Un soldat a crié «Sieg Heil» pendant son service en cuisine et a jeté des bouteilles dans tous les sens. Un autre a été arrêté par la police peu avant le début de son école de recrues. Lors d’une manifestation à Berne, il avait menacé avec un couteau à cran d'arrêt une femme, qu’il avait identifiée comme féministe, et l’avait insultée. Les deux hommes ont ensuite été renvoyés du service militaire, rapporte le «Beobachter».
Ces cas ne représentent qu'une infime partie des 61 signalements reçus par le service spécialisé Extrémisme dans l'armée. Un chiffre qui est en nette augmentation. Les fluctuations sont toutefois «courantes», indique le rapport d’activité du service spécialisé.
Les années précédentes, la moyenne s’élevait à environ 40 signalements. Environ trois quarts des cas concernaient l’extrémisme de droite, ce qui correspond à la tendance des années précédentes.
Cet article a été publié initialement dans le «Beobachter», un magazine appartenant à Ringier AG, éditeur de Blick.
Cet article a été publié initialement dans le «Beobachter», un magazine appartenant à Ringier AG, éditeur de Blick.
L'impact des réseaux sociaux
En revanche, l’extrémisme dit «ethno-nationaliste» a progressé. Il s’agit de cas où des soldats manifestent une solidarité extrême avec, par exemple, l’Ukraine, la Palestine, Israël ou la Russie, et traitent tous ceux qui ne partagent pas leur opinion comme des ennemis.
L’armée attribue notamment ce phénomène à la diffusion d'idées radicales sur les réseaux sociaux. Lorsqu’elle reçoit un signalement, l’armée passe au crible les réseaux sociaux des suspects et vérifie, au moyen d’un «contrôle de sécurité des personnes», s’ils ont déjà attiré l’attention des autorités.
Le service spécialisé souligne qu’aucun des cas signalés n’a représenté un risque pour la sécurité. Cependant, le «Beobachter» a obtenu, en vertu de la loi sur la transparence, des dossiers internes concernant cinq cas particulièrement graves. Ceux-ci montrent que les responsables ont empêché de justesse, et quelque peu par hasard, qu’un sympathisant de la Russie ait accès à des informations sensibles ou que la condamnation d’un délinquant violent passe inaperçue.
Frère menacé avec un fusil d'assaut
En 2023, un soldat de 20 ans s’est rendu illégalement en France avec son fusil d’assaut, où vivait sa famille. Sur place, une dispute avec son frère a dégénéré. «Je l’ai vu armer son fusil et le pointer sur moi», a-t-il déclaré plus tard à la police. Le père est intervenu in extremis. Personne n’a été blessé.
Mais le parquet a souligné devant le tribunal que le soldat aurait pu tirer «à la moindre provocation». En février 2025, le tribunal l’a condamné à douze mois de prison avec sursis, l’a obligé à suivre une thérapie et lui a infligé une interdiction de détention d’armes pendant cinq ans.
Ce n’est qu’en avril 2025, par le biais d’un article de presse, que l’armée a eu connaissance de cette condamnation. Le Matin avait rendu compte de cette affaire. L’armée n’a reçu de confirmation officielle qu’en décembre. De tels retards ne sont «pas inhabituels», écrit le Département fédéral de la défense (DDPS) en réponse à une demande du «Beobachter». Le Système d’information Schengen ne prévoit pas de notification automatique concernant les infractions commises à l’étranger.
Le soldat a pu suivre un cours de répétition
Entre-temps, en novembre 2025, le soldat a suivi un cours de répétition, sans que personne ne soit informé de ses antécédents. Ce n’est que peu avant la fin du cours qu’un responsable a demandé au commandant de compagnie si l’homme participait bel et bien au service. Ce dernier l’a confirmé, mais ignorait apparemment tout de la condamnation. Quoi qu’il en soit: comme l’arme avait été confisquée après le jugement, il n’y avait «aucun risque de danger», souligne le DDPS dans sa prise de position. Le soldat a depuis été renvoyé de l’armée.
Dans un autre cas, une recrue de l’école d’informatique a ouvertement affiché sa sympathie pour la Russie et la politique de Poutine. Comme l’indiquent ses dossiers, il existait un risque que des services secrets étrangers puissent l’exploiter.
Une erreur délicate au recrutement
Cet homme s’était déjà fait remarquer lors du recrutement. Mais un collaborateur avait oublié de saisir le résultat de son évaluation psychologique dans le système. «Probablement une erreur», peut-on lire dans un e-mail interne. Un élément rend la situation particulièrement délicate: la recrue a été affectée à une équipe travaillant sur des informations hautement sensibles.
«Il y a eu plus de ratés que de réussites», écrit une personne impliquée dans un e-mail interne. A l’issue d’une nouvelle évaluation psychologique, les experts du DDPS ont vivement recommandé de ne plus accorder à cet homme «aucun accès à des informations et données confidentielles, secrètes et sensibles». La recrue a alors été mutée à la logistique des cuisines.
Le DDPS précise qu’il s’agit d’un cas isolé et non d’un problème systématique. De plus, la sécurité n’aurait «à aucun moment été compromise» dans ce cas précis. Toutefois, on s’efforce en permanence d’optimiser les procédures et processus existants.