Une deuxième secousse politique a frappé Minneapolis ce week-end, après un premier tremblement de terre provoqué par la police de l'immigration (ICE) qui avait abattu Renee Good au volant de son véhicule. Moins de trois semaines plus tard, Alex Pretti, infirmier américain de 37 ans, a lui aussi succombé aux balles des agents fédéraux, dépêchés par Donald Trump dans le cadre de sa sévère campagne anti-immigration.
Alors que Washington s'est empressé de rejeter la faute sur la victime et les autorités démocrates du Minnesota, la Maison Blanche fait désormais volte-face dans sa communication, selon des informations du «New York Times» publiées lundi 26 janvier. Un changement de ton notable, qui tranche avec les propos initiaux du président américain et laisse apparaître des contradictions au sommet de l’Etat.
Une communication vacillante
La communication est au coeur du nouveau mandat de Donald Trump. Cinglante, sélective envers la presse accréditée, contestée, elle est souvent remise en cause par les médias américains et les vérificateurs de faits. Les approximations, les omissions délibérées ou les affirmations contredites par des preuves lors des points presse à Washington sont monnaie courante.
Cette communication controversée a un visage: celui de Karoline Leavitt, porte-parole de la Maison Blanche. A 28 ans, la républicaine incarne une ligne dure, assumant la confrontation pour défendre l'agenda MAGA. Connue pour ses prises de parole tranchantes lors de conférences de presse explosives, Karoline Leavitt semble opérer un revirement de situation inédit dans l'affaire de Minneapolis.
Tensions au sein du camp MAGA
La porte-parole semble se désolidariser de certains hauts responsables de la Maison Blanche. Elle ne s’est notamment pas alignée sur les déclarations virulentes de Stephen Miller, chef de cabinet adjoint, et de Kristi Noem, secrétaire à la Sécurité intérieure, qui avaient publiquement attaqué Alex Pretti par des accusations infondées.
L'infirmier, touché par une dizaine de balles des agents de l'ICE samedi 24 janvier, avait rapidement été qualifié de «terroriste» et de «tireur» qui «brandissait une arme», y compris par Donald Trump. Des vidéos ont depuis contredit cette version, montrant que l'homme, autorisé à porter une arme, tenait son téléphone, les mains visibles, lorsqu'il a reçu une balle dans le dos. Des preuves embarrassantes pour la Maison Blanche, contrainte d'ajuster son discours.
Sans désavouer frontalement ses collègues, Karoline Leavitt a insisté sur le fait que «personne à la Maison Blanche, y compris le président Trump, ne souhaite voir des civils blessés ou tués dans les rues américaines». Alors que les propos diffamatoires de Kristi Noem et Stephen Miller ont été relayés par l'administration Trump, la porte-parole a refusé de défendre les attaques personnelles visant Alex Pretti. Elle a par ailleurs tenté d'apaiser la situation, déclarant que «la situation a évolué très rapidement tout au long du week-end. Nous laisserons l'enquête suivre son cours et les faits parler d'eux-mêmes.»
Changement de ton chez Trump
Ces déclarations interviennent alors que la Maison Blanche peine à contenir les répercussions de la mort de l'infirmier. D'un côté, les démocrates visés par l'administration Trump critiquent vivement cette dernière. D'un autre, les républicains appellent désormais à une enquête indépendante.
Donald Trump a lui-même adouci sa rhétorique. Après avoir accusé le gouverneur du Minnesota, Tim Walz, d’être «responsable» des violences à Minneapolis, il a affirmé par la suite que les deux hommes étaient «sur la même longueur d’onde». Des propos qui contrastent fortement avec les vives déclarations du week-end.
Un goût de déjà-vu
Cette stratégie offensive a déjà été observée après la mort de Renee Good. Avant qu'une enquête ne soit lancée, l'administration s'est empressée de mettre en cause les victimes et de défendre ses agents. La diffusion d’une vidéo soulevant des questions quant aux circonstances de l'incident avait obligé la Maison Blanche à revoir sa position.
Après avoir appris que le père de Renee Good était un fervent partisan de Trump, le président américain a brusquement retourné sa veste la semaine dernière. Il a assuré que la mort de la jeune femme, auparavant associée à une menace sécuritaire et qualifiée de «terroriste», était une «tragédie» qui le «révoltait profondément», ajoutant que les agents de l'immigration pouvaient parfois «commettre des erreurs». «Vous savez, quand cette femme a été abattue, j'ai été profondément bouleversé», a-t-il soudainement déclaré.
Cafouillage autour de Gregory Bovino
L'administration prévoit désormais de retirer Gregory Bovino, responsable de la police des frontières à Minneapolis critiqué pour ses méthodes brutales. Des agents devraient l'accompagner et quitter la ville, signe d'une éventuelle réévaluation de la stratégie fédérale. Plusieurs médias américains ont rapporté lundi 26 janvier que le chef de la patrouille frontalière allait être démis de ses fonctions. Le gouvernement américain a démenti ces informations.
Gregory Bovino figurait parmi les premiers à diffuser des informations qui se sont avérées fausses concernant la mort d'Alex Pretti. La Maison Blanche l'avait toutefois soutenu en le qualifiant de «grand professionnel» et affirmant qu'il poursuivrait ses fonctions à l'échelle nationale.