Sarah Calenda est encore sous le choc. «Je voulais juste acheter deux croissants à la boulangerie du coin», raconte la femme de 29 ans à Blick. Sauf que ce petit achat dominical ne lui a finalement pas coûté trois… mais 463 francs!
En cause: sa voiture a été parquée à une place faisant l’objet d’une interdiction judiciaire. «Je ne suis restée que quelques instants», assure cette habitante de Würenlos (AG). La mère de famille juge «tout simplement ridicule» que le propriétaire du terrain et le Ministère public la sanctionnent pour cette raison.
«J’ai cru à une blague»
Les faits remontent au dimanche 29 mars. Sarah Calenda se parque aux alentours de 11h40 près de la boulangerie. «Les places de stationnement du commerce étaient occupées. Je me suis donc dit que j’allais me garer rapidement devant le magasin d’optique.»
Elle entre ensuite dans la boulangerie pour y acheter deux croissants. «Je suis ressortie au bout de trois minutes.» Et là, c'est la surprise: «J’ai trouvé une amende de 80 francs sous mon essuie-glace. J’ai cru à une blague.» Ce montant correspond à l’indemnité versée au propriétaire du terrain pour le dérangement occasionné.
«Au début, j'ai acceptée la contravention.» Mais après réflexion, Sarah Calenda essaie de négocier un geste commercial mais s'est heurtée à l'intransigeance du propriétaire et du parquet. «Lorsqu’une infraction est signalée aux autorités judiciaires, nous devons enquêter en conséquence et, le cas échéant, la sanctionner», justifie Adrian Schuler, du Ministère public d'Argovie.
Deux panneaux signalant une interdiction judiciaire ont effectivement été installés sur la propriété de Daniel Meier en début d'année. Celui-ci en avait fait la demande, excédé de voir les clients de la boulangerie voisine se parquer continuellement sur son terrain.
Pour contextualiser, un panneau est érigé près d’une double place de stationnement, tandis qu’un autre se trouve à l’entrée d’Optik Huber, un opticien où deux voitures peuvent également se garer. La boulangerie Beck Arnet se situe juste à côté. Elle dispose de trois places à l’arrière, d’une autre à côté de la maison et de deux devant le magasin.
Le dialogue capote, place à la contrainte
«Au cours du mois de janvier, nous avons tenté de dialoguer avec tous les conducteurs qui ne respectaient pas cette interdiction. Malheureusement, ces discussions sont restées sans succès», explique Daniel Meier dans une déclaration adressée au parquet.
Selon lui, l’excuse la plus souvent invoquée était qu’ils ne s’arrêtaient «que brièvement à la boulangerie». Sans nier les faits, il estime toutefois que «si tous les conducteurs avancent cet argument, la place est de fait occupée en permanence».
En février, des avertissements ont donc été placés sur les voitures: «Votre véhicule est en stationnement interdit. Toute nouvelle infraction fera l'objet d'une plainte.» Mais cette mesure n'a «malheureusement» pas eu l'effet escompté, déplore Daniel Meier. C’est pourquoi en mars, les propriétaires ont fini par réclamer une indemnité pour les désagréments occasionnés, et la possibilité de porter plainte. «Nous sommes conscients que cette mesure peut être perçue comme une sorte de mesure contraignante.»
Une amende salée
Pour Sarah Calenda, les 80 francs d’indemnité pour frais administratifs se sont finalement transformés en une facture bien plus salée. Selon l’ordonnance pénale du 11 août, elle doit désormais s’acquitter d’une amende de 80 francs et de 300 francs de frais de procédure. «Je trouve cela injustifié. Le magasin d’optique est fermé le dimanche, et je n’ai gêné personne», dénonce la mère de famille. «Ces deux croissants m’ont finalement coûté 463 francs!»
Elle a depuis réglé l’intégralité de la somme, «pour ne pas avoir encore plus de frais». Elle soupçonne toutefois le propriétaire de chercher «simplement à gagner de l’argent».
Les commerçants impuissants
«C’est une situation insatisfaisante pour tout le monde. Et nous espérons qu’une solution sera trouvée», déclarent les propriétaires d'Optik Huber et de la boulangerie Beck Arnet, respectivement Florin Huber et Janek Arnet. Une responsabilité qui revient au propriétaire.
Interrogé par Blick, Daniel Meier répond via un e-mail contenant à peu près les mêmes déclarations que celles adressées au parquet. Et d'ajouter: «De nombreux visiteurs ont garé leurs véhicules sur notre terrain.» Cela a parfois conduit à ce «que nos propres clients ne trouvent plus de places de parking libres». Le propriétaire rejette les accusations d'enrichissement personnel. «L’indemnité pour nuisance ne nous procure aucun avantage financier; elle sert exclusivement à couvrir nos propres frais liés au stationnement illégal des véhicules.»
De son côté, Sarah Calenda espère «que M. Meier prenne la vie un peu plus à la légère et fasse également preuve de considération envers ses semblables».