Bilan après trois jours de guerre contre l'Iran: les troupes de Donald Trump et de Benjamin Netanyahu ont tué des dizaines de hauts gradés du régime, coulé au moins neuf navires de guerre et détruit plus de la moitié des lanceurs de missiles. Le président américain veut poursuivre la guerre «jusqu'à ce que tous nos objectifs soient atteints», a-t-il fait savoir mardi. Parmi ces objectifs: la destruction des missiles et installations nucléaires ainsi que la chute du régime des mollahs.
Malgré quelques douloureuses frappes de représailles, Américains et Israéliens conservent un avantage considérable sur les Iraniens. Mais pour encore combien de temps? Le plus grand défi pour les armées américaine et israélienne reste à venir. Car deux armées se dressent sur leur chemin: d'une part l'armée régulière avec environ 600'000 soldats, et d'autre part, le redoutable Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), comptant environ 200'000 hommes.
Une garde révolutionnaire dangereuse
Le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) est particulièrement dangereux, car il s'agit d'un réseau de pouvoir et de sécurité idéologiquement enraciné. Il contrôle des installations nucléaires, des missiles, des drones, des forces spéciales et une grande partie de l'économie iranienne. A l'étranger, le CGRI soutient et dirige des groupes terroristes tels que le Hezbollah et le Hamas. Ses gardiens sont extrêmement bien équipés et spécifiquement entraînés à la répression intérieure et à la guerre asymétrique.
Cette force a été créée après la révolution islamique de 1979 comme armée parallèle à l'armée de terre, afin de protéger la révolution et de garantir l'influence du système religieux. A la suite de l'assassinat du Guide suprême Ali Khamenei samedi, elle mettra tout en œuvre pour que le pouvoir reste entre les mains des mollahs survivants.
Comment Trump va-t-il résoudre cet épineux problème? Blick vous présente trois scénarios sur la manière dont les Américains et les Israéliens pourraient poursuivre la guerre.
Guerre aérienne
Il s'agit clairement de la première option, car les Etats-Unis et Israël disposent de capacités aériennes supérieures grâce à leurs groupes aéronavals déployés dans le Golfe, leurs bombardiers à long rayon d'action et leurs capacités furtives. D'autres attaques pourraient viser les sites de missiles, les défenses aériennes, les navires et les centres de commandement des Gardiens de la révolution. Parallèlement, les communications et les infrastructures seraient paralysées par des cyberattaques.
Mais Trump et Netanyahu peuvent-ils ainsi faire plier les Gardiens de la révolution? Marcel Berni, expert en stratégie à l’Académie militaire des EPF, affirme: «Si les chances de succès sont élevées à court terme, elles restent très incertaines sur les plans politique et stratégique.» Les frappes aériennes, à elles seules, n’ont quasiment jamais permis de changer de régime.
Guerre ciblée limitée
Selon Marcel Berni, la probabilité d'un tel scénario reste faible. «Des opérations ciblées contre des personnalités clés ou des infrastructures nucléaires sont envisageables», estime-t-il. Si l'élimination de commandants isolés affaiblirait le Corps des gardiens de la révolution islamique à court terme, elle pourrait déclencher une vague de mobilisation en guise de riposte.
Troupes au sol
Bien que les Américains et les Israéliens soient clairement en supériorité numérique, la taille de l'Iran – environ 40 fois plus grand que la Suisse – joue en faveur des Iraniens: «Une invasion à grande échelle d'un pays de cette taille et de cette topographie serait extrêmement difficile à justifier sur les plans militaire et politique», explique Marcel Berni.
Sur l'immensité du territoire iranien, une opération terrestre serait longue et coûteuse, comme en Irak ou en Afghanistan. Le spécialiste en est convaincu: «La probabilité d'un déploiement terrestre est très faible. Ni Trump ni Netanyahu ne le recherchent.»
La menace d'un fiasco
Il est clair que les Gardiens de la révolution, hautement entraînés et équipés, opposeront une résistance farouche. Après un début de campagne militaire réussie, au cours de laquelle des dirigeants ont été éliminés et de nombreuses armes détruites, l'attaque pourrait même se solder par un fiasco pour les Américains et les Israéliens. «L'Iran n'est pas le Venezuela. L'opération est plus complexe et plus dangereuse», conclut Marcel Berni.