À environ deux semaines du coup d’envoi de la Coupe du monde à Sölden, les nerfs de plusieurs stars du ski alpin sont à vif. C'est d'abord dû à la météo. Il y a encore quelques jours, les températures automnales élevées en Europe n’avaient guère permis un bon entraînement sur neige.
Mais chez les vedettes plutôt lourdes comme la championne du monde et championne olympique américaine de descente Breezy Johnson, c’est surtout le récent projet de la FIS qui provoque des remous. Celui-ci vise à alléger les skis des athlètes.
Jusqu’à la dernière saison, le poids des skis n’était pas réglementé. Désormais, les experts de la Fédération internationale de ski sont convaincus que des lattes plus légères rendront le ski alpin plus sûr. C’est pourquoi le ski de descente masculin (fixation et plaque de fixation comprises) ne doit désormais pas peser plus de 10,6 kilos. Chez les femmes, le poids maximal des skis de vitesse est de 10,4 kilos. À Sölden, une paire de skis de géant ne doit pas peser plus de 10,2 kilos (hommes) et 9,8 kilos (femmes).
Tous les équipementiers ne doivent pas revoir leur copie
Pour les équipementiers des meilleurs skieurs suisses, cette réglementation n’a aucune conséquence. Le matériel de Stöckli (Marco Odermatt, Alexis Monney, Thomas Tumler, Lenz Hächler), Head (Franjo von Allmen, Corinne Suter) et Rossignol (Loïc Meillard) respectait déjà la limite de poids actuelle l’hiver dernier. Salomon et Atomic sont dans une autre situation. Ce dernier, fabricant des skis de Breezy Johnson doit retirer plusieurs modèles en raison des nouvelles prescriptions.
Ces derniers temps, Breezy Johnson a laissé libre cours à son mécontentement lors de plusieurs discussions concernant cette restriction. La jeune femme de 30 ans ne cache pas que son poids dépasse la barre des 80 kilos. C’est pourquoi elle aurait également besoin de skis plus lourds afin d’obtenir la stabilité nécessaire sur les terrains accidentés.
Stéphane Mougin, directeur de la compétition chez Rossignol, est l’un de ceux qui comprennent les objections de la reine américaine de la vitesse. «Je ne suis pas convaincu que cette réglementation ait un effet positif sur la sécurité dans notre sport. Il n’existe actuellement aucune étude qui le démontre», explique le Français à Blick.
Selon Stéphane Mougin, la manière dont le poids est réparti sur le ski est déterminante: «Si la majeure partie du poids se trouve directement sous les pieds, cela peut apporter la stabilité souhaitée. C’est plus problématique lorsque le poids se concentre sur la spatule et à l’arrière.»
La FIS veut-elle des skis encore plus légers?
Pour Christian Höflehner, directeur de la compétition chez Atomic, il n’existe actuellement aucune preuve que des skis plus légers puissent réduire le taux de blessures. «La FIS souhaitera encore réduire davantage le poids des skis à l’avenir, prévient l’Autrichien. Mais il ne faudrait pas que nous mettions en œuvre et réglementions une opération aussi complexe et par conséquent coûteuse sans disposer de faits solides démontrant que tout cela apporte réellement quelque chose à la sécurité.»
Les tests en question ne seront menés que l’hiver prochain. «Dès que nous disposerons d’indices positifs issus de ces essais, nous serons nous aussi disposés à réduire davantage le poids des skis», admet Christian Höflehner.
Le scepticisme est également de mise dans cette affaire puisque les instances de la FIS ont essuyé un coûteux fiasco autour du matériel il n'y a pas si longtemps. Avant la saison 2012/13, les rayons des skis de géant étaient passés de 27 à 35 mètres. À l’époque, on était absolument convaincu que cela réduirait le nombre de blessures aux genoux. Pourtant, il a dû être réduit quelques années plus tard, car le nouveau rayon avait provoqué des problèmes de dos chez de nombreux athlètes.