«Mon carrossier a acheté un vélo et m'a demandé de le faire signer, des boulangeries valaisannes m'ont demandé où il logeait pour lui offrir des cadeaux.» Directeur du Tour de Romandie, Richard Chassot sait qu'il a réalisé un immense coup pour sa 79e édition en faisant venir Tadej Pogacar, le meilleur cycliste du monde à l'heure actuelle. Entre le 28 avril et le 3 mai, son événement sera le centre du monde de la Petite Reine.
Ce n'est un secret pour personne: voilà plusieurs années que le Fribourgeois tente de faire venir le Slovène sur les routes de Suisse romande. Dans ce sens, il est en contact avec Mauro Gianetti, son ancien coéquipier dans le peloton et le patron d'UAE Emirates, l'équipe de Pogacar.
Deux visites comme spectateurs
Mais c'est depuis un an que tout s'est accéléré. «Tadej était invité par un de ses sponsors horlogers sur l'étape de la Grande Béroche l'année dernière, détaille Richard Chassot. Il aurait dit à Mauro: 'C'est une belle course et il faudrait quand même que je la gagne.'» L'idée trottait donc déjà dans la tête.
Puis, en août, le quadruple vainqueur du Tour de France est de retour sous nos latitudes. Entre le Valais et le canton de Vaud, il est venu encourager Urska Zigart, qui a terminé deuxième au classement général du Tour de Romandie féminin, derrière la Genevoise Elise Chabbey. Là aussi, il s'y plaît. «En décembre, j'ai croisé Mauro à la réunion du World Tour et il m'a dit qu'il y avait de très fortes chances qu'il soit présent. Quelques jours après, l'annonce officielle tombait», s'en réjouit le patron de l'événement.
Depuis, Richard Chassot suit les courses du Slovène d'un autre œil. «J'étais extrêmement tendu devant Paris-Roubaix, se marre-t-il. Le gars ne calcule jamais et ne se dit pas 'Tiens, je vais faire attention, il y a le Tour de France ou de Romandie qui arrive.'» Heureusement, Tadej Pogacar a évité la chute sur les pavés de l'Enfer du Nord, pour le plus grand soulagement du Fribourgeois qui va fêter sa 20e édition à la tête de sa course à étapes.
«Il fait du bien au cyclisme»
Richard Chassot l'avoue: la venue du double champion du monde fait passer le Tour de Romandie dans une autre dimension. «C'est la première fois qu'il y a autant d'engouement autour d'un coureur, souligne-t-il. Même quand on a eu des vainqueurs du Tour de France avec des Bradley Wiggins, Chris Froome ou Cadel Evans.» Pour l'expliquer, le natif de Villars-sur-Glâne pense à la «starification» de cette nouvelle génération, entre reportages sur Netflix et millions d'abonnés sur les réseaux sociaux.
Mais ce qui fait aussi le charme de Tadej Pogacar, c'est sa domination sur son sport. Du jamais-vu ou presque dans l'histoire du cyclisme. Bien sûr, cela énerve certains fans. «Mais je pense qu'il fait du bien au cyclisme, contre Richard Chassot. Ce n'est pas un coureur qui attend le Tour de France toute l'année et, s'il le gagne, qui se dira que sa saison est réussie.» En effet, le Slovène veut tout gagner. Y compris le Tour de Romandie, dès mardi prochain. Et il sera, bien évidemment, le grand favori, comme à chaque fois qu'il est sur une ligne de départ.