La chronique de Jessica Jaccoud
Vive le Roi du Nord!

Dimanche, Wout Van Aert a triomphé sur les pavés de Paris-Roubaix, l'«Enfer du Nord». Cette victoire historique transcende les frontières et rappelle la magie universelle du sport, estime la conseillère nationale PS Jessica Jaccoud.
Jessica Jaccoud a vibré dimanche devant sa télévision.
Jessica Jaccoud
Jessica JaccoudChroniqueuse Blick - conseillère nationale PS (VD) et co-présidente des Femmes socialistes suisses

Rassurez-vous: je ne suis ni légitimiste, ni orléaniste. Cette chronique n’est pas une déclaration d’amour au royalisme. C’est une ode au roi couronné ce dimanche sur les pavés du Nord, lors de la course cycliste Paris-Roubaix. Et son nom est Wout Van Aert.

Pour celles et ceux qui ne connaissent rien au cyclisme, quelques mots s’imposent. Paris-Roubaix, c’est une épreuve à part. On la surnomme «l’Enfer du Nord», et ce n’est pas pour rien. Imaginez un marathon couru pieds nus, avec des portions sur des braises ou des chardons. Voilà, vous avez une idée. Une souffrance brute, presque archaïque. Pour moi, c’est tout simplement la plus grande classique du cyclisme.

Chez moi, le vélo n’est pas un sujet anodin. A table, il déclenche des débats passionnés – parfois plus animés que certaines séances de l’Assemblée nationale française. Il y a les admirateurs de Tadej Pogačar, le prodige slovène. Les inconditionnels de Mathieu Van der Poel, le roi du cyclo-cross. Le fidèle de Jonas Vingegaard, grimpeur méthodique et tacticien hors pair venu du Danemark. Et puis il y a ma chapelle: celle de Wout Van Aert.

Le coéquipier rêvé

Van Aert, c’est le talent contrarié. Celui qui semble destiné à gagner, mais que le sort rattrape toujours. Une crevaison, une chute, une décision tactique malheureuse – et la victoire lui échappe. Pourtant, c’est aussi le coéquipier rêvé. 

Vous voulez gagner le Tour de France en 2022? Il imprime un rythme infernal dans l’Hautacam et vous offre un dernier relais vous permettant de mettre plus d’une minute à votre concurrent. 

Vous visez le Giro? Il sacrifie ses chances de victoire d’étape après une montée extraordinaire dans le Colle celle Finestre pour vous faire gagner de précieuses secondes. Wout, c’est une VO2 max exceptionnelle, une agilité de chat portée par un cœur immense. Chez lui, le collectif n’est pas un discours: c’est une nature.

Gentil, accessible, sensible

Mais ce dimanche, quelque chose a changé. L’axe du monde cycliste a légèrement dévié de sa trajectoire habituelle. Il l’a fait. Et c’est une excellente nouvelle – pas seulement pour le cyclisme, mais pour le sport en général.

On décrit souvent Van Aert comme un coureur profondément humain: gentil, accessible, sensible. Et presque systématiquement, on ajoute – comme un reproche – qu’il lui manquerait «l’instinct du tueur». Dans le sport professionnel, la norme est à l’impitoyable. Ecraser, dominer, écraser encore. Dimanche, Wout Van Aert a montré qu’un autre chemin existait. Et, à vrai dire, nous en avions bien besoin.

Je vous invite à regarder les images qui circulent sur les réseaux: des journalistes italiens en larmes pour la victoire d’un Belge. Des Français qui explosent de joie en plateau. Des Néerlandais qui lèvent les bras. Même des commentateurs anglophones, abandonnant pour un instant leur légendaire flegme, pour exploser de bonheur. Pendant quelques secondes suspendues, les frontières disparaissent. Le monde, pourtant si lourd, semble plus léger.

Un homme. Une victoire. Et, l’espace d’un instant, un souffle collectif. Le bonheur, en l’espace de quelques secondes, était universel. Chez moi, j’ai hurlé. Réveillant Gabin, mon golden retriever, en pleine sieste dominicale. Passer ensuite à un débat sur le logement en plateau radio n’a pas été la transition la plus naturelle – disons c’était mon secteur pavé à moi.

Mais revenons à l’essentiel. Dimanche, c’était beau. Un instant suspendu, accroché à l’éternité du sport. Un moment où, brièvement, nous avons oublié la dureté du monde. Et rien que pour cela, Vive le Roi du Nord!

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