses bas de caisse étaient rongés par la corrosion. Des voitures auraient également été entreposées pendant des années dans le «parking souterrain humide d’un établissement fédéral suisse». D’autres véhicules auraient été souillés par des fientes d’oiseaux. Une Rolls-Royce aurait même été endommagée lorsqu’elle a été sortie de force de son dépôt.
«Les besoins financiers seraient colossaux»
Le Musée suisse des transports possède 190 véhicules, dont des tricycles. Parmi eux, 13 sont «prêts à rouler à tout moment». Le nombre de voitures anciennes en état de marche «ne cesse d’augmenter», indique sa porte-parole Beatrice Rüttimann à Blick.
«Les besoins financiers seraient toutefois colossaux si tous les véhicules de la collection devaient être maintenus ou remis en état de marche.» Le Musée suisse des transports est une association privée qui couvre elle-même 85% de ses dépenses. «Les subventions de l’Office fédéral de la culture destinées à notre fonctionnement et à notre mission de conservation sont malheureusement en baisse.»
L’Alvis Graber en question fait désormais l’objet d’une restauration complète chez un spécialiste. Dans l’idéal, le Musée suisse des transports cherche à préserver les véhicules dans l’état où ils se trouvaient au moment de leur arrivée. «Dans notre vaste collection, il y a toujours des véhicules que nous aimerions restaurer, voire remettre en état de marche», explique Beatrice Rüttimann.
Dons exceptionnels
Ces dernières années, le musée a régulièrement reçu des dons exceptionnels. Marcel Ospel, ancien patron d’UBS, lui avait notamment offert un break Aston Martin de 600 chevaux fabriqué sur mesure. Outre la Monteverdi Sierra qui doit désormais être restaurée, le Musée suisse des transports possède plusieurs autres modèles de la marque. Le constructeur Peter Monteverdi avait fondé son propre musée automobile près de Bâle. Après sa mort, son compagnon de longue date en avait poursuivi l’exploitation jusqu’à la fin de l’année 2016. A sa fermeture, plusieurs véhicules avaient été transférés au Musée suisse des transports de Lucerne.
Aujourd’hui, l’établissement assure que «notre objectif premier est de préserver le plus longtemps possible l’état dans lequel ces véhicules nous ont été livrés». Ces Monteverdi doivent désormais être protégées des ravages du temps.