La chronique de Jessica Jaccoud
Fragiliser la SSR, c’est fragiliser la Suisse

L'initiative «200 CHF, ça suffit» promet aux ménages de payer moins. Dans sa nouvelle chronique, la conseillière nationale PS Jessica Jaccoud explique pourquoi cette idée, si séduisante sur le papier, est un risque pour le pays.
Pour Jessica Jaccoud, ne veut pas d'une SSR à la CNews ou BFM
Jessica Jaccoud
Jessica JaccoudChroniqueuse, Conseillères nationale socialiste vaudoise, avocate

En cette période de crise du pouvoir d’achat, le slogan de l’initiative anti-SSR «200 CHF, ça suffit!» propose une promesse séduisante: payer moins. Mais derrière ce slogan simpliste, qui rappelle la même maxime que les milieux patronaux qui demandent des baisses d’impôt, se cache une réalité cynique.

Cette initiative n’est rien d’autre qu’une attaque frontale et brutale contre le service public audiovisuel et donc contre l’accès à une information de qualité pour tout le monde. La votation du 8 mars n’est ainsi pas qu’une question de portemonnaie mais bien une question de choix de société.

Des coups de pied salutaires dans la fourmilière

Sabrer dans la redevance, c’est réduire drastiquement les moyens alloués à la SSR. Concrètement, cela signifie moins de journalistes, moins d’enquêtes, moins d’émissions, moins de production, y compris d’événements sportifs. Au revoir votre «Passe-moi les jumelles» hebdomadaire, adieu les reportages sur les activités locales qui font vivre votre commune, bye bye les JO ou les exploits de Tanguy Nef, Alexis Monney, Franjo Von Allmen et Marco Odermatt.

L’information est appauvrie, la couverture est restreinte et la qualité des nouvelles en pâtit. Sans investigation approfondie, nécessitant des moyens adéquats, qui aurait révélé au grand jour les scandales des fonds en déshérence, des fiches, des enfants placés, de Crypto AG ou encore des fraudes fiscales?

Non à une SSR à la CNews ou BFM

Le service public est par essence universel et il ne poursuit pas de logique de rentabilité. Il se doit d’offrir à tout le monde la possibilité d’accéder à des informations qualitatives et de se forger une opinion.

Il est hors de question de tendre vers une société à deux vitesses, avec des personnes pouvant s’offrir des contenus vérifiés et de qualité et les autres à la merci, faute de moyens, des oligarques et autres multimilliardaires à la Blocher ou Bolloré qui possèdent des chaînes «d’informations» gratuites et qui en profitent pour matraquer leurs messages sans nuances quelconques ni vérifications.

Il est donc primordial que l’information ne devienne pas une marchandise comme une autre, soumise aux logiques du marché et aux intérêts économiques des puissants.

La Romandie mise sur la touche

Ce n’est pas un scoop. La Suisse possède 4 langues nationales. Ce qui crée des cultures et des espaces médiatiques fragmentés. La SSR et le service public qu’elle assure tissent un des rares liens de cohésion nationale qui transcende les régions linguistiques. Sans la SSR, comment aurions-nous toutes et tous pu célébrer cette joie immense de la victoire d’Elise Chabbey au Tour de Romandie féminin 2025?

Nous, Romandes et Romands, nous sommes minoritaires. Nous serions ainsi les premières et premiers à être sacrifié-e-s par la privatisation rampante de la SSR. Le marché suisse-romand est simplement trop petit pour qu’un média privé puisse assumer le vide laissé par la SSR.

L’accès à une information de qualité deviendrait ainsi inégal, en fonction de la langue que vous parlez ou de la région d’où vous venez. La cohésion nationale en prendrait un sacré coup et le sentiment d’abandon de toute une partie de la population serait légitimement décuplé.

Un vrai service public

Evidemment que la SSR actuelle n’est pas parfaite. Son financement via une taxe identique peu importe ses moyens n’est pas très équitable non plus. Cependant, réduire les moyens de l’audiovisuel public, c’est pousser l’accès à l’information dans les bras des groupes privés et des puissants. C’est instaurer petit-à-petit une logique marchande et donc conditionner le droit à cette prestation à ses ressources financières. L’antithèse du service public.

L’ironie terrible des partisans de cette initiative, c’est qu’ils vous parlent de pouvoir d’achat alors que ce sont les mêmes qui refusent systématiquement tout contrôle sur les loyers, des primes maladie liées au revenu ou encore l’augmentation des rentes AVS… Littéralement l’hôpital qui se fout de la charité!

Ne tombez pas dans leur piège et dites NON à l’initiative SSR le 8 mars!

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