C'est sur les épaules de cet homme que repose aujourd'hui l'une des enquêtes les plus cruciales pour la suite de la présidence Trump. Kash Patel était aux côtés de Donald Trump lorsque celui-ci a tenu, dans la soirée de ce samedi 25 avril, une conférence de presse à la Maison Blanche.
Le tireur qui a fait feu sur des agents du Secret Service avait alors déjà été interpellé. Il sera présenté à un juge ce lundi, mais les investigations sont désormais entre les mains du Federal Bureau of Investigation (FBI), la très puissante police fédérale dirigée par Kash Patel.
Un alcoolique chronique
Le problème est que ce directeur fait, depuis des semaines, l'objet de polémiques répétées. Un long article du Wall Street Journal l'a même décrit comme un alcoolique chronique, pris de crises de paranoïa et parfois injoignable. Or, l'enquête qui va suivre l'attentat contre le dîner de gala annuel des correspondants de la Maison-Blanche est absolument décisive. Le risque de rumeurs, de fausses informations et d'instrumentalisation est maximal.
Cole Thomas Allen, le suspect âgé de 31 ans, a-t-il écrit, comme l'a affirmé Donald Trump, un «manifeste anti-chrétien»? Comment a-t-il pu pénétrer dans l'enceinte du Washington Hilton, hypersécurisée pour l'événement, avec un fusil de chasse, un pistolet automatique et des couteaux? Où s'est-il procuré ces armes, puisqu'il venait de Californie? Les a-t-il transporté avec lui lors de son voage en train? Tout va devoir maintenant être disséqué. Or, le doute s'est installé, aux Etats-Unis, sur le FBI.
Au service du pouvoir
Douter de la police fédérale n'est toutefois pas nouveau dans ce pays où celle-ci, forte de 13'000 agents, a longtemps été un instrument au service du pouvoir exécutif, et une agence très infiltrée par la droite américaine la plus conservatrice. Le FBI a connu des phases problématiques, lorsque ses services et ses agents menaient des purges politiques, sous le règne de son directeur redouté, Edgar Hoover, à sa tête de 1924 à 1972!
Or, Kash Patel est tout, sauf une personnalité présumée compétente. Cet avocat est surtout connu pour ses faits d'armes au service de Trump et de son mouvement MAGA («Make America Great Again»). Il a aussi publié un pamphlet contre «l'Etat profond», accusé de résister à Trump, sous le titre éloquent «Government Gangsters». Ce juriste a initialement travaillé pour le département de la Justice, dans la lutte antiterroriste, mais il a ensuite pris ses distances. Beaucoup le pensaient sur la sellette avant le dîner de ce samedi.
Donald Trump lui avait d'ailleurs assigné un rôle durant sa seconde campagne présidentielle: «agir comme bourreau politique pour éradiquer et virer tous ceux à la Maison Blanche qu'il soupçonnait de ne pas être suffisamment loyaux». Difficile de croire, dès lors, que le directeur du FBI laissera l'intégralité des faits être divulgués s'ils devaient être problématiques pour l'administration, par exemple en ce qui concerne les consignes de sécurité à l'hôtel où se trouvaient au meme endroit, fait très rare, le président et le vice-président.
Le programme du gala annuel des correspondants, auquel Trump n'avait jamais participé comme chef de l'Etat, est toujours placé sous le signe de l'humour. Le président avait même préparé un discours émaillé de plaisanteries. Le contexte, après cet attentat, n'a plus rien à voir.
Doutes sur la justice
L'autre raison de douter du FBI, mais aussi du département de la Justice, qui sont tous deux en charge de l'affaire, tient à leur performance controversée dans une autre affaire: l'affaire Epstein. Certes, les millions de documents mis en ligne concernant les faits et gestes du pédocriminel milliardaire décédé dans sa cellule le 10 août 2019 l'ont été sous l'administration Trump. L'actuel président a donc tenu sa promesse électorale.
Mais l'on sait maintenant que beaucoup de documents ont été caviardés et que des milliers d'autres demeurent non divulgués. La cheffe du département de la Justice, Pam Bondi, a même été limogée par Trump, qui l'a remplacée par l'un de ses avocats, Todd Blanche. Le contrôle politique sur ces deux agences est maximal. Les agents du FBI ont, dès dimanche, perquisitionné le domicile du suspect, enseignant de profession, à Torrance, en Californie.
Deux chefs d'accusation
Le suspect, Cole Thomas Allen, va se voir demain signifier deux chefs d'accusation: utilisation d’une arme à feu lors d’un crime violent et agression d’un agent fédéral avec une arme dangereuse, selon la procureure des Etats-Unis pour le district de Columbia, Jeanine Pirro. Les deux précédentes tentatives d'attentat contre Donald Trump ont connu d'autres épilogues.
Le 13 juillet 2024, à Butler, en Pennsylvanie, le jeune tireur Thomas Matthew Crooks, âgé de 20 ans, a été abattu par la police. En septembre 2024, Ryan Wesley Routh, âgé de 58 ans, avait, lui, été pris en chasse par la police après avoir été repéré avec un fusil près du golf de Donald Trump, en Floride. L'enquête pour «tentative d'assassinat présumée» visant l'actuel président a aussi été confiée au FBI.