Le plan de Mujinga Kambundji a parfaitement fonctionné. Après la naissance de son fils Léon en novembre dernier, elle s’était très tôt fixé comme objectif les Championnats d’Europe de Birmingham pour marquer son retour sur la scène internationale. En tant que championne d’Europe 2024 du 200 m à Rome, elle était de toute façon assurée d’obtenir une wild card dans cette discipline. Et effectivement, sa remise en forme après sa grossesse s’est déroulée de telle manière qu’elle peut à nouveau participer à des courses, et ce depuis début juillet. La femme la plus rapide de Suisse se sent prête pour les Européens.
Mais qu’en est-il de sa forme réelle? Sera-t-elle suffisante pour accéder à la finale de jeudi soir (22h50, heure suisse)? Même si Mujinga Kambundji est connue pour être une véritable battante, elle devrait encore avoir du mal cette saison face à une concurrence de taille. Quoi qu’il en soit, il y aura un premier élément de réponse mercredi à 21h20, lors de la demi-finale.
Retrouvera-t-elle son niveau de l'année prochaine?
Les objectifs de la Bernoise s’inscrivent toutefois dans une perspective à plus long terme. «Les bons moments viendront bien», a-t-elle déclaré mi-juillet lors du meeting de Lucerne. Elle faisait surtout référence à l’année prochaine. Le monde de l’athlétisme devrait alors suivre avec impatience ses performances lors de son retour. Car les histoires impressionnantes de mamans ayant brillé dans le sport de haut niveau ne manquent pas.
Parmi elles, on peut citer, dans un passé récent, la star du tennis Belinda Bencic, qui, après la naissance de sa fille Bella (2024), a remporté deux titres WTA 500 et atteint les demi-finales de Wimbledon dès sa première saison complète.
Cependant, en Suisse, personne ne connaît sans doute mieux ce sujet que la triathlète Nicola Spirig. Son parcours est impressionnant. En 2012, elle a remporté la médaille d’or aux Jeux olympiques de Londres. Un an plus tard, son fils Yannis est né. En 2016, elle a décroché la médaille d’argent aux Jeux olympiques. Un an plus tard, elle est devenue maman pour la deuxième fois, d'une petite Malea. En 2018, elle a remporté son sixième titre de championne d’Europe et… un an plus tard, elle a accouché de son troisième enfant, Alexis. Elle a ensuite pris sa retraite du sport de haut niveau en 2022.
D'autres exemples suisses? La coureuse d'orientation Simone Niggli-Luder a remporté neuf de ses 23 titres de championne du monde alors qu'elle était déjà mère. Et la toute première maman sportive suisse à avoir remporté une médaille d’or aux Jeux olympiques d’été fut Brigitte McMahon, grâce à son triomphe en triathlon en 2000.
Les conseils de Nia Ali, maman modèle
Et à l’international? C’est surtout Nia Ali qui a marqué durablement Mujinga Kambundji. La hurdleuse américaine, avec laquelle la Bernoise a entretenu des échanges réguliers l’année dernière, a remporté la médaille d’argent olympique au 100 m haies à Rio en 2016. Elle est aussi devenue championne du monde dans cette même discipline à Doha en 2019. Ses trois enfants sont nés en 2015, 2018 et 2021.
La sprinteuse Shelly-Ann Fraser-Pryce est revenue encore plus forte après son congé maternité. La Jamaïcaine a donné naissance à un fils en 2017. Elle a ensuite remporté la médaille d’or aux Championnats du monde 2019 sur 100 m, ainsi que la médaille d’argent aux Jeux olympiques de Tokyo en 2021 et la médaille d’or olympique au relais 4 x 100 m. Sans oublier sept (!) autres médailles aux Championnats du monde.
La footballeuse américaine Alex Morgan, double championne du monde, est elle aussi revenue rapidement sur le terrain après son congé maternité et a joué un rôle important à Tottenham et en équipe nationale. Mais deux des exemples les plus célèbres, tout comme Belinda Bencic, viennent du tennis. La Belge Kim Clijsters a remporté trois de ses quatre titres du Grand Chelem en étant déjà maman. Et Serena Williams a encore atteint quatre finales de tournois du Grand Chelem après sa grossesse.
Mujinga Kambundji vient désormais rejoindre la liste de tous ces grands noms. Reste à voir quels résultats la médaillée de bronze des Championnats du monde 2019 (200 m) va encore réaliser. Mais les Européens de Birmingham, les Championnats du monde à Pékin l’année prochaine et les Jeux olympiques de 2028 à Los Angeles lui permettent en tout cas de rêver.