Nous sommes en 2020. Tout le monde ne parle que de Marc Hirschi. Champion du monde des moins de 23 ans, première année chez les pros, premier Tour de France. Et voilà qu’il remporte bel et bien une étape – à tout juste 22 ans. S'ensuivent une médaille de bronze aux Championnats du monde et, trois jours plus tard, la victoire à la Flèche wallonne. À l'étranger, on le surnomme «Flying Hirschi» et «Hurricane Hirschi». Incroyable est son sens de la course! Étonnante est son accélération. Et audacieuses sont ses descentes. Pour beaucoup, une chose est claire: Marc Hirschi va marquer le cyclisme de son empreinte, c’est la nouvelle star suisse dans ce sport.
Aujourd’hui, six ans plus tard, presque plus personne ne parle de «Flying Hirschi». Les blessures, la douleur et l’absence de victoires ont freiné le Bernois. «Je ne me suis jamais considéré comme un surdoué, je ne suis jamais devenu arrogant», promet-il. Peut-être l’a-t-on mal évalué, l’a-t-on acclamé trop tôt. Les feux de la rampe, la pression, les questions incessantes des médias – Marc Hirschi n’a jamais recherché tout cela. «Mais je n’y renoncerais pas non plus. La victoire au Tour de France reste mon plus grand succès.»
Nous retrouvons Hirschi au parc des Grand-Places, à Fribourg. Le soleil tape fort, la fontaine Tinguely clapote, et il s’apprête à partir pour le Tour de France avec Tudor Pro Cycling. Il repense encore souvent à sa victoire d’étape de 2020. «J’aimerais revivre cette émotion.» La deuxième étape autour de Barcelone est exactement à son goût: vallonnée, mais pas trop raide. Dans le chaos attendu, il compte mettre à profit son instinct de coureur.
Mais ses jambes suivront-elles? «Je suis frais et en forme», révèle-t-il. Une victoire d’étape sur le Tour serait néanmoins une surprise. «Je ne prends plus le départ avec le sentiment que tout autre résultat serait une déception.»
Cela fait 525 jours qu’il attend une victoire
Marc Hirschi vit depuis un an à Schmitten (FR), à 20 minutes de notre lieu de rendez-vous. Il a loué un appartement et a une nouvelle petite amie. Pour la première fois, il ne vit plus à Ittigen (BE), où il a grandi. «Ici, il y a moins de brouillard en hiver pour s’entraîner. J’aimais bien Ittigen aussi. Mais le changement fait du bien, ça permet de prendre un nouveau départ.»
Le Bernois a également besoin d’un nouveau départ sur le plan sportif. Cela fait 525 jours qu’il n’a plus remporté de course. Dernièrement, une fracture de la clavicule l’a mis hors jeu. «D’un point de vue sportif, je traverse une crise, admet-il. Mais pas dans la vie.» Cela a déjà été différent, du moins par le passé.
Sa hanche, en particulier, lui a causé des soucis pendant des années. Les douleurs apparaissaient, disparaissaient, puis revenaient. À l’automne 2021, il avait atteint le point où plus rien n’allait. «Ça faisait tellement mal. Je n’y prenais plus aucun plaisir. Je me suis dit: 'Je ne peux pas continuer comme ça.'»
C’est à cette époque qu’il a commencé à envisager d’arrêter sa carrière. «Il y a eu de brefs moments où tout allait mal», raconte Marc Hirschi. Après de longues hésitations, il s’est décidé à se faire opérer. Et il savait bien que si cela ne fonctionnait pas, les choses allaient se compliquer. «Les médecins m’ont dit que les problèmes articulaires pourraient réapparaître même après l’intervention.» L’opération a marqué un tournant. Les douleurs ont disparu.
«Ce sont les victoires qui me motivent»
Marc Hirschi a remporté 24 victoires au cours de sa carrière. Parmi les Suisses en activité, seul Stefan Küng en compte davantage (30). «Tout n’était donc pas si mal que ça», sourit-il. Mais justement, cela ne suffit pas à Marc Hirschi. «Ce sont les victoires qui me motivent. De préférence lors des grandes courses.» Il partage ce problème avec beaucoup d’autres, notamment à cause de Tadej Pogacar. Lorsque la star slovène est au départ, il ne reste souvent que des miettes.
Le Bernois estime qu’il est aujourd’hui plus fort qu’au moment de sa percée, il y a six ans. Cependant, le cyclisme dans son ensemble a évolué et est devenu de plus en plus rapide. Les performances d’autrefois ne suffisent plus. Quoi qu’il en soit, Marc Hirschi a montré de quoi il était capable à l’automne 2024. À l’époque, il avait remporté cinq victoires consécutives dans des courses de moindre envergure en Italie. Sans oublier Saint-Sébastien et la Bretagne Classic, deux courses importantes du World Tour.
Il a ensuite quitté UAE Emirates pour rejoindre Tudor, notamment parce qu’il souhaitait sortir de l’ombre de Tadej Pogacar. Puis, première course en 2026, première victoire. Depuis, il n’a pratiquement plus rien gagné: «J’ai déjà mauvaise conscience vis-à-vis de l’équipe, car elle fait tout pour moi. Mais je continue à travailler – aussi dur que je le peux.»
Ne rien faire? Marc Hirschi en est incapable
Marc Hirschi n’a plus à s’inquiéter pour son avenir. Financièrement, il est à l’abri du besoin, il a gagné plusieurs millions. Mais il n’y pense pas. «Je n’ai pas encore fini, j’ai encore beaucoup de projets.» Si tout se passe bien, il pourrait s’imaginer continuer jusqu’à 33 ou 34 ans.
Peut-être même avec une famille. «J’aimerais beaucoup être père. Mais j’ai encore le temps pour ça», tempère-t-il. Et si sa carrière professionnelle prenait fin un jour? «Alors je chercherai de nouveaux défis. J’ai toujours besoin d’un objectif. Ne rien faire, ce ne serait pas pour moi.»