Il n'avait encore jamais autant savouré les premières secondes après avoir franchi la ligne d'arrivée. Lorsque Jason Joseph réalise, après le 110 m haies, qu’il vient de décrocher la victoire, il aperçoit dans les tribunes de nombreux supporters suisses en liesse qui agitent frénétiquement leurs petits drapeaux. Les fans à croix blanche sont présents en nombre aux Championnats d'Europe de Birmingham. Après la médaille d'argent de Simon Ehammer au saut en longueur, les supporters ont enfin un champion d'Europe.
Un athlète qui, après coup, est naturellement d’humeur à plaisanter. Lorsqu’on lui demande comment il compte fêter cela, il répond: «Comme je devrai peut-être encore être prêt pour le relais, je vais sans doute reporter ça à la fin de la saison. Mais là, je vais prendre du poids et me retrouver sans rien à faire pendant cinq semaines – sans athlétisme.» Le Bâlois, parfaitement taillé, ne peut s’empêcher de sourire. Ce qu’il veut dire par là, c'est qu'il a le droit de se faire plaisir de temps en temps. Mais il faut choisir le bon moment.
A l’approche des meetings de Diamond League à la maison, à Lausanne (21 août) et à Zurich (27 août), cela n’a aucun sens pour lui de faire la fête: «Si je suis en pleine forme, je dois en profiter.»
Et il a démontré de manière impressionnante à Birmingham à quel point il l'était. C’est dans cette métropole anglaise de plus d’un million d’habitants que Jason Joseph a remporté le plus grand succès de sa carrière.
Il y a deux ans, il avait décroché la médaille de bronze aux Championnats d’Europe à Rome, mais il avait ensuite connu une grosse déception lors des Mondiaux de l’année dernière à Tokyo, où il avait dû abandonner avant même la première haie. Ce mercredi, il a parfaitement réagi en remportant l’or en 13"12, établissant ainsi un nouveau record personnel de la saison.
Lors d'un exercice qui, jusqu’à présent, ne s’est pas déroulé comme il l’aurait souhaité. Avec une déchirure musculaire à l’arrière de la cuisse survenue en juin et des résultats en Diamond League qui n’ont pas répondu à ses attentes (4e, 6e et 8e places).
Son entraîneure depuis plus d’une décennie
Il tient à attribuer directement à son entraîneuse, Claudine Müller, le mérite de sa formidable progression: «Je ne sais pas ce qu’elle fait avec moi. Elle sait tout simplement toujours ce qu’il faut pour que je sois en forme le jour J.»
Claudine Müller se réjouit de ces éloges. Elle explique cette bonne collaboration surtout par le fait qu’elle connaît l’athlète du LC Therwil depuis plus de dix ans: «Quand on établit sans cesse des programmes d’entraînement pour quelqu’un pendant si longtemps et qu’on analyse tout, on finit par comprendre comment cette personne fonctionne et comment elle réagit aux stimuli. Mais c’est un processus que nous avons traversé ensemble.»
Elle se dit «très fière» et estime même que Jason Joseph aurait pu réaliser un temps encore meilleur sur une piste plus rapide. Mais cela n’a plus d’importance après coup. L’or, c’est l’or. Et le Bâlois pose la question rhétorique: «Que demander de plus?»