Sur 800 m, les yeux de l'athlétisme suisse (et même mondial) sont rivés sur Audrey Werro. Il suffisait de voir le nombre de journalistes présents autour de la pépite du CA Belfaux après sa qualification aisée en demi-finales du double tour de piste. La presse française et britannique a tenté tant bien que mal de tendre le micro entre les quelques journalistes suisses présents.
Quelques instants plus tard, Veronica Vancardo a débarqué, sourire aux lèvres. Devant elle, la foule était plus parsemée mais cette configuration ne l'a pas empêchée de se réjouir. Il faut dire que les minutes avant de se rendre en zone mixte ont été longues pour la Fribourgeoise. Engagée dans la première des quatre séries du 800 m, elle a réalisé un temps canon, mais a dû attendre que toutes les concurrentes soient passées pour être certaine d'être en demi-finale.
«J'ai regardé les courses et croisé les doigts pour que ça n'aille pas trop vite, se marre Veronica Vancardo. J'espérais qu'Audrey ne fasse pas le lièvre de luxe dans sa série.» Un sort auquel la principale intéressée a d'ailleurs eu droit, puisqu'elle a été alignée aux côtés de Keely Hodgkinson, championne olympique et grande rivale d'Audrey Werro. «Quand j'ai enfin pu regarder la composition de ma course, je me suis dit que ça allait être super dur, admet Veronica Vancardo. Au final, ça m'a plus motivée et je me suis dit qu'il ne fallait pas avoir peur. Une autre Suissesse pourrait embêter Keely ici à Birmingham.»
La joie après les galères
Si la Britannique s'est facilement qualifiée pour les demi-finales, Veronica Vancardo n'avait rationnellement pas de raison de s'inquiéter pour sa place. Avec son temps de 1'58"20, elle a abaissé d'une seconde son record personnel et est devenue la troisième Suissesse la plus rapide de tous les temps sur le double tour de piste, derrière Audrey Werro et Selina Rutz-Büchel. «C'est quand même un choc, s'exclame-t-elle. Je suis passée par tellement de galères…» Les larmes montent aux yeux de la Fribourgeoise, qui ne craque pas pour autant, tout comme sur la piste auparavant.
Sur le tartan de Birmingham, elle n'a pas forcément été surprise de son temps. «Je savais que je l'avais dans les jambes, tempère-t-elle. Je voyais les gens autour de moi faire de super chronos et moi, j'attendais un peu mon tour.» Celui-ci est finalement arrivé ce mardi matin, dans les Midlands anglais.
«Je n'aime pas perdre»
Surtout, la Fribourgeoise qui s'entraîne à Lyon ne veut pas s'arrêter là. «Je peux encore optimiser ma course et on verra comment je récupère, prévient-elle. Je suis compétitive, je n'aime pas perdre et je pense que les places en finale reviendront à celles qui parviennent le mieux à tirer leur épingle du jeu. En tout cas, je ne dois pas m'empêcher de rêver.»
Car, ce mardi matin, Veronica Vancardo a prouvé à tout l'athlétisme du canton et du pays qu'elle n'était pas seulement «l'autre Fribourgeoise» du 800 m. En réalisant le cinquième temps des séries, elle a montré qu'elle pouvait aussi faire partie des meilleures athlètes du Vieux Continent.
D'ailleurs, ce n'est pas un hasard si Audrey Werro a également été interrogée sur la performance de celle qui a partagé ses entraînements ces dernières semaines. «Je ne pense pas être impressionnée par sa performance, parce que je savais qu'elle avait les capacités, sourit la favorite au titre. Ça me rend heureuse de voir que deux Fribourgeoises font partie des plus rapides d'Europe et c'est encourageant pour tout le monde.» Et elle le promet: c'est avant tout les entraînements des derniers mois et des dernières années qui paient pour Veronica Vancardo, pas seulement les récents au Stade Saint-Léonard.