Un sifflement dans la nuit, puis le fracas d'une explosion. Dans le ciel, les lumières multicolores se mêlent en une pluie d'étincelles. Pour de nombreux Suisses, les feux d'artifice sont indissociables du 1er Août.
Mais cette année, la tradition pourrait être sérieusement perturbée. En raison de la sécheresse qui sévit depuis plusieurs semaines, une interdiction stricte de faire du feu est en vigueur dans de nombreux cantons. Pétards et fusées sont donc également proscrits. La Fête nationale pourrait ainsi être bien plus calme que d'habitude.
La sécheresse perturbe les affaires
Les vendeurs de feux d'artifice paient eux aussi le prix de la sécheresse. A Wil (SG), Alain Stucki, directeur général de Stucki AG, commercialise des feux d'artifice sur sa boutique en ligne et approvisionne plusieurs stands de vente. Une part importante de son chiffre d'affaires annuel est réalisée à l'approche de la Fête nationale.
«Le 1er Août est le jour le plus important de l'année pour la vente de feux d'artifice en Suisse», explique-t-il. Jusqu'à l'arrivée de la vague de chaleur, la saison avait pourtant démarré normalement. Mais la sécheresse a progressivement perturbé les affaires. «En raison de la sécheresse, les livraisons à certains stands de vente ont été repoussées de plus en plus loin», raconte le commerçant. Avant d'être finalement annulées.
Alain Stucki évoque désormais une «perte totale» de chiffre d'affaires. Bruno Schönenberger, du site de vente en ligne feuerwerkshop.ch, constate les mêmes dégâts. Ce vendeur de Klarsreuti (TG) estime ses pertes à environ un tiers de son chiffre d'affaires. Les grossistes comme Jumbo ont, eux aussi, renoncé cette année à vendre des feux d'artifice, petits ou grands, «en raison des conditions météorologiques actuelles et de la sécheresse», indique leur site internet.
La dernière sécheresse d'une ampleur comparable, accompagnée elle aussi d'interdictions de feux d'artifice, remonte à 2018. Pour Urs Corradini, président du Centre suisse de coordination des feux d'artifice (SKF), les conséquences sont particulièrement lourdes pour le secteur. La Fête nationale représentant une grande partie du chiffre d'affaires annuel, «la situation est catastrophique pour le secteur».
Qu'advient-il des stocks?
«La période cruciale des ventes vient tout juste de commencer», confirme Silvio Fernandes, qui dirige avec quatre amis la société Feuerwerk & Pyrotechnik AG à Rikon (ZH). Mais l'interdiction des feux d'artifice a d'ores et déjà lourdement compromis la saison: il estime que l'entreprise n'atteindra cette année qu'une infime partie du volume de ventes réalisé l'an dernier.
Les invendus seront toutefois stockés dans les règles de l'art pour être remis en vente lors de la prochaine période, autour du Nouvel An. «Les produits ne seront donc pas perdus», rassure Silvio Fernandes. Leur qualité ne devrait par ailleurs pas être affectée.
Les commerçants risquent néanmoins de se retrouver avec une grande partie des stocks prévus cette année sur les bras. Les ventes du Nouvel An sont en effet sans commune mesure avec celles du 1er Août, explique Alain Stucki.
Une interdiction compréhensible pour les commerçants
Malgré les pertes enregistrées, les commerçants de feux d'artifice comprennent les restrictions imposées par les cantons. Pour Alain Stucki, la décision est pleinement justifiée au vu de la sécheresse persistante. «Nous comprenons parfaitement cette décision et respectons les choix des autorités», ajoute Silvio Fernandes. «En cas de sécheresse persistante et de risque accru d'incendie, il est juste et compréhensible de restreindre ou d'interdire l'utilisation de feux d'artifice.»
Pour lui, ces épisodes et les pertes de chiffre d'affaires qui les accompagnent font partie des aléas du métier. Afin de mieux absorber de tels revers à l'avenir, Silvio Fernandes a d'ailleurs commencé à élargir son assortiment avec des articles de décoration de fête.
Les Suisses pourraient bien devoir s'habituer à ces restrictions. Si l'initiative visant à interdire les feux d'artifice est acceptée lors du vote du 29 novembre, les interdictions de cet été pourraient en effet n'être qu'un avant-goût de ce qui attend le pays dans les années à venir.