12h12, heure de Birmingham. En gestion, Audrey Werro est en tête dans le dernier virage de la demie du 800 m. La Fribourgeoise semble facilement se diriger vers la qualification pour la finale, où elle se battra avec la Britannique Keely Hodgkinson et la Néerlandaise Femke Broeders-Bol pour le titre continental.
Mais, tout à coup, stupeur dans les travées de l'Alexander Stadium. La main de la Française Anaïs Bourgoin vient effleurer le pied d'Audrey Werro, ce qui déstabilise la Fribourgeoise et la fait tomber. Sauf qu'à cet instant précis, personne ne sait vraiment ce qui vient de se passer. La seule certitude à l'heure actuelle, c'est que la Suissesse est à terre. Même vingt minutes plus tard, en zone mixte, la principale intéressée est dans le flou: «Je n'arrive pas à l'expliquer, il faudrait que je revoie la vidéo. J'étais en train de courir, je me sentais bien et, tout à coup, j'étais au sol.»
En zone mixte, Audrey Werro est touchée physiquement, notamment avec un hématome sur son ventre. Mais elle rassure rapidement tout le monde. «J'ai juste quelques égratignures et j'ai eu le souffle coupé sur le coup, mais tout va bien.» Des propos qui vont de pair avec ceux de son entraîneure Christiane Berset Nuoffer. «Elle a vu le médecin et a pu faire sa course de récupération normalement.» Un premier ouf de soulagement pour les proches.
Le soulagement des parents
Mais qu’en est-il de l’aspect sportif désormais? Rapidement, Swiss Athletics fait recours et, sur la base de l’article 17.1.1 du règlement, a gain de cause. Audrey Werro pourra participer à la finale du 800 m, qui aura lieu vendredi à 22h46, heure suisse.
Devant le stade, le mot commence à se passer parmi la délégation du CA Belfaux, venue avec une quarantaine de personnes. On se prend dans les bras et on est soulagé. «Je suis rassuré qu’elle ait été repêchée et j’espère qu’elle sera gonflée à bloc», s’exclame Claude, le papa d’Audrey Werro.
À côté de lui, Philomène hoche de la tête. La maman avoue que les émotions durant la dernière heure ont été «horribles». «Ce n’est pas bon pour le cœur, appuie-t-elle. C’est un soulagement qu’elle soit repêchée, même si ce n’est pas la même chose que d’être qualifiée de manière normale. Mais je crois en Audrey – elle est si forte.»
Seulement des ondes positives
Des mots qu’elle peut lui dire quelques minutes plus tard. Car, alors que les proches sont encore en train de reprendre leurs émotions, Julien Nuoffer – son manager – prend la parole devant la troupe. Il y a la possibilité d’aller voir Audrey, à l’autre bout du stade. Tout le monde se met alors en marche.
Une centaine de mètres avant d’arriver au lieu de rendez-vous, le manager rassemble à nouveau la délégation, pour un nouveau mot à faire passer. «Il ne faut pas revenir sur l’incident, mais l’encourager pour demain s’il vous plaît», demande-t-il. Le but: donner des ondes positives à la Fribourgeoise après sa mésaventure. Le CA Belfaux va respecter la consigne à la perfection.
«Y a Perle!»
Car au moment où Audrey Werro débarque derrière un gradin de l’Alexander Stadium, les drapeaux s’envolent et les cris retentissent. On pourrait presque croire qu’elle vient de décrocher une médaille européenne. Après avoir pris ses parents dans ses bras, la Fribourgeoise se fait sauter dessus par son groupe d’entraînement. Les athlètes du CA Belfaux portent un t-shirt à l’effigie de leur amie. «Y a Perle!», s’exclame, le sourire jusqu’aux oreilles, la spécialiste du 800 m en voyant son lapin dans le dos du maillot.
Tout le monde se prend dans les bras, on fait des photos pour l’album souvenir. En voyant tout le soutien pour sa protégée, la coach Christiane Berset Nuoffer ne peut s’empêcher de verser une larme – la deuxième en l’espace de quelques minutes. Ultra disponible pour ses proches, Audrey Werro prend même le temps de faire une photo avec quelques fans d’autres pays. La grande classe.
Enfin, il faut laisser la Fribourgeoise retourner, gentiment mais sûrement, vers le car qui l’amènera à son hôtel. Après sa chute, la récupération est d’autant plus importante. Et surtout, il y a une finale européenne à préparer.