«Non, ce n'est pas un accomplissement!» Questionné sur la valeur de ce maintien en première division du Rugby Europe Championship, le sélectionneur Olivier Nier ne veut pas entendre parler de finalité. «C'est un exploit magnifique pour les gars et c'est la preuve que nous travaillons dans la bonne direction, poursuit-il. Cette victoire contre l'Allemagne est une belle récompense pour eux et je suis heureux. Mais je souhaite surtout que ce soit une étape sur notre chemin.»
Cette victoire face à l'Allemagne a été longue à se dessiner. Très longue, même. Les Suisses ont dû attendre la 67e minute pour prendre un avantage de trois longueurs sur leurs adversaires. La suite? Une tension énorme à un jet de pierre de l'en-but suisse. «Interminable, rigole Olivier Nier. Nous aurions pu nous éviter quelques tracas plus tôt dans la rencontre.»
«Travailler avec les clubs»
Au moment de ses félicitations d'après-match, l'homme de banc a tenu à rendre hommage aux spectateurs du Stade Municipal d'Yverdon: «Cela peut paraître anodin. Mais d'avoir des gens qui poussent avec nous durant 80 minutes, cela a une importance énorme. Si nous tenons en fin de rencontre, c'est aussi parce qu'ils étaient derrière nous.»
Pour Olivier Nier, ces tribunes garnies sont également une preuve de la jolie émulation qui commence à entourer cette sélection nationale. «À nous de savoir en profiter et de travailler main dans la main avec les clubs, poursuit-il. Cette année, il n'y a jamais eu autant de sélectionnés issus de formations évoluant en championnat de Suisse. C'est un signal très positif.»
«Je me suis mis dans ma bulle»
Avant l'essai libérateur en toute fin de match, l'équipe de Suisse a pu compter l'artilleur Jules Porcher pour mettre en banque de précieux points. Notamment sur une pénalité qui a permis à la Suisse de reprendre l'avantage en deuxième période. Le joueur de Servette a fait preuve d'un calme olympien au moment de botter entre les poteaux. «Je me suis mis dans ma bulle et je n'ai pensé à rien d'autre qu'au ballon, remarque-t-il. Comme tous les buteurs, tu dois être capable de faire abstraction du contexte pour être performant.»
Et il l'a été! «Cette victoire a une signification immense pour nous, s'enthousiasme-t-il. Nous avons énormément progressé. Nous le sentions entre nous. Mais pour que ce ne soit pas qu'un feeling, cela doit être validé par de bons résultats. Et cette campagne qui va se terminer par un maintien représente en ce sens énormément de choses pour nous tous.»
À Madrid l'esprit libéré
Ce succès face à l'Allemagne permet à la Suisse de disputer le match pour la 5e place, dans une semaine à Madrid. Un résultat inespéré au début de cette campagne européenne jouée sur deux années. Le maintien en poche, les Suisses se frotteront au gagnant du match entre la Belgique et les Pays-Bas ce samedi soir. «Nous allons là-bas sans pression, remarque Nicolas Mousties, nommé homme du match ce samedi. Nous avons obtenu le droit de vivre ce moment sans devoir nous soucier de notre maintien. Cela nous permettra de profiter encore davantage.»
Profiter, oui. Mais pas sans ambition pour autant. «Ce n'est pas parce que nous sommes maintenus dans cette première division que nous allons là-bas en touristes, précise Jules Porcher. Non. Nous allons y aller comme des chiens pour faire honneur à notre maillot national.» Et pour prouver à leur entraîneur que cette victoire contre l'Allemagne n'était pas un accomplissement, mais une étape.