Un calcul politique caché
Netanyahu renonce aux milliards de Trump pour quelque chose de plus précieux

Pendant des décennies, l’argent américain a afflué vers Israël. Aujourd’hui, Benjamin Netanyahu veut mettre fin à l’aide militaire des Etats-Unis. Mais ce plan pourrait surtout renforcer, plus que jamais, l’alliance entre les deux pays.
Benjamin Netanyahu et Donald Trump prévoient la prochaine étape de leur alliance, qui pourrait s'avérer plus solide que jamais.
Photo: AFP via Getty Images
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Chiara Schlenz

Les Etats-Unis ont promis près de 40 milliards de dollars d’aide militaire à Israël au cours des dix dernières années. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu souhaite désormais y renoncer. «Nous voulons voler de nos propres ailes», aurait-il déclaré fin mai à Jérusalem, selon le député républicain Marlin Stutzman.

L’information a été révélée en exclusivité par le «Washington Post». Lorsque Marlin Stutzman lui a présenté un projet prévoyant la fin de l’aide militaire américaine, Benjamin Netanyahu aurait répondu: «C’est la direction que je voulais prendre depuis longtemps.»

Benjamin Netanyahu renoncerait-il vraiment, de son plein gré, aux milliards américains? Pas tout à fait. Derrière cette nouvelle modestie se cache surtout un calcul politique précis.

Le soutien à Israël vacille

Le contexte est explosif. Pendant des décennies, le soutien à Israël était considéré comme intouchable à Washington. Mais la guerre à Gaza a ébranlé cette certitude. Selon un récent sondage Pew, 60% des Américains ont désormais une opinion négative d’Israël. Ils étaient 53% un an plus tôt. Même chez les républicains de moins de 50 ans, 57% expriment aujourd’hui une opinion défavorable, soit sept points de plus que l’année précédente.

Les critiques ne viennent plus seulement de la gauche. Même dans le camp Trump, l’opposition aux aides étrangères de plusieurs milliards de dollars progresse. Pour de nombreux Américains, la question devient de plus en plus pressante. Pourquoi les contribuables américains devraient-ils continuer à verser 3,8 milliards de dollars par an pour la défense d’Israël?

Benjamin Netanyahu semble avoir compris que ce changement d’opinion pourrait, à long terme, être plus dangereux qu’un désaccord ponctuel avec un gouvernement américain. Il tente donc de prendre les devants.

«De bénéficiaire d'aide à partenaire»

«Le temps est venu de passer du statut de bénéficiaire d’aide à celui de partenaire», a écrit le Premier ministre israélien cette semaine dans une lettre de soutien adressée au Congrès. Ce mot, «partenaire», est central.

Car pendant que le débat sur l’aide militaire se poursuit, le Congrès américain travaille déjà sur un autre projet. La section 224 de la nouvelle loi sur la défense pour 2027 permettrait d’approfondir fortement la coopération militaire entre les deux pays.

Elle prévoit des recherches communes, une production d’armes conjointe, des programmes technologiques partagés et une meilleure connexion entre les systèmes militaires. Intelligence artificielle, drones, cyberopérations: la collaboration serait appelée à s’étendre dans plusieurs domaines stratégiques.

Une alliance verrouillée

Selon le «Washington Post», l’ancien diplomate américain Josh Paul y voit bien plus qu’un simple détail technique. L’objectif serait d’ancrer la relation entre les deux pays si profondément dans l’industrie américaine de l’armement «qu’il sera impossible de l’en arracher», affirme-t-il dans une vidéo.

Jusqu’ici, l’alliance reposait surtout sur des transferts d’argent et des livraisons d’armes. A l’avenir, elle pourrait s’appuyer davantage sur des intérêts économiques, industriels et technologiques communs. Israël ne serait alors plus seulement le bénéficiaire de l’aide américaine, mais un acteur intégré à un réseau de sécurité et d’armement interdépendant.

Une influence plus importante?

Pour Benjamin Netanyahu, les avantages seraient multiples. La relation avec Washington deviendrait moins dépendante des majorités changeantes au Congrès. Israël pourrait aussi répondre aux critiques l’accusant de vivre aux frais des contribuables américains. L’ambassadeur Mike Huckabee a résumé cette nouvelle logique: un futur accord ne reposerait plus sur l’«aide», mais sur le «commerce».

Reste à savoir si ce plan fonctionnera. Les critiques mettent déjà en garde contre un rapprochement encore plus étroit entre les deux appareils militaires. Les partisans, eux, défendent l’idée d’un partenariat d’égal à égal.

Une chose est sûre. Si Israël renonce effectivement aux 3,8 milliards de dollars annuels, cela ne signifiera pas forcément moins d’influence à Washington. Ce pourrait même être tout le contraire.

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