Le chef de l'armée, Benedikt Roos, a alerté sur d'importants risques d'espionnage planant sur la Suisse lors d'une réunion interne destinée aux cadres le weekend dernier. Selon la SRF, un «incident majeur» aurait eu lieu au-dessus d'une installation militaire suisse, au cours duquel plusieurs drones non-identifiés auraient volé «en formation». D'après les participants à cette réunion, Benedikt Roos a déclaré: «Ce n’est plus une simple farce d’adolescents. Il faut tout de même un certain savoir-faire pour pouvoir envoyer des formations de drones au-dessus d’infrastructures critiques.»
Un site sensible pour les F-35
L’armée refuse de préciser quand et où l’incident s’est produit. Selon nos informations, ces drones non-identifiés auraient survolé la base aérienne de Meiringen (BE), considérée depuis longtemps comme le talon d’Achille de l’armée suisse. Des drones suspects ont déjà été observés à plusieurs reprises aux alentours de l’aérodrome. L’armée soupçonne ces vols de faire partie d'une opération d’espionnage, car Meiringen présente un intérêt stratégique pour les adversaires de l’OTAN, comme la Russie ou la Chine, à cause de la présence des F-35.
La porte-parole de l’armée de l’air, Nadine Schröder, n’a ni confirmé ni réfuté que Benedikt Roos faisait référence à Meiringen lorsqu’il a évoqué cet «incident majeur». Le chef de l’armée n’a déposé plainte ni auprès du Ministère public de la Confédération ni auprès de la justice militaire. Nadine Schröder n’a pas non plus souhaité révéler pourquoi il s’en était abstenu. Cette attitude suscite l’incompréhension dans d’autres départements. «Si la situation avait vraiment été grave, le Conseil fédéral en aurait été informé», tempère une source.
Des vaches sur le terrain de l’armée
Une chose est sûre: les moyens de défense de l’armée sont limités. Elle ne dispose pas des ressources nécessaires pour détecter efficacement les drones et en arrêter immédiatement les opérateurs. A cette limite s’ajoute le fait que l’aérodrome de Meiringen est situé dans un environnement dégagé. En effet, le terrain de l’armée s’arrête à proximité de la piste et juste à côté se trouvent des terrains privés ainsi que des terres agricoles, c'est-à-dire qu'il n’y a pas de zone d’exclusion étendue. Parfois, il arrive même que des vaches paissent sur le terrain de l’armée. L'accès à la zone n’est interdit que lorsque les opérations aériennes sont en cours. En d'autres termes, les espions auraient le champ libre le soir et le week-end.
Selon nos informations, des opérations de renseignement attribuées à la Russie, à la Chine, à la Corée du Nord et à l’Iran se sont multipliées ces dernières années. Outre Meiringen, les bases aériennes de Payerne (VD) et d’Emmen (LU) sont également considérées comme des sites propices à l’espionnage.