La nouvelle ligne dure de Washington
Donald Trump lâche-t-il enfin Vladimir Poutine pour soutenir l'Ukraine?

Donald Trump change de cap. Après s’être affiché proche de Vladimir Poutine, il durcit le ton contre Moscou. Sanctions renforcées et soutien militaire à l’Ukraine marquent un tournant majeur dans sa politique étrangère.
Le président américain et le président russe entretiennent depuis longtemps une relation amour-haine.
Photo: Getty Images
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Guido Felder

Lorsqu'il a évoqué les atrocités de la guerre dans le Bureau ovale le 28 février 2025, Volodymyr Zelensky s'est heurté à un mur. De manière assez inattendue, le nouveau président américain Donald Trump s'est affiché comme un ami de Vladimir Poutine. Il a réprimandé son invité ukrainien devant les caméras, le laissant sous le choc. Six mois plus tard, Trump recevait le chef du Kremlin en Alaska, laissant même entrevoir une nouvelle coopération avec la Russie.

Et aujourd'hui? La situation s'est totalement inversée. Zelensky s'est de nouveau assis aux côtés de Trump dans le Bureau ovale, mais cette fois, les deux hommes riaient et plaisantaient. Mieux encore! Le président ukrainien repart avec deux atouts de taille. Les Etats-Unis durcissent nettement les sanctions contre Moscou et ses partenaires commerciaux, tout en accordant à l’Ukraine la licence de fabrication des précieux missiles de défense Patriot. Trump a-t-il rompu pour de bon avec Poutine?

Un cadeau attendu

C'est mardi que le président américain a offert ce premier accord sur les «Patriot». Zelensky l'a confirmé: «Il s’est engagé à nous accorder les licences.» Privée de ces missiles de défense ces dernières semaines, l'Ukraine n'avait pas pu empêcher les forces russes de frapper plusieurs villes, dont Kiev, à l'aide de missiles balistiques.

Zelensky s’était rendu à Washington pour assister aux funérailles de Lindsey Graham. Le décès inattendu du sénateur républicain de Caroline du Sud, considéré comme le principal soutien de l’Ukraine dans le premier cercle de Trump, faisait craindre un désengagement total des Etats-Unis.

Le Sénat adopte des sanctions

Mais le pire a été évité. Dans la nuit de mardi à mercredi, un second soutien s'est concrétisé lorsque le Sénat a approuvé le projet de sanctions contre la Russie préparé par Lindsey Graham. La mesure a été adoptée à une écrasante majorité de 86 voix contre 12.

Ce train de mesures vise directement les dirigeants russes, le secteur énergétique et la flotte fantôme. Les partenaires commerciaux de Moscou sont aussi dans le collimateur: Trump peut désormais imposer des droits de douane allant jusqu’à 100% sur les produits issus de pays faisant des affaires avec la Russie. Par ce biais, Washington cherche surtout à inciter la Chine et l’Inde à prendre leurs distances avec le Kremlin.

Trump donne son feu vert

Ce vote massif au Sénat montre que la méfiance envers la Russie gagne du terrain aux Etats-Unis. Le regretté Lindsey Graham y a joué un rôle déterminant. Philipp Adorf, chercheur spécialiste du Parti républicain à l’Université de Bonn, analyse: «Trump écoutait Lindsey Graham parce qu'il alliait une ligne ferme en politique étrangère à une loyauté personnelle sans faille. Il n’a pas présenté ces sanctions comme une aide à l’Ukraine, mais comme une démonstration de la puissance américaine.»

Selon ce chercheur, de nombreux républicains souhaitaient depuis longtemps un durcissement des sanctions, sans oser affronter directement Donald Trump. Même au sein du mouvement MAGA, la position évolue. Laura Loomer, ancienne figure d'influence de la propagande russe, a présenté ses excuses pour ses théories du complot après un voyage à Kiev et dénonce désormais l'action de Moscou.

Au-delà du travail de conviction mené par Lindsey Graham, Trump semble réaliser que Poutine perçoit la main tendue américaine comme une marque de faiblesse plutôt que comme une opportunité de dialogue. Philipp Adorf ajoute: «Trump n'agit probablement pas par simple préoccupation pour l’Ukraine, mais parce qu'il refuse de passer pour un faible face à Poutine.»

Le président américain prend ainsi des décisions claires qui renforcent l’Ukraine tout en fragilisant Moscou. Philipp Adorf se montre toutefois prudent quant à une rupture définitive avec Poutine. Avec Donald Trump, le cadre peut vite changer: «Le prochain échange téléphonique avec Poutine pourrait à nouveau faire basculer sa rhétorique.»

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