Violée et droguée par son ex
Elle découvre 67 vidéos d'elle agressée, la justice reste bloquée

Une écrivaine allemande découvre 67 vidéos de violences sexuelles présumées subies par son ex-partenaire sur 16 ans. L'enquête est freinée par la prescription, relançant le débat sur la législation en Allemagne.
Une Allemande affirme avoir été droguée et violée par son ex. (image d'illustration)
Photo: IMAGO/7aktuell
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AFP Agence France-Presse

Une Allemande pense avoir été droguée, violée et filmée par son ex-partenaire après la découverte l'an dernier de 67 vidéos de sévices mais la prescription bloque l'enquête, ravivant le débat sur le viol en Allemagne. La justice ne pourrait se pencher que sur deux des cas, les autres étant prescrits, d'après l'hebdomadaire allemand Der Spiegel, qui a révélé vendredi l'histoire de Claudia Wuttke, une écrivaine de 59 ans.

Le parquet de Hambourg (nord) a déclaré à l'AFP avoir rouvert l'enquête concernant les 65 autres cas pour clarifier les faits et vérifier si ceux-ci peuvent être requalifiés pour échapper au délai de prescription de cinq ans qui prévaut généralement pour les viols en Allemagne, sauf circonstances particulières.

«La question de savoir si l'obstacle procédural de la prescription existe» dépend de «la qualification juridique des faits présumés», a dit une porte-parole du parquet. «A cet égard, il est prévu de tenter de clarifier davantage les faits par la poursuite des investigations», a-t-elle ajouté. L'affaire rappelle la cas de Gisèle Pelicot, la Française devenue une figure mondiale de la lutte contre les violences sexuelles pour avoir publiquement témoigné des viols commis par son ex-mari et des dizaines d'hommes qu'il avait recrutés.

«Tremblement de terre»

Contactée par la police en juin 2025, Claudia Wuttke s'est découverte dans ces vidéos (présumées prises sur une période de 16 ans) en train de subir des pénétrations buccales, vaginales et anales, tantôt avec un pénis, tantôt avec un gode, une fois avec une batte de baseball introduite par voie anale, écrit Der Spiegel.

«C'était le premier tremblement de terre», témoigne l'écrivaine dans cet hebdomadaire. Elle affirme «n'avoir rien su de tout cela» et se dit convaincue d'avoir été droguée mais ne peut pas le prouver : la vidéo la plus récente date de 2021 et les possibles traces sur son corps ont depuis longtemps disparu.

Victime ou témoin d’une agression sexuelle?

Et pour les jeunes:

  • Ciao.ch (réponse dans les 2 jours)
  • Pro Juventute (24/7): 147
  • Patouche: 0800 800 140

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En novembre 2025, «deuxième tremblement de terre», affirme-t-elle : elle apprend que l'enquête est arrêtée dans 65 cas sur les 67 pour lesquels il existe des vidéos au motif que les faits sont prescrits. Jusqu'à présent, seules deux des infractions présumées ont fait l'objet de poursuites. L'une parce que la vidéo date de 2021, soit il y a moins de cinq ans, d'après le Spiegel.

Dans l'autre, un «instrument dangereux» a été utilisé, comme le stipule le code pénal, à savoir la batte de baseball. C'est pourquoi un délai de prescription plus long s'applique ici. La première audience devant les tribunaux concernant ces deux cas devrait avoir lieu prochainement, écrit l'hebdomadaire.

Débat sur le délai de prescription

«Il n'est tout de même pas possible que la grande majorité de ce qui m'a été infligé reste impunie», s'insurge Mme Wuttke dans ses colonnes. «Personne n'était au courant de ces viols, ni de l'existence de ces vidéos ; comment aurait-on pu alors agir contre cela ?», s'interroge cette agente littéraire, également autrice de douze livres en son nom et sous des pseudonymes. Le délai de prescription court «dès que l'infraction est achevée», sans que la connaissance des faits par la victime présumée ne soit «déterminante», a rappelé à l'AFP un porte-parole du tribunal de Lüneburg, compétent pour une partie des faits.

L'affaire met au jour les défauts d'une réforme adoptée en 2016 sous la chancelière Angela Merkel, qui a durci la législation sur les agressions sexuelles tout en abaissant le délai de prescription pour les viols dans certains cas. La ministre régionale de la Justice de la ville-Etat de Hambourg, Anna Gallina, a déclaré à l'AFP vouloir oeuvrer pour que certains infractions sexuelles ne puissent plus être prescrites après cinq ans.

«Le délai de prescription relativement court, en particulier pour les viols dans lesquels l'auteur profite du fait que la victime ne peut pas former ou exprimer une volonté contraire, fait parfois qu'il n'est plus possible de poursuivre pénalement les faits», a dit Mme Gallina, qui compte aborder le sujet à l'occasion d'une conférence des ministres de la Justice des 16 Etats régionaux allemands (Länder), les 11 et 12 juin prochains. Selon der Spiegel, le ministère allemand de la Justice examine aussi actuellement si des «modifications des règles de prescription» pour les infractions sexuelles sont nécessaires.


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