Sur les 145 chevaux engagés aux Championnats du monde à Aix-la-Chapelle, en Allemagne, un seul a réussi l’exploit de boucler les cinq parcours sans commettre la moindre faute: Dynamix de Bélhème, montée par Steve Guerdat. La jument d’exception a permis au Suisse de décrocher la médaille d’or mondiale et d’écrire, une fois de plus, une page de l’histoire du saut d’obstacles.
Au moment de savourer son triomphe, Steve Guerdat peine à retenir ses larmes. Son père et ancien mécène, Philippe Guerdat, est le seul membre de sa famille à ne pas pouvoir être présent sur place. «Je suis tellement fier de tout le monde», lâche le nouveau champion du monde, submergé par l’émotion.
Deux opérations du dos
Cette émotion est aussi liée au chemin parcouru ces dernières années. Steve Guerdat a subi deux opérations du dos en l’espace de 15 mois. La première a eu lieu début 2025, alors que les douleurs étaient devenues si intenses qu’il ne pouvait pratiquement plus marcher ni dormir. A l’époque, la question d’un éventuel retour à cheval n’était même pas sa priorité. «Je voulais surtout pouvoir à nouveau dormir et mener une vie normale», expliquait-il à Blick en mai 2025.
Réputé pour son ambition et sa détermination, Steve Guerdat se bat alors pour retrouver les terrains de compétition. Durant sa rééducation, il commence par remonter Dynamix de Bélhème, sa jument prodige, avec laquelle il se sent en sécurité. Il effectue son retour au CSIO de Saint-Gall en juin 2025 et semble alors sur la bonne voie.
Mais un nouveau revers survient en septembre. Les problèmes de disques intervertébraux réapparaissent et une nouvelle opération devient nécessaire. «Nous avons essayé différentes thérapies alternatives pour éviter une nouvelle opération, mais malheureusement, cela n’a fait qu’empirer les choses», raconte-t-il. Une nouvelle période d’incertitude commence. Sa convalescence durera près de trois mois.
Et à peine onze mois après cette deuxième opération, Steve Guerdat effectue le tour d’honneur à la Soers d’Aix-la-Chapelle devant 40'000 spectateurs, la médaille d’or des Championnats du monde autour du cou. A plusieurs reprises, le Jurassien désigne sa jument de 13 ans. Dynamix de Bélhème avait déjà permis à Steve Guerdat de décrocher l’or aux Championnats d’Europe et l’argent aux Jeux olympiques. Le cavalier avait un jour résumé leur relation en une phrase: elle est «le meilleur cheval que j’aie jamais eu».
Une excellente intuition
Steve Guerdat est réputé pour son excellente intuition avec ses chevaux, notamment dans la gestion de leurs compétitions et de leurs périodes de repos. Avec Dynamix de Bélhème, l’harmonie et la confiance semblent toutefois atteindre un niveau encore supérieur.
Depuis qu’elle a six ans, le cavalier suisse, que de nombreux experts qualifient d’«incroyable homme à chevaux», prépare lui-même Dynamix aux épreuves de haut niveau. Après leur titre surprise aux Championnats d’Europe en septembre 2023, il déclarait: «J’ai toujours cru en Dynamix et aujourd’hui, elle a prouvé à quel point elle est exceptionnelle. Aussi calme soit-elle au quotidien, elle est tout aussi combative sur le parcours. J’espère que nous vivrons encore beaucoup de choses ensemble.»
Le cavalier et sa monture ont tenu cette promesse quelques mois plus tard aux Jeux olympiques de Paris, en août 2024, avec une médaille d’argent en individuel. Et désormais, avec ce titre mondial, Steve Guerdat ne tarit pas d’éloges sur sa jument: «Elle est tellement intelligente.» Déjà médaillé de bronze aux Championnats du monde en 2018 avec Bianca, Steve Guerdat n’est pas seulement devenu le premier Suisse à décrocher le titre mondial. Il entre également dans l’histoire du saut d’obstacles.
Aucun cavalier avant lui n’avait réussi à remporter les quatre grands titres de la discipline: l’or olympique, décroché en 2012 à Londres avec Nino des Buissonnets, l’or européen en 2023 avec Dynamix de Bélhème, l’or mondial et plusieurs victoires en Coupe du monde, en 2015, 2016 et 2019.
Steve Guerdat annonce désormais vouloir prendre un peu de temps pour savourer ce triomphe. Il estime ne pas l’avoir suffisamment fait par le passé et le regrette. Mais une fois cette parenthèse terminée, le Jurassien se fixera de nouveaux objectifs. Même après avoir remporté l’essentiel, il ne compte pas s’arrêter là. «Parce que c’est quand je monte mes chevaux que je suis le plus heureux.»