«Le plus grand match de ma vie»
Cette Tessinoise déboule dans le grand monde à Roland-Garros à 27 ans!

Susan Bandecchi s'est qualifée cette semaine pour la première fois dans le tableau principal d'un Grand Chelem. La Tessinoise de 27 ans parle de sa joie, de ce que coûte réellement le tennis et de sa surprise lors d'une rencontre avec Roger Federer.
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C'est fait! Susan Bandecchi savoure le moment de son entrée dans le tableau principal de Roland-Garros.
Photo: imago/ZUMA Press
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Marco Pescio

Alors qu’elle quitte le court après sa victoire expéditive 6-1, 6-2 contre la Slovaque Viktoria Hruncakova au dernier tour des qualifications de Roland-Garros, Susan Bandecchi s’arrête soudainement, presque décontenancée. Devant elle, quatre journalistes l’attendent pour évoquer sa toute première qualification dans un tableau principal de Grand Chelem.

«Vous êtes tous Suisses?», demande la Tessinoise de 27 ans, incrédule, avant d’être encore plus surprise de voir l’entretien se dérouler entièrement en italien. Classée 215e mondiale, Susan Bandecchi n’est pas habituée à une telle attention médiatique. Mais dans sa langue maternelle, elle se livre avec émotion. La joueuse de Montagnola raconte ses débuts dans le tennis, puis son départ à seulement 16 ans pour Milan afin de donner une vraie chance à sa carrière professionnelle.

Elle évoque aussi les sacrifices consentis par ses parents. Sa mère, biologiste, a immigré du Chili lorsqu’elle était enfant. Son père suisse travaillait comme ambulancier et est encore actif aujourd’hui dans les services d’urgence. «Ils ont énormément sacrifié pour moi», confie-t-elle.

Le plus gros chèque de sa carrière

Cette semaine encore, ses parents ne pourront pas être présents à Paris, retenus en Suisse par leur travail. Mais leur fille va découvrir les projecteurs de Roland-Garros. Au premier tour, lundi (11h), elle affrontera l’Espagnole Cristina Bucșa, 31e mondiale. «Ce sera le plus grand match de ma vie», sourit Susan Bandecchi. «Et il y aura aussi plus d’argent qu'il y en a jamais eu.»

Photo: IMAGO/tennisphoto.de

Une qualification pour le tableau principal lui garantit déjà environ 79’000 francs bruts. Une somme immense pour une joueuse dont le meilleur classement en carrière reste une 164e place mondiale. Car sur le circuit, les coûts sont énormes. Voyages, hôtels, entraîneurs: tout s’accumule rapidement. «Mes dépenses annuelles se situent entre 80’000 et 100’000 francs», explique-t-elle. Pendant longtemps, elle a dû multiplier les compétitions parallèles pour financer sa carrière: «J’ai joué les interclubs en Bundesliga avec Stuttgart ainsi qu’en Italie, à Milan, pour gagner davantage d’argent.»

Susan Bandecchi représente parfaitement ces centaines de joueuses qui tentent, année après année, de grimper les échelons des petits tournois dans l’espoir d’intégrer un jour le top 100. Ou simplement de vivre enfin un Grand Chelem de l’intérieur.

«Elle me rappelle Rafael Nadal»

La Tessinoise est restée bloquée pendant des années dans les qualifications des plus grands tournois. À Paris déjà, en 2021, elle avait atteint le troisième et dernier tour qualificatif avant d’échouer aux portes du tableau principal. Elle garde toutefois un souvenir marquant de cette édition: une rencontre avec Roger Federer. «Je l’ai vu au restaurant et je me suis dit: 'Maintenant, il faut que tu ailles lui parler.' Je me suis présentée en disant: 'Salut Roger, je m’appelle Susan et je suis aussi Suisse.' Et lui m’a répondu: 'Je sais qui tu es'. Là, j’ai été un peu choquée», raconte-t-elle en riant.

Capitaine de l'équipe de Suisse de Billie Jean King Cup, Heinz Günthardt suit Susan Bandecchi depuis longtemps. L’ancien joueur voit dans son parcours un exemple de persévérance. «Susan montre qu’on peut progresser lentement dans le tennis. Elle laisse tout sur le court. Son attitude me rappelle celle de Rafael Nadal.»

C’est justement sur la terre battue parisienne, là où l’Espagnol a bâti sa légende avec 14 titres, que Susan Bandecchi va désormais tenter d’écrire la plus belle page de sa carrière.

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