La voix satirique la plus célèbre
Donald Trump jubile après le départ explosif de Stephen Colbert

Pendant onze ans, l'animateur de «The Late Show» avait enthousiasmé des millions de téléspectateurs et énervé des millions d'autres avec ses analyses cyniques. Dans la nuit de jeudi à vendredi, la chaîne CBS a débranché Stephen Colbert.
Stephen Colbert et Donald Trump se connaissent personnellement. En 2015, Trump était invité dans l'émission.
Photo: Getty Images
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Samuel Schumacher

Les Etats-Unis sont devenus un peu plus silencieux du jour au lendemain. Stephen Colbert, l’un des humoristes les plus influents du pays, a fait ses adieux. Après 1801 épisodes de «The Late Show», il a littéralement éteint les lumières du mythique Ed Sullivan Theater, à Manhattan. Enfin, presque: c’est Paul McCartney qui a eu cet honneur. L’ex-Beatle est revenu sur la scène où il avait fait ses débuts américains avec The Beatles, 62 ans plus tôt. 

Pendant onze ans, Stephen Colbert a décortiqué l’actualité mondiale quatre soirs par semaine, avec humour, mordant et, selon ses détracteurs, toujours plus d’engagement politique. Pour l’Amérique conservatrice, il était devenu l’incarnation de l’ennemi médiatique.

«Crétin total»

Peu après la diffusion du dernier épisode, Donald Trump s’est déchaîné contre lui sur Truth Social: «Aucun talent, aucune audience, aucune vie! Il était comme un mort. On aurait pu prendre n'importe qui dans la rue, et il aurait fait mieux que ce crétin total.»

Le fait que le président américain ait personnellement réagi au départ de Stephen Colbert montre l’importance de l’animateur dans le paysage médiatique américain. Son émission restait jusqu’au bout le late show le plus regardé du pays, avec environ 2,5 millions de téléspectateurs par épisode. Mais ce succès n’aurait pas suffi à rendre le programme rentable.

Un monde chaotique derrière ses blagues

C’est en tout cas la version avancée par CBS, qui affirme que l’émission perdait près de 40 millions de dollars par an. La chaîne a donc décidé de se séparer de l’animateur. Les critiques, y compris Stephen Colbert lui-même, soupçonnent toutefois une autre raison: CBS chercherait aussi à ménager Donald Trump avant une future fusion avec un autre groupe médiatique.

Quoi qu’il en soit, Stephen Colbert entre désormais dans l’histoire. Selon Fox News, son émission était devenue une simple «télévision de résistance». Ses soutiens, eux, dénoncent une perte majeure pour la diversité médiatique américaine. Parmi eux figurent Bruce Springsteen, Barack Obama ou encore Tom Hanks, invité de l’émission il y a encore quelques jours.

Aussi clivant soit-il, Stephen Colbert représentait pour beaucoup une forme de repère dans une Amérique sous tension. Affronter la folie du monde avec humour, «ressentir les informations», comme il décrivait lui-même son métier: peu l’ont fait aussi bien que lui.

Cette capacité à rire du pire s’est forgée dans le drame. Stephen Colbert n’avait que dix ans lorsque son père et ses deux frères aînés sont morts dans un crash aérien. Pour soutenir sa mère dévastée, il tentait déjà de faire rire avec des blagues et des slogans. Un parcours qui explique aussi pourquoi il a utilisé son humour contre Donald Trump ces dernières années.

Un coup de théâtre final coûteux

Lors de sa toute dernière émission, diffusée dans la nuit de jeudi à vendredi, Stephen Colbert n’a pourtant jamais mentionné Donald Trump. Il a interviewé Paul McCartney, chanté avec lui le classique des Beatles «Hello, Goodbye» et évoqué la fin avec plusieurs personnalités hollywoodiennes et figures du late night américain. Le fervent catholique a aussi glissé, non sans ironie, qu’il regrettait que le pape Léon XIV ait refusé son invitation comme «dernier invité».

La suite reste floue pour celui que beaucoup considèrent comme l’esprit le plus drôle du pays. Selon «Forbes», il gagnait encore près de 15 millions de dollars par an grâce à son émission. Des rumeurs l’envoient déjà vers un futur projet autour de «The Lord of the Rings». Une chose semble certaine: Stephen Colbert devrait rapidement refaire parler de lui. 

Jusqu’au bout, l’animateur aura gardé un dernier coup de griffe contre CBS. A la fin de l’émission, son groupe a joué la musique de Peanuts, juste après un sketch moquant les poursuites judiciaires liées aux droits musicaux de la franchise. Un clin d’œil qui pourrait coûter cher à la chaîne. Mais Stephen Colbert, lui, n’en a désormais plus rien à faire.

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