Le cylciste se bat pour revenir
Stefan Küng: «J'ai peut-être réussi à atteindre le sommet mondial grâce à ça»

Avec deux vis dans la cuisse, le cycliste suisse Stefan Küng se bat pour revenir. Mais la chute qui l’a stoppé net ne le quitte pas si facilement. Sa famille, son équipe, ses amis et les spécialistes l’accompagnent dans sa rééducation.
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L'as du cyclisme Stefan Küng a subi une fracture du fémur lors d'une chute en février. Elle l'immobilisera pendant plusieurs mois.
Photo: Raphaël Dupain
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Mathias Germann et Raphaël Dupain

Les pavés sont durs, glissants, inégaux et dangereux. Les cyclistes les évitent, ou les détestent lorsqu'ils doivent les emprunter. Ce n'est pas le cas de Stefan Küng. Pour le Thurgovien, les pavés représentent sa plus grande passion. Depuis 2015, il n'a jamais manqué Paris-Roubaix, la course d'un jour la plus brutale avec ses 55 kilomètres de pavés.

Le Suisse a terminé troisième en 2022 et deux fois cinquième en 2023 et 2024 dans «l'enfer du Nord». Il y a aussi connu des revers. En 2017, une voiture lui a roulé sur le bras alors qu'il était au sol. En 2018, il s'est cassé la mâchoire inférieure et a dû se nourrir à la paille pendant plusieurs jours. Mais son amour est resté intact. «C'est la plus belle course du monde. Pour moi, elle a autant de valeur qu'un titre de champion du monde», dit-il.

Cette année, Stefan Küng était pourtant absent. Au lieu de rouler sur les routes pavées, il était sur son canapé, la télévision allumée. «Six semaines après la chute, ça fait moins mal de regarder. Je me suis fait une raison.»

En février, il a justement chuté sur des pavés. Mouillés? Sales? Difficile à dire. Tout s'est passé trop vite et les images TV manquent. «C'est allé tellement vite, le vélo a glissé et je me suis retrouvé à terre», raconte le coureur. Lors de la classique belge Omloop Het Nieuwsblad, il voulait se préparer pour Paris-Roubaix, mais il s'est finalement retrouvé à l'hôpital. Diagnostic: fracture du haut du fémur gauche. Deux vis et une longue pause. «Quand je me suis relevé après la chute, je ne pouvais pas poser de poids sur ma jambe. En montant dans la voiture de l'équipe, j'ai compris: il y a quelque chose de cassé.»

Le printemps le plus long de sa carrière

Quelques jours après Paris-Roubaix, le Thurgovien semble plus serein. «Ça va mieux». Les béquilles ont enfin disparu. «Mais je ne pourrai pas m'entraîner correctement avant fin mai. Ce n'est qu'à ce moment-là que je pourrai à nouveau supporter une charge complète et sprinter». Il s'agit de la plus longue pause de sa carrière professionnelle. Le Tour de Suisse en juin? Impossible. Le Tour de France en juillet? Très compliqué. Les championnats du monde en septembre? Un objectif encore possible.

Stefan Küng avance jour après jour. «Je dois plutôt le freiner que le pousser», explique son physiothérapeute Tobias Hollenstein. «Il est très important de ne pas forcer durant cette phase, sinon quelque chose peut casser». Le cycliste sait que tout le monde cherche à l'aider. Même les lutteurs de haut niveau qui s'entraînent au même endroit, à Uzwil (SG). Un mot par-ci, une anecdote par-là, des discussions à la pause-café. «Après l'opération, j'étais extrêmement frustré, vidé. Ça fait du bien de les avoir autour de moi.»

Avant cela aussi, Stefan Küng n'était jamais seul. Ou rarement. Outre ses amis, sa famille est un soutien essentiel. «Je suis resté deux semaines au lit et sur le canapé, je pouvais à peine me lever». Son épouse Céline s'occupait du ménage. Son fils Noé (4 ans) a bien profité de ce temps: Lego, histoires. Son papa n'avait encore jamais passé autant de temps à la maison au printemps. Rémi (9 mois) était lui aussi content. «Sans ma famille, ça aurait été encore plus dur», raconte le cycliste. 

Le coureur ne se plaint pas. Son équipe Tudor Pro Cycling le soutient également. Le patron Fabian Cancellara (45 ans) lui a dit après sa chute: «Prends ton temps. Nous pensons à long terme». Un message qui a beaucoup compté.

«Chez les autres, ça se voit moins»

Mais un sujet revient parfois: celui d'un coureur «fragile». Stefan Küng a déjà entendu ces remarques. «Mais elles viennent toujours de personnes qui sont loin du terrain. Je ne suis pas tombé si souvent, mais certaines chutes ont eu de lourdes conséquences.» D'autres coureurs chutent davantage selon lui. «Mais chez eux, ça se voit moins car ils sont moins exposés».

S'est-il demandé pourquoi? «Bien sûr. Mais il n'y a pas de réponse. Je maîtrise mon vélo. Je pense que c'est simplement de la malchance». Il reconnaît toutefois que la dernière chute aurait pu être évitée. «J'étais enrhumé avant la course, je ne me sentais pas au top de ma forme. Rétrospectivement, il aurait peut-être mieux valu ne pas prendre le départ. Mais je voulais absolument courir. J'en ai parlé avec le médecin de l'équipe et j'ai décidé de partir. Avec le recul, c'était une erreur. Mais c'est ma manière de fonctionner, je suis ambitieux. C'est peut-être aussi pour ça que j'ai atteint le niveau mondial.»

Stefan Küng a même déjà continué des courses malgré une chute. On se souvient notamment du contre-la-montre des championnats d'Europe 2023 à Drenthe (Pays-Bas), où il avait franchi la ligne couvert de sang après une chute, avec un casque cassé, une commotion cérébrale et des fractures aux pommettes et à la main.

Stefan Küng apprend l'espagnol

De retour en Suisse orientale. Après une thérapie et un massage, le SonntagsBlick accompagne Stefan Küng à Frauenfeld (TG). «La porte du garage a besoin d'une révision», lance-t-il en arrivant. 

Dans sa cave, le coureur de 1,92 m enfourche son vélo et roule sur home trainer. Et raconte: «J'ai commencé à apprendre l'espagnol après l'opération. La sœur de Céline vit au Mexique, nous irons là-bas en novembre pour un mariage. Je prends des cours en ligne et je révise sur Duolingo. C'est amusant». Stefan Küng parle déjà couramment anglais, français et italien. Mais le Mexique est encore loin. Et la saison n'est pas terminée. «J'ai encore beaucoup à faire», dit-il, avant de se remettre à pédaler. 

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