Et si Lindsey Graham accomplissait bel et bien un miracle après sa mort? Deux semaines après le décès du sénateur américain, Donald Trump et Volodymyr Zelensky se sont rencontrés à Washington, en marge de ses funérailles. Grand défenseur de l'Ukraine, Graham, qui avait regagné les Etats-Unis depuis Kiev quelques heures seulement avant sa mort inattendue, avait consacré une grande partie de sa vie à convaincre son pays d'origine d'aider les Ukrainiens à remporter la victoire.
Plus de quatre ans après le début de la guerre, Zelensky et ses troupes n'ont jamais semblé autant mettre les forces russes sous pression. Et plusieurs signes laissent désormais penser que le président ukrainien pourrait, avec l'aide de Trump, parvenir à mettre Vladimir Poutine à genoux.
Le «soutien solide» de Washington
Premier indice: l'entente affichée entre le président ukrainien et le locataire de la Maison Blanche. Les photos souriantes de leur rencontre, organisée à huis clos, contrastent fortement avec l'atmosphère glaciale qui régnait encore l'année dernière, lorsque Trump et son équipe avaient littéralement démoli Zelensky dans le Bureau ovale.
Sur son compte Telegram, Zelensky a dressé le bilan de cette rencontre d'environ une heure et remercié les Etats-Unis pour leur «soutien solide». Les deux hommes ont notamment évoqué les licences promises par Trump pour permettre la production en Ukraine des missiles de défense Patriot, ainsi que «quelques autres éléments qui pourraient aider». Zelensky semble vouloir rester volontairement vague sur ce qu'il entend exactement par cette dernière formule.
Poutine va-t-il recevoir le coup de grâce économique?
Autre élément à prendre en compte: l'ombre de Lindsey Graham, ardent défenseur de l'Ukraine aujourd'hui disparu, plane sur Washington. Rares sont les responsables politiques américains qui, ces dernières années, ont soutenu Kiev avec autant de constance que ce sénateur républicain ultra-conservateur de Caroline du Sud. Zelensky a présenté à Trump ses condoléances pour la perte d'«un véritable ami» et a assisté à la cérémonie en hommage à Graham après leur rencontre.
Le Parlement américain doit par ailleurs se prononcer pour la première fois sur le «Lindsey O. Graham Sanctions Act», baptisé en l'honneur du défunt sénateur. Le texte prévoit de nouvelles sanctions massives contre tous ceux qui continuent à commercer avec la Russie. S'il est adopté, Vladimir Poutine devra affronter un problème bien plus sérieux encore que ceux provoqués par les frappes ukrainiennes à longue portée et le déclin de son économie. A la surprise de nombreux observateurs, Trump a donné son feu vert à la loi de Graham.
Enfin, un autre phénomène pourrait renforcer la position de l'Ukraine: le soutien grandissant d'une partie de la droite américaine. Ces dernières semaines, plusieurs commentateurs et influenceurs de premier plan ont, contre toute attente, pris fait et cause pour Kiev. Parmi eux figure Laura Loomer, la «confidente» de Trump, théoricienne du complot d'extrême droite suivie par des millions de personnes sur les réseaux sociaux.
«J’ai été une connasse»
La semaine dernière, à Kiev, Laura Loomer a été témoin d'une attaque russe contre une église. Elle a ensuite raconté à ses abonnés que «Poutine s'en était pris directement à Jésus». Peu après, l'influenceuse a interviewé Volodymyr Zelensky. Elle a alors reconnu publiquement: «Je me suis laissée berner par la propagande russe. J'ai été une connasse d'avoir minimisé les problèmes de l'Ukraine pendant si longtemps.» Selon elle, l'Ukraine paie un lourd tribut pour que les Européens et les Américains soient épargnés par la terreur russe.
Que Laura Loomer, l'une des voix les plus influentes du mouvement «Make America Great Again» de Trump, opère un tel virage à 180 degrés précisément à ce moment pourrait bien faire pencher définitivement la balance en faveur de Zelensky. Les succès militaires retentissants des unités de drones ukrainiennes ont d'ailleurs récemment poussé Trump, mais aussi J.D. Vance, pourtant critique envers Kiev, à tenir des propos élogieux à l'égard de l'Ukraine.
Autre élément susceptible de faire réfléchir Trump: il y a quelques jours à peine, l'Ukraine a transmis aux Etats-Unis de nouvelles preuves selon lesquelles la Russie aiderait l'Iran dans ses attaques contre des cibles américaines au Moyen-Orient.
Avec Lindsey Graham, l'Ukraine a perdu l'un de ses plus fervents défenseurs. Mais sa disparition pourrait être à l'origine d'une conjonction particulièrement favorable à Kiev: le soutien renouvelé de Trump, les succès militaires ukrainiens et le revirement de certaines figures de l'extrême droite américaine pourraient contribuer à freiner la terreur de Poutine et, avec l'appui des Etats-Unis, à accélérer la fin de la guerre.