«Le rythme est très élevé»
Pierre Poullier, nouvelle voix de l'athlétisme sur la RTS

Durant les Championnats d'Europe de Birmingham, il y a du neuf à l'antenne de la RTS. La télévision romande a placé Pierre Poullier à la tête du commentaire de l'athlétisme. Interview.
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Pierre Poullier est le nouveau commentateur de l'athlétisme sur les antennes de la RTS.
Photo: keystone-sda.ch
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Matthias DavetJournaliste Blick

Les amateurs d'athlétisme sur la RTS ont pu être légèrement surpris depuis lundi, jour du début des Championnats d'Europe d'athlétisme. La voix qui les a accueillis n'était plus celle de John Nicolet, mais celle de Pierre Poullier.

Le journaliste cinquantenaire est accompagné de Lea Sprunger pour faire vivre au public romand les exploits des Suisses engagés à Birmingham. Consciencieux, Pierre Poullier a pour l'instant passé l'entier de son «temps libre» entre les sessions à travailler et à retravailler ses notes. Le but: être le plus prêt possible au moment où le premier départ est donné. Rencontre avant une session du soir.

Pierre, comment s'est faite ton arrivée aux commentaires de l'athlétisme?
Il y a eu un changement de direction, avec l'arrivée de Nathalie Ducommun comme rédactrice en chef et Matthieu Juttens comme rédacteur en chef adjoint en charge des directs. Tous les journalistes de la rédaction ont reçu un e-mail leur demandant quel sport ils aimeraient commenter un jour. Étant alors en charge de l'hippisme, j'ai répondu avec mes trois sports préférés: l'athlétisme, le cyclisme et l'hippisme. Matthieu m'a appelé un matin pour me proposer de commenter l'athlétisme. On en a discuté et ça s'est fait naturellement.

Birmingham, c'est ton baptême du feu?
Non, j'ai commenté toute la saison de la Diamond League en alternance avec John Nicolet, qui reste dans le pool de commentateurs. En revanche, c'est ma première compétition sur place, au stade.

Avec le plus grand respect possible pour l'hippisme, c'est la première fois de ta carrière que tu commentes un sport aussi important?
J'ai commenté un peu de football, mais uniquement sur des grands formats et pas en direct. Cependant, je ne raisonne pas forcément comme ça, car l'hippisme est aussi un sport olympique. L'audience de l'athlétisme est largement supérieure, mais la principale différence réside dans le rythme du commentaire.

Comment ça?
En hippisme, le rythme est constant, voire répétitif. En athlétisme, passer d'un 10'000m à un 100m impose des changements de rythme permanents, ce qui constitue la principale difficulté. Pour l'hippisme, je peux chercher une info en 10 secondes pendant le parcours d'un cavalier. En athlétisme, c'est beaucoup trop long, l'info doit déjà être prête. La quantité et le rythme de travail sont nettement supérieurs.

Avant d'aborder pleinement le volet athlétisme, qu'en est-il de tes autres sports que tu commentais à l'antenne?
Je conserve l'hippisme, mais je ne suis plus seul dessus puisque Odessa Blanc le commente également. Pour l'athlétisme, nous sommes trois, avec le retour de Pascal Thurnherr en tant qu'expert. Concernant les plateaux, a priori je n'en ferai pas moins. En revanche, j'arrête la production. J'étais l'un des trois producteurs au sport; cela va s'arrêter d'ici la fin de l'année, le temps que les nouveaux soient nommés.

D'où vient ta relation avec l'athlétisme, l'un de tes trois sports préférés donc?
J'ai toujours adoré ça et je considère que c'est la base du sport. C'est, avec le football, le premier sport que j'ai regardé. Étant né en 1969, mes premiers souvenirs de foot remontent aux années 70, tandis que mon tout premier souvenir d'athlétisme date des Jeux de Montréal en 1976, mais si ça reste des images fugaces. Mes premiers vrais souvenirs remontent surtout à Los Angeles en 1984, avec Carl Lewis. Depuis, je suis ce sport très régulièrement.

On imagine que la préparation représente un immense travail, surtout quand on «débarque» dans ce sport.
C'est un travail énorme car l'athlétisme représente plusieurs sports en un seul. Depuis que je suis arrivé ici à Birmingham, je ne fais que ça. Mais je ne me plains pas, j'adore travailler. Ma compagne étant infirmière aux soins intensifs dans un hôpital genevois, je relativise mon travail. J'ai un gros background et une connaissance pointue de l'histoire de ce sport, mais c'est plus compliqué sur les athlètes actuels et leur biographie. C'est là-dessus qu'il faut être pointu. Même si l'on n'utilise qu'à peine 5% de ce qu'on a préparé, il faut être prêt par rapport aux surprises qui peuvent arriver en direct.

Comment te prépares-tu concrètement?
Les start lists fournies par les organisateurs sont très précieuses, mais on ne peut pas se contenter de les imprimer une heure avant l'épreuve. Il faut repérer, copier ou surligner les infos. Étant de l'ancienne école, je travaille beaucoup à la main car cela m'aide à retenir. Quand on commente pour la RTS, il faut accorder une attention particulière aux athlètes suisses et creuser davantage. Pour des athlètes très médiatisés comme Mujinga Kambundji, sa sœur Ditaji ou Audrey Werro, il est facile de trouver des informations. En revanche, pour des athlètes moins connus qui ne font pas de meetings de Diamond League, il faut chercher un peu plus. Et il faut le faire 67 fois, pour chaque membre de la délégation suisse.

«
J'apprends plus de Lea Sprunger qu'elle n'apprend de moi
Pierre Poullier
»

À tes côtés, Lea Sprunger est toujours la consultante de la RTS. Comment se passe l'alchimie avec elle?
C'est marrant parce que je ne la connaissais pas vraiment avant. La première fois qu'on a allumé le micro à 10h30 lundi matin, c'était la toute première fois qu'on travaillait ensemble. On a vraiment fait connaissance en arrivant à Birmingham et ça se passe super bien. Elle est ultra professionnelle, connaît son sport sur le bout des doigts et se montre très bienveillante quand je fais des erreurs. J'apprends plus d'elle qu'elle n'apprend de moi. Son passé récent d'athlète fait qu'elle suit ça de très près et connaît encore beaucoup de monde. J'ai d'ailleurs de la chance avec mes consultants, car en hippisme j'ai Alban Poudret, qui est la mémoire vivante de ce sport.

Est-ce qu'elle sera toujours présente dans le pool athlétisme de la RTS à l'avenir?
Oui, c'est prévu sur les grands championnats et sur les gros meetings en Suisse. Lors d'Athletissima et Weltklasse, elle aura un rôle différent au bord de la piste, auprès des athlètes avec Brian Wakker. Mais sur les grands championnats, il est absolument hors de question de me passer d'elle.

On sait que tu es Belge. Si un athlète du plat pays finit devant un Suisse, parviendras-tu à ne pas trop t'enflammer?
Oui, j'ai acquis cette habitude avec le football. Ce n'est pas un secret: mon équipe préférée est celle des Diables Rouges. La première fois que j'ai travaillé sur un match Suisse - Belgique en Ligue des Nations j'étais en plateau et je me demandais comment j'allais réagir. Puis, il y a eu cette remontée de 0-2 à 5-2 pour la Nati. Au final, je me suis surpris à hurler en cabine avec mon consultant Léonard Thurre, comme si j'étais suisse. À ce moment, j'ai eu la certitude que cela ne poserait jamais de problème. Lundi sur le 100 mètres, c'est la Belge Delphine Nkansa qui a privé Géraldine Di Tizio-Frey de médaille. J'ai ressenti sa déception profondément. À l'antenne, je suis suisse, point.

On se souvient qu'en 2018, tu avais réalisé l'aigle bicéphale à l'antenne en soutien aux footballeurs suisses. Vas-tu reproduire la célébration d'Audrey Werro à l'antenne si elle devient championne d'Europe?
(rires) Le problème, c'est que ça ne se verra pas car nous n'avons pas de caméra à notre place. De plus, la célébration du lion d'Audrey Werro est beaucoup plus innocente et sans arrière-pensée, contrairement à la célébration des footballeurs suisses face aux supporters serbes à Kaliningrad.

As-tu eu des retours des gens en Suisse sur tes prestations?
L'avis de mes proches est très important. Ma compagne est la plus critique avec moi quand ça ne va pas, mais sait me le dire quand c'est bien. Les retours sont plutôt positifs, même si je m'en méfie un peu et préfère attendre. Mes supérieurs ont l'air plutôt contents. Mais mon premier critique reste moi-même, et je sais que j'ai encore une marge de progression assez importante.

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