Un commentaire de Richard Werly
Médias et violence sont le coeur du Trumpisme

Le spectacle de l'évacuation du Washington Hilton, lors du dîner annuel des correspondants, est à l'image de la présidence Trump. Un spectacle tragique dont nous devons tirer toutes les leçons, estime notre journaliste.
Alors que Donald Trump faisait face aux médias, le tireur a brisé ce moment démocratique et la question de la violence politique secoue désormais l'Amérique.
Blick_Richard_Werly.png
Richard WerlyJournaliste Blick

Condamner d’abord. Sans ambiguïtés. Sans haussement d’épaules. Sans retenue liée au climat politique actuel aux Etats-Unis. Oui, ce qui s’est passé samedi 25 avril en marge du dîner annuel des correspondants de la Maison Blanche à Washington doit être condamné sans réserves. Un président en exercice, démocratiquement élu, venait affronter, au Washington Hilton, les représentants des médias qu’il passe son temps à décrier, voire parfois à insulter. Cet affrontement – car c’en était un – devait être placé sous le signe de l’humour. Trump, paraît-il, s’apprêtait à prononcer un discours hilarant. Vrai? Faux? C’est en tout cas un moment démocratique qui a été atomisé, gâché et souillé par le tireur qui comparaîtra lundi devant la justice. Ce que nous devons tous regretter et déplorer.

Réfléchir et prendre du recul n’est toutefois pas impossible dans de telles circonstances. Or qu’a-t-on vu, samedi soir, alors que le premier plat était servi aux convives du très huppé dîner des correspondants? La collision la plus brutale qui soit entre la violence et les médias. Un homme, dont les motivations sont encore inconnues, a voulu fracasser ce moment médiatique de façon, à l’évidence, préméditée. Il avait réservé une chambre dans l’hôtel. Sa cible était donc bien l’événement lui-même. 

Un événement dont Donald Trump avait cette fois besoin. Lui, le président dénonciateur des médias «fake news», a besoin de l’opinion dans sa guerre d’usure contre l’Iran. Lui, le président autoritaire qui déteste les contre-pouvoirs et adore la flatterie, a besoin d’allumer des contre-feux. Ce dîner incarnait tout cela. Avec, en plus, la présence à bord de tous les hauts responsables de l’actuelle administration.

Question qui fâche

C’est là qu’il faut poser la question qui fâche: celle de la violence que Donald Trump, et parfois ses adversaires, ont érigée en programme. Violence des mots. Violence des comportements. Violence de la désinformation ambiante, alimentée par les images outrancières produites par l’intelligence artificielle. Rappelez-vous comment, voici quelques jours, Trump se présentait en Jésus sur son réseau social! Souvenez-vous du largage de défécations sur les manifestants «No King», depuis son avion Air Force One! 

Même s’il s’est montré calme et apaisant lors de la conférence de presse qui a suivi ce dîner avorté, Donald Trump demeure un incendiaire qui sait, en plus, mieux que quiconque, se présenter en martyr et en miraculé devant ses partisans.

Les médias et la violence: ce samedi, tous deux se sont trouvés réunis par la folle et criminelle entreprise de Cole Tomas Allen. Ce dîner, paradoxalement, restera peut-être dans l’histoire comme l’apogée d’un mouvement politique qui s’appuie sur les deux, avec un total cynisme, pour exercer son pouvoir: le trumpisme.

Articles les plus lus