Atteint de TDAH, Diego a été recalé par l'armée
«Je suis sanctionné pour quelque chose dont je ne suis pas responsable»

Silvio voulait servir dans l’armée, mais son traitement contre le TDAH a compromis son engagement. Il n’est autorisé à porter ni arme ni à conduire de véhicule. Une décision qui suscite des critiques.
1/2
Silvio a été pénalisé à cause de son TDAH.
Photo: DR
Riccarda_Campell_Praktikantin Wirtschaft_Blick_2-Bearbeitet.jpg
Riccarda Campell

Chaque année, l'armée perd plus de 11'000 membres, la plupart se tournant vers le service civil. Pour enrayer cette tendance, elle a mis en place plusieurs mesures visant à rendre le service militaire plus attractif.

Mais une couche de la population reste exclue: les personnes sous traitement médicamenteux contre le TDAH. Elles ne sont autorisées ni à porter une arme ni à conduire un véhicule militaire pendant l’école de recrues. «C’est pour cette raison que j’ai dû me tourner vers la protection civile», raconte Silvio*. Son nom a été anonymisé afin d’éviter d'éventuelles répercussions professionnelles en cas de divulgation de son état de santé. A l’origine, il souhaitait intégrer l’école de recrues (ER) en tant que conducteur.

Lors de la sélection, il a indiqué sans détour prendre un traitement contre le TDAH. L’armée lui a alors précisé qu’il pouvait effectuer l’ER, mais qu’il ne serait pas autorisé à porter une arme ni à conduire un véhicule. «Je me demande ce qui se serait passé si je n'avais pas mentionné mon TDAH. Je connais beaucoup de gens qui n’ont rien dit lors du recrutement. Ils ont alors été traités tout à fait normalement à l’école de recrues», raconte-t-il à Blick.

Des interprétations différentes d’un canton à l’autre

Durant son temps libre, Silvio est pompier volontaire. Là-bas, son TDAH ne l’empêche pas de conduire, pas plus qu’à la protection civile de Bâle. Et ce, alors même que ses supérieurs sont au courant de son traitement. 

Mais la situation a changé lorsqu’il a déménagé à Zurich. La protection civile ne l’autorise désormais plus à conduire. «On m’a expliqué que l’administration cantonale compétente avait très peu d’expérience avec les personnes prenant des médicaments contre le TDAH et qu’elle se montrait donc extrêmement prudente», explique le jeune homme.

«
Ces directives sont totalement dépassées sur le plan médical
Thomas Müller, professeur de psychiatrie et coprésident de la Société suisse spécialisée dans le TDAH
»

Cela montre que les réglementations relatives à la conduite sont «interprétées différemment» d’un canton à l’autre. La conseillère nationale du Parti socialiste, Priska Seiler Graf, a précisément abordé ce sujet avec le Conseil fédéral lors de la dernière session d’été. Le gouvernement avait rappelé que cette évaluation relevait de la compétence des cantons. Dans le cadre des prescriptions médicales, les médecins disposent d’une certaine marge d’appréciation. L’impact éventuel des médicaments sur l’aptitude à la conduite est ainsi évalué au cas par cas.

«C'est absurde»

Silvio n'a pas de doutes: il aurait réussi un tel examen. «Je ne prends qu’une dose minimale de Ritaline et je présente une forme plutôt légère de TDAH.» Malgré tout, le canton de Zurich a rejeté sa demande sans autre forme de procès. «C’est complètement absurde. D’autant plus que, en tant que membre des pompiers, je continue à conduire des véhicules d’intervention.»

Il dénonce une situation stigmatisante. «Je suis sanctionné pour quelque chose dont je ne suis pas responsable», fustige-t-il. «Les personnes présentant un TDAH ne sont malheureusement toujours pas pleinement acceptées et traitées sur un pied d’égalité au sein de la société.»

«Ces directives sont dépassées sur le plan médical»

Thomas Müller, professeur de psychiatrie et coprésident de la Société suisse spécialisée dans le TDAH (SFG ADHS), considère lui aussi cette réglementation comme stigmatisante. «Beaucoup craignent un manque de maîtrise des impulsions chez les personnes atteintes de TDAH», explique-t-il. Le psychiatre confirme que les formes graves de la maladie peuvent en effet limiter l’aptitude au service. Il précise qu'il existe aussi un risque accru de développer d’autres troubles psychiques, et en cas de guerre, les médicaments pourraient ne pas être disponibles.

Mais il estime néanmoins que les exclusions générales sont disproportionnées: «On pourrait tout aussi bien considérer que toute personne ayant déjà souffert d’une pneumonie ne devrait pas pouvoir s’engager dans l’armée, au motif qu’elle risquerait d’en contracter une nouvelle et que les antibiotiques pourraient venir à manquer.»

En revanche, Thomas Müller dit comprendre les craintes de l’armée concernant le risque d’accident. Surtout d'un point de vue financier: dans de tels cas, c’est en effet l’assurance militaire qui est responsable. Il souligne que les personnes avec un TDAH sont davantage susceptibles d’adopter des comportements à risque au volant: «Elles aiment rouler vite, car cela leur procure de nombreuses sensations.» 

Ce risque peut toutefois être considérablement réduit grâce à un traitement médicamenteux. Or, au sein de l’armée – et parfois de la protection civile –, les personnes concernées doivent interrompre leur traitement pendant un an si elles souhaitent être autorisées à conduire des véhicules.

«Ces directives sont totalement dépassées sur le plan médical», soutient le professeur de psychiatrie. A l’époque, on partait encore du principe que le TDAH disparaissait avec l’âge. L'armée avait donc supposé que la maladie était surmontée après un an sans médicaments. Mais cette hypothèse a été réfutée depuis longtemps. Des études ayant suivi des patients sur le long terme montrent qu’à peine 15% des personnes concernées voient leurs symptômes de TDAH disparaître avec le temps. Une chose est claire pour Thomas Müller: «Les directives doivent être adaptées.»

Interrogé par Blick, le département de la Défense (DDPS) affirme que les directives sont «bien entendu régulièrement réexaminées et adaptées». Mais Thomas Müller insiste: «Le TDAH est une maladie chronique. Lorsqu'il est traité avec les médicaments adaptés, cela ne constitue pas une raison pour exclure quelqu’un de l’armée.»

*Nom modifié

Articles les plus lus