Alors que chaque année près de 2 milliards de voyageurs explorent la planète, de nombreuses destinations peinent à gérer des foules toujours plus importantes. Pour protéger leur patrimoine et leur nature, plusieurs villes et pays expérimentent des mesures inédites.
D'après la BBC, celles-ci vont de la limitation d'accès aux sites emblématiques à la création de nouvelles assurances, en passant par l'encouragement à adopter des comportements durables. Petit tour d'horizon.
Japon – La célébration des sakuras annulée
A la fin du mois de mars, les cerisiers du Japon se couvrent d'un délicat voile de fleurs roses. La saison des sakura, célèbre dans le monde entier, attire chaque année plus de 30 millions de visiteurs internationaux venus admirer ce spectacle aussi bref que spectaculaire. Mais ce succès a un coût. Pour des millions de Japonais, le début du printemps ne rime pas avec poésie et contemplation, mais plutôt avec foules compactes, espaces publics saturés et hausse des prix.
A Fujiyoshida, au pied du mont Fuji, le célèbre festival des cerisiers, qui attirait près de 200'000 visiteurs chaque année, n'aura pas lieu en 2026. En cause: une accumulation de plaintes liées aux déchets abandonnés, aux intrusions dans des propriétés privées et à des comportements irrespectueux.
Cette décision illustre un tournant plus large au Japon: avec près de 43 millions de visiteurs en 2025 – un record national – l'archipel fait face à une pression inédite. En 2024, la commune de Fujikawaguchiko a dû instaler une barrière pour bloquer un point de vue devenu viral sur les réseaux sociaux, après que certains touristes ont escaladé des toits et ignoré les consignes de sécurité.
Même logique à Kyoto, où l'accès à certaines ruelles du quartier historique de Gion a été restreint et la photographie des geishas formellement interdite. La capitale culturelle du Japon s'est aussi tournée vers la technologie afin de mieux réguler les flux de visiteurs. Par exemple, un nouvel outil de prévision nommé Kyoto Travel recommande les jours et horaires les plus propices pour découvrir les sites emblématiques de la ville.
Etats-Unis – Une surtaxe sur les parcs nationaux
Au pays de l'Oncle Sam, la réponse au surtourisme passe par le prix. Le pays compte 433 parcs nationaux, mais la moitié des visites se concentre sur seulement 25 sites majeurs, provoquant embouteillages, files d'attente interminables et dégradation des espaces naturels.
Mais cela pourrait changer. En début d'année, les USA ont mis en place une surtaxe de 100 dollars dans onze parcs très fréquentés, dont le Yellowstone National Park, le Yosemite National Park et le Grand Canyon. Le célèbre pass annuel «America the Beautiful» coûte désormais nettement plus cher pour les touristes étrangers.
Cette stratégie fait débat. Plusieurs professionnels du tourisme estiment que son impact sera limité: pour les voyageurs internationaux fortunés, cette hausse des tarifs ne représente qu'une part négligeable de leur budget. D'autres soulignent que le véritable enjeu réside surtout dans les pics de fréquentation estivale et la capacité limitée des infrastructures.
Jamaïque – L'île lance une assurance pluie
Plutôt que de restreindre ses accès, la Jamaïque a choisi l'incitation. Fragilisée par l'ouragan Melissa fin 2025, l'île cherche aujourd'hui à répartir la fréquentation en attirant davantage de visiteurs pendant la saison des pluies.
Ainsi, dès le mois de mars, l'office du tourisme proposera une assurance pluie sur plusieurs forfaits. Si un seuil de précipitations est dépassé, les voyageurs seront automatiquement remboursés. En parallèle, le pays souhaite aussi mettre davantage en lumière les attraits culturels de l'île, comme le Bob Marley Museum de Kingston ou les dégustations de rhum dans la vallée de Nassau.
Espagne – Présenter une autre facette de Majorque
L'île espagnole de Majorque subit depuis plusieurs années une surfréquentation majeure. Face aux plages bondées et aux incivilités des touristes, les habitants sont plusieurs fois descendus dans la rue pour réclamer davantage de régulation de la part des autorités.
Tout comme Kyoto, Majorque mise désormais sur le numérique. D'ici la fin de l'année, l'île intégrera à son nouveau site web officiel un outil qui pourra indiquer aux voyageurs en temps réel les meilleurs moments pour visiter les sites populaires et leur proposer des alternatives hors des sentiers battus: artisanat local (soufflage de verre, tissage traditionnel), visites de domaines viticoles ou producteurs d'huile d’olive.
En parallèle, la Fondation pour un tourisme responsable de Majorque a lancé la campagne Casa Nostra (Notre Maison), invitant habitants et touristes à considérer Majorque comme un foyer temporaire, et non comme une décharge de vacances, et à s'engager à protéger ses paysages, ses traditions et ses communautés.
Danemark - Récompenser les gestes écoresponsables
Copenhague s'impose comme l'une des capitales européennes où le tourisme est le plus dynamique, avec une fréquentation prévue en hausse de près de 24% d'ici à 2030. Pour limiter les impacts du surtourisme, la ville danoise teste des incitations visant à orienter le comportement des visiteurs.
Lancé en 2024, le programme CopenPay récompense les touristes qui adoptent des comportements respectueux de l'environnement. Par exemple, ils peuvent faire du kayak tout en ramassant les déchets le long des canaux, prolonger leur séjour en réservant plusieurs nuits, ou se rendre au musée à vélo. Après avoir fourni la preuve de leur bonne action, ils peuvent bénéficier d'entrées gratuites ou réduites pour des musées et attractions, de balades en bateau, ou d'activités bien‑être telles que le yoga ou les saunas.
L'initiative a déjà attiré plus de 30'000 participants, entraînant notamment une hausse nette des locations de vélos. Au-delà des chiffres, les responsables locaux ont remarqué un réel changement de mentalité. D'après eux, une part croissante de voyageurs souhaite désormais laisser une empreinte écologique plus durable lors de leur passage dans la capitale danoise.